Pas leur affaire?

Ni Québec ni Ottawa n’ont cru bon de déléguer un représentant au Forum montréalais sur le logement et la santé qui s’est tenu lundi à Montréal. Une absence gênante pour un problème lui-même absent des têtes de nos gouvernements actuels. Insalubrité, pauvreté, difficulté à se loger…, il faut croire que cela ne relève pas des «vraies» affaires. Et pourtant, tout cela concerne le tiers des ménages montréalais!
 

Il faudrait reprendre une à une toutes les données dévoilées par la Direction de la santé publique de Montréal (DSP) dans le rapport exhaustif qu’elle vient de consacrer au logement. Des punaises de lit aux moisissures, du nombre de plus en plus grand de ménages qui consacrent plus de la moitié de leurs revenus (jusqu’à 80 % dans certains cas !) pour se loger en allant jusqu’au manque de logements sociaux, il y a largement de quoi s’inquiéter.

Le constat du directeur de la santé publique, le Dr Richard Massé, est clair : « Le logement est devenu un enjeu de premier plan à Montréal et un élément structurant dans la vie des gens. »

Considérer le logement comme l’épine dorsale de la qualité de vie des citoyens est une approche comprise depuis des années par tous ceux qui oeuvrent sur le terrain dans ce secteur. Le logement donne une identité citoyenne (sans adresse, il n’y a pas, par exemple, d’accès à l’école), il préserve ou détériore la santé des individus, il est le lieu où l’on recharge ses batteries en retrait de la société, mais où s’exacerbent les tensions sociales en cas de trop grande promiscuité… Les réserves autochtones sont à cet égard de vrais révélateurs : l’ampleur des problèmes sociaux qu’on y trouve ne peut être détachée de la grave pénurie de logements (et de logements salubres!) qu’on y retrouve. Le lien est clair et direct.

Cela saute moins aux yeux, mais c’est exactement le même constat dans les villes. Pourtant, au Canada, les gouvernements, à de rares exceptions près, traitent du logement comme d’une affaire privée. L’absence lundi tant des représentants du fédéral que de ceux de Québec au Forum montréalais sur le logement et la santé en était une éloquente illustration. Ils détiennent pourtant bien des clés dans le déploiement de l’aide au logement.

Du côté municipal, Montréal a fait des efforts en mettant en place, depuis maintenant dix ans, sous l’impulsion du maire d’alors Gérald Tremblay, une Stratégie d’inclusion de logements abordables dans les nouveaux projets résidentiels. De même, une sensibilité bien plus grande que par le passé existe en matière de salubrité, avec un plan de lutte plus ferme contre les propriétaires délinquants et contre des problèmes bien ciblés, comme les punaises de lit. On tente aussi d’avoir un portrait global de la situation : ainsi de l’inventaire prévu des bâtiments à risque d’insalubrité. La DSP donne un appui sans réserve à ce plan.

La présence même du maire Denis Coderre au Forum témoignait d’une nouvelle conscience quant à l’importance structurante d’un logement accessible et de qualité. À l’entendre interpeller les candidats aux élections fédérales pour réclamer de nouveaux logements sociaux et de l’argent pour l’entretien et la rénovation de ceux existants, on aurait pu croire que le FRAPRU, cet acteur majeur des luttes pour le logement social au Québec, venait de se trouver un nouveau porte-parole !

Mais le maire a raison : ce n’est plus de militantisme social qu’il s’agit, mais de choix économiques et de santé publique. Ottawa doit mieux faire, les conservateurs ayant été particulièrement pitoyables dans ce domaine : le NPD et le PLC ont au moins des propositions. Mais Québec, qui a réduit de moitié sa prévision de construction annuelle de logements sociaux dans le dernier budget Leitão, doit aussi rendre des comptes. L’austérité coûte trop cher pour être une réponse.

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