Le choix de Brittany

La parole est au gouverneur Jerry Brown maintenant que les majorités démocrates à la Chambre des représentants et au Sénat de la Californie ont adopté une loi controversée sur l’aide médicale à mourir pour les patients en phase terminale. Ou le démocrate Brown approuve la loi votée la semaine dernière ou il lui oppose son veto. Catholique et ancien séminariste jésuite, le gouverneur ne s’est pas prononcé sur la question, qui le déchire apparemment. Il lui reste une dizaine de jours pour se décider.

Que M. Brown signe la loi, et la Californie deviendrait le quatrième État américain, après ceux de l’Oregon, de Washington et du Vermont, à légaliser la pratique de l’aide médicale à mourir (les Américains utilisent l’expression « right-to-die »). Les tribunaux y ont ouvert la porte au Montana et au Nouveau-Mexique, tandis que des projets de loi autorisant la pratique ont été déposés dans une quinzaine d’États depuis l’année dernière. Le Québec participe de cette évolution des consciences en Amérique du Nord, l’Assemblée nationale ayant adopté en juin 2014 la Loi sur les soins de fin de vie.

La question continue de déchirer nos sociétés, encore que de moins en moins. « À quelque groupe qu’ils appartiennent — religieux, ethnique, géographique, peu importe l’âge ou le sexe —, la grande majorité des Californiens souhaitent que nous éliminions les souffrances inutiles de ceux qui sont en train de mourir », a fait valoir la sénatrice Lois Wolk. Les sondages indiquent que ce sentiment est maintenant prédominant à l’échelle des États-Unis, alors qu’il y a quelques années, il était encore loin de l’être.

Cette conversion des attitudes est évidemment liée à la réalité du vieillissement de la population. En l’occurrence, la large médiatisation d’une histoire personnelle semble aussi avoir joué de manière importante — celle d’une jeune Californienne de 29 ans, Brittany Maynard, atteinte d’un cancer incurable du cerveau. Au printemps 2014, elle a déménagé dans l’Oregon voisin où existe depuis 1997 l’aide médicale à mourir — le Death with Dignity Act. Puisqu’il s’agit, en effet, de mourir dans la dignité. Mme Maynard est décédée le 1er novembre 2014. C’est l’histoire de cette jeune femme, soutenue par l’organisation Compassion Choices, qui a convaincu plusieurs législateurs de présenter des projets de loi.

La loi de l’Oregon, où 105 malades en phase terminale ont pu se prévaloir l’année dernière de l’aide de fin de vie, est considérée comme exemplaire. Il faut qu’elle le demeure. Derrière les louables principes, il y a que la médecine n’est pas — et surtout pas aux États-Unis — une organisation humanitaire, c’est un commerce. Le choix de l’aide médicale à mourir doit à tout prix demeurer librement consenti.

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