Donner espoir

Il s’appelait Aylan Kurdi. Il avait trois ans. Avec son père et son frère, il fuyait la violence de la guerre dans son pays, la Syrie. Il avait espéré pouvoir rejoindre une tante au Canada. Mais son rêve s’est échoué sur la bureaucratie canadienne qui a dit non. Au lieu, il a pris place dans une précaire embarcation pour se rendre en Grèce. Elle a chaviré. On l’a retrouvé mort sur une plage de Turquie. La photo d’Aylan Kurdi a fait le tour du monde. Une photo devenue en un instant symbole d’une crise sans fin à laquelle le Canada apparaît insensible.

Le Canada est un pays ouvert à l’immigration, ce que le premier ministre Stephen Harper rappelait jeudi dans une intervention soigneusement préparée faite pour tenter de réparer les dommages à la réputation du Canada et à l’image de son gouvernement déstabilisé par ce drame. Devant un parterre de « nouveaux » Canadiens, il a défendu l’action de son gouvernement. Depuis que le Parti conservateur est au pouvoir, le Canada a accueilli 2,5 millions d’immigrants. Dans la crise qui sévit au Moyen-Orient, l’aide humanitaire aux réfugiés syriens et irakiens a atteint des sommets. Et surtout, ce qui est capital aux yeux du premier ministre, le Canada s’est engagé à combattre le mal à la source en s’engageant militairement contre le groupe armé État islamique.

Personne ne contestera ces affirmations du premier ministre, si ce n’est pour dire qu’il y a une chose que le gouvernement de Stephen Harper ne comprend pas. La crise des migrants est cela, une crise. Une crise profonde et grave que personne n’arrive à contrôler. Il y a des millions de réfugiés entassés dans des camps qui, pour des raisons de sécurité et des raisons économiques, veulent fuir vers l’Europe ou l’Amérique du Nord. Une crise qui appelle des moyens extraordinaires.

Le premier ministre Harper s’est engagé en janvier à accueillir 10 000 réfugiés. Huit mois plus tard, seulement 1002 réfugiés étaient installés au Canada. En campagne électorale, il annonçait que le Canada prendrait en charge 10 000 autres réfugiés venus de Syrie… d’ici quatre ans. Cela signifie qu’il leur faudra se soumettre à de longs processus de sélection et à des formalités sans fin. C’est ce qui est arrivé à la famille du petit Aylan Kurdi, que les larmes versées par le premier ministre ne ressusciteront pas.

Dans les circonstances actuelles, il faut plutôt mettre de côté les processus ordinaires de sélection. Faire comme en 1956 où le Canada a accueilli 40 000 Hongrois fuyant l’invasion de leur pays par l’URSS. Faire comme dans le cas des réfugiés de la mer vietnamiens en mobilisant les organisations communautaires et les familles. Un programme spécial de parrainage avait permis de donner refuge à 110 000 Vietnamiens entre 1979 et 1985. Pourquoi ne pas s’en inspirer, surtout que le gouvernement du Québec est disposé à contribuer à des actions de parrainage ?

L’effort fait par le Canada n’est pas suffisant. Surtout, il n’est pas à la hauteur de ses moyens. Il voit cette crise des migrants comme une crise européenne, ce qui justifie sa passivité. Il est vrai que l’Europe est débordée. L’effort ne repose que sur quelques pays en attendant que soient institués des quotas contraignants pour chaque membre de l’UE. Pour sa part, le Canada pourrait assumer un leadership au sein d’organisations tel le Haut-Commissariat aux réfugiés et convaincre d’autres pays du Nord, dont les États-Unis, d’ouvrir aussi leurs frontières.

Le refus du Canada d’accueillir la famille d’Aylan Kurdi a jeté une ombre sur sa réputation de pays ouvert à l’immigration. Il se doit de manifester concrètement sa générosité à l’endroit de ces millions de réfugiés et leur donner un espoir. L’espoir de pouvoir trouver la paix et la sécurité qui pour l’instant leur vient de passeurs qui font commerce de leur vie et de leur mort.
12 commentaires
  • Colette Pagé - Inscrite 4 septembre 2015 10 h 10

    Un ministre de l'Immigration victime de sa propre turpitude !

    Le Canada avec sa lenteur bureaucratique en regard de l'immigration me fait penser à ces pays qui s'engagent à donner une aide signficative lors de catastrophes naturels et qui une fois annoncée se font tirer l'oreille en retardant indûment le versement des sommes promises.

    Se pourrait-il que le ministre de l'Immigration transmet le message de lenteur pour sauver les apparences. Et aujourd'hui le ministre obligé de suspendre sa campagne électorale est victime de sa propre turpitude !

  • Robert Laroche - Abonné 4 septembre 2015 11 h 43

    La peur

    Il faut bien observer la peur qui nous tenaille devant ce drame inhumain. La crise du Moyen-Orient nous plonge dans les affres de la guerre 39/45 et les crises humaines qui s'ensuive.

    Pour de multiples raisons que je ne veux pas analyser ici Stephen Harper nous présente le miroir d'un visage envahissant de la peur qui paralyse et rend défensif tandis que deux autres chefs politiques T. Mulcair et J. Trudeau se présentent come des miroirs, chargés d'émotions, de ceux et celles qui ont des solutions ... en situation de panique.

    Ces acteurs politiques nous présentent les miroirs des expériences subjectives des canadienNEs devant la manipulation et la violence comme mode de résolution des conflits en générale et ceux Moyen-Orient en particulier et des souffrances humaines que ce mode de résolution des conflits engendre.

    Oui une action d'empathie et de générosité envers les réfugiéss mais en même temps un travail d'insertion dans la société québécoise et canadienne. Nous devons trouver les moyens pour transformer ces souffrances humaines et les impacts qu'elles génèrent en processus de guérison comme contribution à l'expérience humaine.

  • Gilles Théberge - Abonné 4 septembre 2015 14 h 30

    Mais est ce la solution ?


    Quand bien même on accueillerait toute la misere du monde qu'est-que cela va changer?

    Dans le moment tout le monde se précipite et s'affaire auprès des migrants mais qu'est-ce qui change fondamentalement ?

    Moi je sui en faveur de l'aide aux réfugiés mais ensuite quand on les a acceuillis qu'est qui se passe? Comment on les intègres, comment on leur apprends un métier, on leur trouve un logement, on leur paye.

    Si il s'agissait de qelles ques dizaines de réfugiés ce serait possibles mais devant l'ampleur du dossier ça me semble être une surenchère de vœux pieux pour politicien en quête de votes,

  • Louis - Inscrit 4 septembre 2015 21 h 20

    Louis Béland, abonné

    Il est vrai que ''l'effort'' du Canada est grandement insuffisant.
    Il faut que les rouages de l'ONU / UN soient totallement revisé,
    car c'est là que se trouve une solution, il faut abolir le droit de Veto que
    détiennet la Russie, la Chine, l'UK, la France et les USA ainsi que l'utilisation
    des Sanctions Économiques que l'Amérique et l'Europe utilisent à outrance.

    Ce n'est pas une crise Européenne -je crois profondément à l'Europe-,
    c'est un coup du destin si l'Italie est si près, selon la dérive des continents
    la porte d'entrée pourrait être le Québec ou les côtes de la Colombie Britanique.
    C'est une crise mondiale ou l'on constate que l'effondrement des pires dictatures engendrent des conditions pires que celles-ci pour leurs populations.

    Il faut très malheureusement, une présence militaire neutre sur le terrain
    pour sécuriser les camps et des négociations réelles -même avec des personnes qui n'ont aucun respect de la vie humaine et qui nous détestent à raison, -nous avons mis bien des dictatures en place-, et à tort parce qu'à leurs yeux nous menons ''une vie impur'' et de fait, peut-on négocier avec des extrèmistes
    sinon qu'en bloquant tous leurs fonds et leurs apprivisionnement en arcenal
    (souvent de la Russie) mais les frappes aériennes ''F18'' est made in USA.

    Nous vivons sous un autre forme la mise en place de ghettos et nous sommes tout aussi impuissant qu'au XXème sciècle. Il faut forcer la Négociation Et s'ouvrir bien davantage aux Réfugiés. Ce sera fort long, la Vie Humaine ne pèse pas lourd Le ''Jamais Plus'' voulait dire ''Bien davantage de violence absolue''. Forcer les
    négociations cela veut dire exercer des pressions sur ceux qui ont le Veto.

    En plus, OUI, un grand nombre de personnes ont peur de ce qui diffère
    de la ''culture Occidentale''.

  • Pierre Vaillancourt - Abonné 4 septembre 2015 23 h 31

    Pour changer l'ordre des choses...

    L'Humanité connait présentement une crise et elle est confrontée à des migrants par centaines de milliers. Ce n'est qu'un début. Bientôt, ils seront des millions à nos portes. Non seulement les guerres - que souvent l'Occident lui-même a provoquées et encouragées - continueront-elles de déplacer des populations entières, mais le réchauffement climatique se mettra bientôt de la partie.

    C'est alors par centaines de millions que les hordes de migrants afflueront à nos portes. Ils ne s'arrêteront pas en Europe, car c'est l'Europe elle-même, et l'Asie, qui les aideront à franchir les océans vers ces Amériques qui se confortent dans leur tour d'ivoire.

    La solution ? Changer le monde. Changer l'ordre établi. Changer l'ordre des choses. Arrêter d'acheter nos gugussses à la mode. Mettre l'intelligence au gouvernement au lieu de ceux qui ne font que dire ce qu'on veut entendre.

    C'est bien beau débarquer Harper. Mais pour élire un NPD tout autant pro-pétrole ?

    Ou pour envoyer des députés du Bloc défendre nos idées à Ottawa ? Ça aussi c'est bien beau, mais ne vous en déplaise, ô majorité silencieuse à laquelle je ne m'identifie pas, le Bloc ne fera toujours bien qu'une seule chose : appuyer les demandes du Québec. Si nos demandes sont connes, le Bloc les appuiera. Si on veut extraire du pétrole en Gaspésie, le Bloc appuiera l'idée. Si on veut extraire du pétrole à Anticosti, il fera de même. Le Bloc nous représentera et dira ce que la majorité silencieuse veut entendre.

    Or la majorité ne veut pas changer les choses. La majorité veut son petit confort, elle veut garder les migrants loin, bien loin d'ici, elle veut faire du cash et elle veut même produire du pétrole à Anticosti si on peut faire ça de manière durable (mon oeil, produire du pétrole de manière durable).

    Le seul parti qui a un programme qui propose véritablement de changer les choses, c'est le Parti Vert. Allez lire les programmes des partis, vous verrez.

    Le vrai changement, c'est un vote

    • Pierre Vaillancourt - Abonné 4 septembre 2015 23 h 32

      (Mon dernier mot a été coupé, pourtant je n'avais pas atteint le nombre maximal de caractères...)


      Le vrai changement, c'est un vote vert.