cache information close 

Le crime paie !

La dernière d'une longue série de crises affectant la communauté de Kanesatake s'est terminée sans effusion de sang, et c'est tant mieux. Mais le premier vrai gagnant de ce dénouement, c'est évidemment le crime organisé.

Maison incendiée d'un grand chef de bande, routes bloquées, policiers menacés et séquestrés par une bande de voyous munis de bâtons et sans doute d'autres armes bien moins inoffensives: cela n'est-il donc pas suffisant pour qu'un ministre de la Sécurité publique se porte au secours des élus locaux?

«Les Warriors ont gagné», titrait Le Journal de Montréal dans son édition d'hier. Victoire des contrebandiers et des trafiquants de drogue, aurait-on dû lire. En effet, en filigrane de la bataille politique que se livrent les deux factions adverses au sein de la communauté mohawk, il y a la dictature quotidienne des trafiquants solidaires dans le crime et déterminés à éloigner la menace policière de leur territoire de chasse désormais protégé par une autonomie politique acquise à la pointe du fusil.

Ce ne sont pas des centaines d'autochtones en colère qu'on a vu manifester cette semaine mais seulement une cinquantaine, dont certains ont déjà été associés à des affaires criminelles. Même des membres de la commission de police, interlocutrice neutre selon le ministre Jacques Chagnon, ont été vus parmi les manifestants qui ont séquestré la soixantaine de policiers frères venus prêter main-forte au chef Gabriel en début de semaine, comme le prévoit une entente interbandes.

Victime silencieuse de ces dissidents, la majorité des résidants a élu le grand chef James Gabriel à trois reprises depuis 1996 en connaissant fort bien sa détermination à faire le ménage dans la communauté. Or qu'a fait le ministre de la Sécurité publique du Québec pour appuyer cette majorité silencieuse et son chef menacé? Il les a laissé tomber en négociant avec le conseil de police contrôlé par les dissidents. Et il a accepté toutes les revendications en échange de la libération des policiers séquestrés, dans le but, a-t-il répété en conférence de presse, d'«éviter un banc de sang». Mais pourquoi y aurait-il eu bain de sang alors que les 60 policiers étaient armés? Pourquoi, sinon parce que ces manifestants devaient l'être eux aussi, et plus lourdement encore...

Cela ne s'appelle pas de la négociation mais de la démission. Victoire de la dissidence et échec de la démocratie!

Depuis des années, plusieurs leaders autochtones travaillent avec acharnement à redorer l'image de leur peuple en prenant sur leurs épaules son développement social et économique. Ces hommes et ces femmes mènent des batailles de tous les instants, de façon parfois maladroite, il est vrai, mais aussi sans grands moyens. L'alcool, la drogue, le peu d'attrait pour la formation scolaire font partie des problèmes communs à toutes les communautés autochtones, auxquels s'ajoutent ici et là l'attrait pour le gain facile et le crime. Que font nos gouvernements pour aider ces leaders fiers et courageux? Peu de choses, trop peu.

La paix est temporairement revenue à Kanesatake, c'est vrai. Mais avec un grand chef en exil et l'ancien directeur de la police rétabli dans ses fonctions, dissidents et trafiquants peuvent marcher la tête haute: gare à vous, politiciens et policiers, tenez-vous tranquilles, sinon, qui sait ce qui guette vos familles? Quand le chat dort, les souris dansent. M. le ministre a évité le pire; le meilleur reste à venir.