Le plus honnête?

Tir groupé ce mercredi contre le chef du NPD, Thomas Mulcair, de la part de ses adversaires. Après lui avoir reproché l’irréalisme de ses engagements économiques, ils l’accusent de mentir aux Canadiens à propos du déficit. Mais des trois chefs de parti, y en a-t-il un qui est moins menteur, ou plus menteur que les deux autres?

La réponse à cette question serait, pour s’en tenir à l’état des finances publiques, le chef du Parti libéral, Justin Trudeau. À propos de la politique à adopter à l’égard du déficit, il est celui qui donne la réponse la plus juste. Un gouvernement Trudeau ferait du retour à l’équilibre budgétaire sa priorité, mais il se refuse à fixer un échéancier. Cette franchise lui mérite une bonne note.

Qui donc en effet peut prétendre savoir aujourd’hui ce que sera la marge de manoeuvre du prochain gouvernement ? L’actuel a eu des largesses électorales dont on ne connaît pas l’impact précis. Puis, il y a l’effet qu’aura le ralentissement de l’économie. Les rentrées fiscales diminueront et il faudra stimuler l’économie par des mesures de soutien à l’emploi. La probabilité que se prolonge l’actuel cycle de déficits budgétaires est, il faut le reconnaître, élevée.

En jouant les réalistes, Justin Trudeau veut se distinguer de Stephen Harper et Thomas Mulcair, dont les positions en matière de budget sont par trop doctrinaires. Le premier mérite certainement cette épithète. Depuis son arrivée au pouvoir, il a fait du retour à des surplus son mantra. Il aurait sans doute mis fin à un cycle de huit années déficitaires cette année s’il n’avait distribué quelque 4,5 milliards en bonbons électoraux. Pour l’avenir, pas question de renoncer à cette vision.

De façon inattendue, Thomas Mulcair poursuit le même objectif. Il a pris l’engagement formel de présenter un budget équilibré dès 2017. Dans son cas, c’est moins par conviction que par nécessité stratégique. Libéraux et conservateurs ne cessent de dépeindre le NPD comme un parti de dépensiers, accro aux augmentations d’impôts. Le NPD, qui a tout juste éliminé le qualificatif socialiste de ses statuts, voilà deux ans, a besoin de se donner une image de parti responsable à laquelle concourt le recrutement comme de cet ancien ministre des Finances de la Saskatchewan dont les deux budgets étaient équilibrés. Sous peu, le chef néodémocrate présentera une sorte de budget de l’an Un pour répliquer à ceux qui l’accusent de mentir en faisant des promesses qu’il ne pourra tenir.

Autant pour Thomas Mulcair que pour Stephen Harper la réalité est qu’ils ne savent pas de quoi demain sera fait. Il faut se rappeler l’élection de 2008, où le chef conservateur niait la perspective d’une crise économique. Dès le lendemain de son élection, il présentait un énoncé budgétaire avec des mesures d’austérité visant à réduire le déficit en place de mesures de stimulation de l’économie. Il s’ensuivit une crise parlementaire. Pour obtenir la confiance du Parlement, son gouvernement dut se résoudre à mettre de côté la réduction du déficit, qui atteindra 34 milliards cette année-là.

Devant le ralentissement économique qui frappe le Canada, entendre dans cette campagne un chef de parti parler vrai est rafraîchissant. Recevoir la palme de l’honnêteté ne saurait être suffisant, il faut aussi obtenir celle de la compétence. Or dans le cas de Justin Trudeau, cela reste à venir. Dans l’équipe économique qu’il présentait mardi, aucun de ses 32 candidats ne brillait suffisamment pour être le numéro 2 d’un futur gouvernement Trudeau. D’où l’invitation faite à Paul Martin, cet ex-grand ministre des Finances, à parader à ses côtés.

Si Thomas Mulcair a pour sa part un futur ministre des Finances crédible, l’expérience ministérielle est ce qui manque le plus à son équipe de candidats. Quant à Stephen Harper, les têtes fortes de son gouvernement ont pris leur retraite. Quant à son actuel ministre des Finances, Joe Oliver, il est absent de cette campagne.

À part celle des chefs eux-mêmes, difficile de mesurer la compétence des équipes de candidats. Quant aux politiques de chacun des partis, elles sont plutôt sommaires : réductions d’impôt aux particuliers, baisses de taxes pour les PME, mesures de soutien aux familles, c’est selon. Le mot clé est « la classe moyenne ». Mais rien qui donne la mesure de la capacité du prochain gouvernement, quelle que soit sa couleur, de réorienter l’économie du pays, trop dépendante des ressources pétrolières. Présumons que, puisque la campagne électorale sera longue, les partis nous réservent le meilleur pour plus tard. Il le faudrait.

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13 commentaires
  • Richard Bérubé - Inscrit 27 août 2015 06 h 20

    Ils ne mentent pas, ils disent leur vérité!

    Désolé, mais les décisions proviennent de la FED américaine, pour l'instant et un peu plus tard elles viendront probablement de la Chine et ses alliés de l'Eurasie, car l'Empire américains est sur son dernier souffle....notre économie dépend en grande partie des décisions des banquiers mondiaux, la FED, la Banque Centrale Européenne, et les grandes banques privées incluant la FED. Les politiciens ne sont que des marionnettes placées là par les décideurs....arrêtons de nous faire des illusions sur nos politiciens ils ne décident que de la couleur du papier de toilettes, et c'est blanc pour tous....

    • Sylvain Lévesque - Abonné 27 août 2015 08 h 19

      Je trouve cet argument surfait. Il n'est pas vrai que les gouvernements n'ont aucune influence tangible sur l'économie. Je me demande si, à force d'écouter des gouvernements successifs se cacher derrière les "courants mondiaux" pour excuser des décisions économiques fondées sur leur idéologie (ou leurs copinages), on en est pas venus à intérioriser ce discours. Regardez Harper présentement, qui instrumentalise la tourmente financière mondiale pour se faire un capital de soi-disant bon gestionnaire, mais qui offre de généreuses réductions fiscales à des canadiens qui n'en ont pas besoin.

    • Richard Bérubé - Inscrit 27 août 2015 09 h 10

      Harper avec sa politique favorisant les pétrolières a répondu à l'attente des gens qui l'ont mis en selle....il n'y a personne à ce niveau de gouvernance qui agit selon ses propres décisions....regardez aux USA comment cela se passe, et c'est de là que part les directives pour l'ensemble de la planète...allez demander aux européens....on a pas grand chose à dire...si on les laisse faire...il faut parler, hausser le ton....protester....

    • Olivier Béliveau - Abonné 27 août 2015 14 h 43

      Et pourtant Obama a imposé son véto au projet Keystone XL. Il y a une différence tangible entre les partis, malgré la tendance mondiale.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 août 2015 03 h 25

      «Obama a imposé son véto au projet Keystone XL.» Et ce véto durera la longueur de temps que ça prendra pour élire quelqu'un pour le remplacer.

      Il y a une qualité que les grans industriels ont développé, comme les prédateurs : La patience.

      PL

  • Michel Lebel - Abonné 27 août 2015 06 h 41

    Pas fort!

    Pour résumer sur "la compétence des équipes de candidats": c'est pas les gros chars!

    M.L.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 août 2015 03 h 20

      Quand quelqu'un a-t-il été élu pour ses «compétences» ? Y a même pas de test QI pour les départager.

      PL

  • Pierre Bernier - Abonné 27 août 2015 07 h 21

    Hum !

    Il est dans l'intérêt du Québec, comme du reste du Canada devant un tel tableau, qu'un gouvernement minoritaire soit l'issu des urnes.

  • François Dugal - Inscrit 27 août 2015 08 h 00

    La campagne

    La campagne électorale est formatée par des publicitaires. Il s'agit de persuader la fameuse "classe moyenne" que, malgré les apparences, elle ne se fait avoir par des politiciens retords au service de la "classe affaires".
    À en juger par les résultats, le taux de réussite de la pub est excellent.

  • Colette Pagé - Inscrite 27 août 2015 09 h 44

    Engagements irréalistes ! Leurre et tromperie.

    Sans connaître l'état des finances publiques et l'évolution de la situation financière internatiale les chefs de partis prennent des engagements déraisonnables voire irréalistes. Ne serait-il pas bien avisé d'éviter de faire des promesses que la réalité économique pourrait les empêcher de réaliser. Leurre et tromperie font partie des campagnes électorales comme si les électeurs étaient des baudruches sans tête.