Modèle de mairesse

Les éloges pleuvaient jeudi à l’annonce du retrait de la vie politique de la mairesse de Lac-Mégantic, Colette Roy Laroche. Rares sont les élus qui ont eu à faire face à une tragédie comme celle qu’elle a traversée et qui dure deux ans plus tard, et qui tiennent le coup sans perdre leur droiture ni leur sang-froid. Le défi sera immense pour qui la remplacera.
 

En dépit de sa renommée, qui dépasse les frontières du Québec, en dépit de sa popularité sur la place publique, Colette Roy Laroche est restée d’abord et avant tout citoyenne de Lac-Mégantic, jusque dans l’annonce de son départ comme mairesse. C’est au journal local, L’Écho de Frontenac, qu’elle a réservé sa seule entrevue à ce sujet et, pour la première fois, elle fait état de sa grande, grande fatigue : « Je suis pas mal au fond ! » Un rare coup d’émotion.

La Dame de granit, comme on l’a surnommée, celle qui tient à bout de bras la reconstruction de sa ville depuis le sinistre du 6 juillet 2013, celle qu’on n’a jamais vue crouler, même aux pires moments de la tragédie ou lors du décès inattendu de son mari début février, peut donc enfin se permettre de montrer que non, elle n’est pas restée imperméable à tout ce terrible tourbillon dans lequel elle a été entraînée il y a deux ans, alors même qu’elle s’apprêtait à prendre sa retraite.

Ce tourbillon-là se mesure assez mal hors de Lac-Mégantic. Le Québec a vu Colette Roy Laroche sur toutes sortes de tribunes, réconfortant ses concitoyens, recevant de l’aide, interpellant les compagnies ferroviaires et les gouvernements, donnant des entrevues, récoltant les hommages. Mais pendant ce temps, la vie devait continuer à Mégantic… Sauf que la vie n’avait plus rien de pareil, car tout y prenait soudain le visage du deuil. Quarante-sept morts en une nuit, pour moitié de jeunes adultes, un centre-ville historique et fréquenté en partie détruit, en partie inaccessible, et toute une population ébranlée par une catastrophe inimaginable, inimaginée dans un coin de pays qui n’avait jusque-là pour caractéristique que sa tranquillité sur fond de paysages harmonieux et de ciel étoilé.

Il fallut donc faire face au deuil, mais aussi à la colère envers tout ce qui avait conduit à une telle tragédie, de la négligence de la MMA, propriétaire du train qui a déraillé, au relâchement réglementaire dans un contexte où, on ne le réalisait pas, le transport du pétrole a envahi nos rails sans guère d’encadrement.

C’était déjà énorme pour un conseil municipal, mais il y avait encore l’après. Comment rebâtit-on une ville blessée à mort, où le train traverse toujours les lieux sinistrés en sifflant, rappel constant du drame ? « Il n’y a pas de livre d’instructions, pas de guide », répondait la mairesse Roy Laroche en entrevue au Journal de Montréal en juillet. Non, pas de balises, mais que d’attentes de la part des citoyens, que d’avis divers, que de commentaires ! Alors, naturellement, après l’étape de la solidarité est venue celle des questions, puis des critiques.

L’administration de Mégantic s’est donné un plan pour assurer une cohérence au redéploiement de la ville et elle a mené une vaste opération de consultations auprès des citoyens à ce sujet. Mais il fallait bien trancher, et chaque décision a inévitablement créé son lot de mécontents. Ceux-ci sont aujourd’hui nombreux, de plus en plus féroces dans les pages du journal local et lors des séances du conseil municipal, comme celle du début août. Cette nouvelle dureté n’a sûrement pas manqué d’affecter Mme Roy Laroche, qui s’interrogeait depuis des mois sur son éventuelle candidature à la mairie cet automne (les élections statutaires de 2013 ayant été repoussées de deux ans) et qui semblait en voie de se représenter.

Il est certain que des erreurs ont pu être commises ces deux dernières années : Colette Roy Laroche est une mairesse d’exception, pas une sainte femme ! Elle le disait elle-même il y a quelques jours à des citoyens qui la pressaient d’en faire plus dans le dossier de la voie ferrée, dont le piètre état inquiète : « Je vais faire mon possible, mais je ne fais pas de miracles. »

Que son remplaçant, sa remplaçante soit partisan de la continuité ou du brassage de cage pour que tout aille plus vite et avec moins de contraintes, il devrait garder en tête cette phrase. Lac-Mégantic aurait besoin de miracles, mais ils ne viendront pas. On ne redresse pas une ville en criant ciseau, les décisions ne peuvent faire l’unanimité, le vrai pouvoir est au loin, à Ottawa ou à Québec. Tout prend du temps, et toute la population est lasse d’une peine qui va, hélas, encore durer. Pour passer à travers, il n’y a pas d’autre choix que l’humilité, la droiture, le calme, et l’intégrité. Le modèle existe : il s’appelle Colette Roy Laroche. Lac-Mégantic doit mesurer sa chance de l’avoir eue à sa tête.

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6 commentaires
  • Michel Lessard - Abonné 21 août 2015 05 h 30

    Colette Roy-Laroche. Modèle de mairesse

    Votre éditorial-hommage du matin m'a touché droit au coeur. Je partage vos sentiments et trouve votre évaluation fort juste. Cette femme demeure une héroïne et un modèle. Merci de l'avoir dit avec autant d'émotion et de raison.
    Michel Lessard, Lévis

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 21 août 2015 05 h 44

    Modèle

    Modèle de personne.

    PL

    • Louise Melançon - Abonnée 21 août 2015 10 h 22

      Vous êtes honnête? ou trop impliqué pour reconnaître la valeur de cette personne...

  • Michel Lebel - Abonné 21 août 2015 09 h 15

    Merci!

    Tout simplement merci!

    M.L.

  • Yvon Bureau - Abonné 21 août 2015 14 h 43

    GRATITUDE

    et admiration.

    Retraite heureuse ! C'est plus que bien méritée.

    Madame Roy-Laroche, vous faites honneur à notre humanité.

  • Lucien Cimon - Abonné 21 août 2015 18 h 56

    Merci

    Faites votre deuil, prenez du temps pour vous; tâchez d'être heureuse. La vie continue, et, à coeur généreux, il n'y a pas de repos.