La longue marche

Cette semaine, le gouvernement chinois a dévalué sa monnaie, le yuan ou renminbi (monnaie du peuple), de près de 4 %, faisant trébucher les Bourses du monde entier. De nos jours, quand la Chine éternue, le monde s’enrhume!

La Chine est devenue la seconde puissance économique mondiale, mais son gouvernement maintient toujours un étroit contrôle politique sur les institutions financières et la monnaie. Chaque jour, un comité d’experts dont on ignore à peu près tout fixe la valeur du yuan par rapport à un panier de devises étrangères et autorise des fluctuations qui ne doivent pas dépasser 2 % de cette cible, à la hausse ou à la baisse.

Dans la plupart des pays capitalistes avancés, les gouvernements ont choisi de laisser fluctuer leur monnaie au gré de l’offre et de la demande internationales, se réservant la possibilité de faire intervenir leur banque centrale au besoin pour stopper des mouvements jugés trop spéculatifs.

Sur papier, l’approche chinoise d’un contrôle strict et constant devrait permettre aux autorités communistes d’éviter que le yuan fasse l’objet de complots spéculatifs orchestrés par les forces impérialistes étrangères, pour reprendre le vocabulaire du Grand Timonier. En pratique, cette intervention quotidienne toujours motivée par des visées politiques qui font l’objet de négociations aux plus hauts échelons du parti fausse la valeur du yuan par rapport aux conditions de l’économie réelle.

Si la banque centrale chinoise est intervenue à deux reprises cette semaine pour dévaluer le yuan, c’est qu’elle juge que l’économie du pays croît trop lentement depuis quelques mois. Mais c’est aussi parce que le gouvernement chinois veut profiter de la conjoncture qui accompagne déjà la hausse des taux d’intérêt prévue pour le mois prochain aux États-Unis.

À cause de cette hausse annoncée des taux, la plupart des monnaies du monde ont perdu de la valeur au cours des dernières semaines, sauf le yuan qui souffre précisément de la rigidité des mécanismes d’ajustement chinois. Résultat : les exportateurs chinois ne peuvent pas tirer parti d’une baisse du yuan. En dévaluant celui-ci maintenant, la Chine espère donc relancer ses exportations et réduire du même coup ses importations de biens et de ressources étrangers ainsi devenus plus coûteux.

Certains analystes prédisent d’autres dévaluations du yuan d’ici la fin de l’année, ce que démentent les autorités chinoises en rappelant qu’elles disposent de réserves qui équivalent à 3,6 billions $US (3600 milliards) auxquelles elles peuvent recourir pour racheter des yuans et ainsi empêcher la monnaie de chuter au-delà de l’objectif.

La décision des autorités chinoises de dévaluer le yuan a aussitôt affecté négativement les actions en Bourse des entreprises occidentales dont les profits dépendent de leurs ventes à la Chine.

Aux États-Unis, le Congrès ne cesse de répéter que la Chine triche en maintenant de façon artificielle sa devise en deçà de sa valeur réelle qui résulterait des fluctuations du marché. Pour les élus américains, la dernière décision du gouvernement chinois n’est pas une bonne nouvelle puisqu’elle rend les produits chinois plus compétitifs et, à l’inverse, les produits américains plus chers.

Au Canada, ce sont surtout les minières et les pétrolières qui ont subi ce nouveau choc après des mois de difficultés déjà causées par la baisse de la demande chinoise et celle des prix des ressources.

Depuis quelques années, le gouvernement chinois fait pression sur le Fonds monétaire international pour que le yuan soit inclus dans le panier de devises de référence à l’échelle mondiale. En fait, la Chine aspire aussi à devenir une des places financières importantes de la planète, à l’instar de Londres et New York. Compte tenu de son importance dans le commerce mondial, cela se comprend.

Le problème, c’est que pour accueillir des capitaux de partout dans le monde, le système financier chinois doit s’ouvrir, libérer les mouvements de capitaux à l’intérieur de ses frontières et accepter beaucoup plus de réciprocité dans l’application des règles du jeu.

Difficile de respecter de telles conditions tout en continuant de contrôler aussi étroitement les rouages de son économie, dont la valeur de sa monnaie. La « Longue Marche » du capitalisme amorcée après la Révolution culturelle est loin d’être terminée…

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3 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 14 août 2015 07 h 03

    Men's club

    Les plus grands capitalistes chinois sont pour ainsi dire tous au gouvernement.

    Sur tout sujet économique qui concerne la Chine, on devrait pliutôt parler du "men's club" le plus petit et le plus sélect du monde. Ils ont tous les pouvoirs réunis dans leur centaine de mains, à peine plus.

    Le plus grand pirate informatique (lire, industriel) au monde. Le plus grand acheteur de terrains un peu partout y compris bien sûr au Canada, mais aussi en Afrique et ailleurs. Des milliers de contrats multinationaux dont la partie Chinoise est rarement respectée. Des milliers de vols de brevets et techniques de fabrication.

    Aucun respect pour l'environnement, ni en Chine, ni a fortiori ailleurs.
    Des mines exploitées exclusivement par un personnel chinois, en vase clos et sans le moindre contrôle du pays hôte. Le secret, partout le secret.

    La plus grosse bulle économique de tous les temps.
    Le plus gros crash prévisible que l'on ait jamais vu. Quand ? Sais pas, mais il est impossible qu'il n'arrive pas. En fait je suis surpris qu'elle tarde.

    Il est absolument urgent que les acteurs économiques régionaux, partout, se consultent pour réduire l'impact qu'aura cette crise sur leur situation.

    Puisque personne ne refuse de faire affaire avec ces bandits (comme je dis plus haut je ne parle par de la Chine mais du club), il faut se préparer à l'inévitable et renouer avec des fournisseurs et clients rapprochée géographiquement, sur la base d'intérêts commun prévisibles et concrets. Notre économie, qui devrait dépendre le moins possible de marché mondial, est pieds et poings liés devant le men's club.

    Ceci n'est pas un jeu. Des centaines de millions de vies sont dans la balance. Ces fous foncent dans le mur à cent miles à l'heure et y entraînent toute la planète.

  • Richard Lupien - Abonné 14 août 2015 09 h 24

    Il faudrait choisir!

    Monsieur Sansfaçon,

    Votre analyse nous informe clairement des politiques et des dessins en matiere économiques de la Chine.

    Mais je crois qu'il faudrait bien un jour cesser de définir la Chine comme étant un pays communiste. Il peut bien lui-même s'attribuer cette dénomination, nous pouvons en occident continuer de l'appeler ainsi, mais il est bien évident que les politiques sociales menées par les dirigeants de çet empire n'ont rien qui ressembleraient à quelconque projet d'égalité entre tous les citoyens.

    Vous même semblez errer puisque vous terminer votre analyse en concluant que la "Longue marche" du capitalisme est loin d'être terminée....elle aurait même commencé sous le règne de Mao selon moi.

    Richard Lupien
    Ormstown.

  • Richard Lupien - Abonné 14 août 2015 09 h 24

    Il faudrait bien choisir...

    Monsieur Sansfaçon,

    Votre analyse nous informe clairement des politiques et des dessins en matiere économiques de la Chine.

    Mais je crois qu'il faudrait bien un jour cesser de définir la Chine comme étant un pays communiste. Il peut bien lui-même s'attribuer cette dénomination, nous pouvons en occident continuer de l'appeler ainsi, mais il est bien évident que les politiques sociales menées par les dirigeants de çet empire n'ont rien qui ressembleraient à quelconque projet d'égalité entre tous les citoyens.

    Vous même semblez errer puisque vous terminer votre analyse en concluant que la "Longue marche" du capitalisme est loin d'être terminée....elle aurait même commencé sous le règne de Mao selon moi.

    Richard Lupien
    Ormstown.