Le passé reste présent

Les États-Unis soulignent cette semaine le 50e anniversaire de la signature de la loi sur le droit de vote, accomplissement majeur du mouvement civique américain. Il n’y a pas vraiment lieu de célébrer. Par cette loi fédérale signée le 6 août 1965 par le président Lyndon Johnson, étaient dorénavant interdites les pratiques électorales discriminatoires qui empêchaient les Noirs de participer à la vie politique. Ses détracteurs n’auront jamais cessé de chercher à la contourner. La façon dont s’y prirent les républicains en 2000 pour installer George W. Bush à la Maison-Blanche en est l’exemple le plus spectaculaire. Preuve de la pertinence de la loi, le département de la Justice et les cours fédérales auront bloqué, entre 1965 et 2013, plus de 3000 dispositions discriminatoires adoptées à l’échelle des États. En 2012, relevait jeudi The New Times, la proportion de Noirs qui se sont rendus aux urnes fut supérieure à celle des Blancs pour la première fois dans une élection présidentielle américaine.

Le passé raciste a rattrapé le présent en 2013 avec le jugement de la Cour suprême par lequel étaient invalidés les garde-fous antidiscriminatoires contenus dans la loi sur le droit de vote, sous prétexte qu’ils avaient atteint la fin de leur vie utile. Concrètement, cette incroyable erreur de jugement a fait reculer les États-Unis de 50 ans.

La loi fédérale ayant été désarmée, une quinzaine d’États sous contrôle républicain se sont dotés de dispositions électorales qui, sous le couvert de lutter contre la fraude électorale, un problème qui est en réalité très mineur, visent manifestement à bloquer l’accès aux urnes de l’électorat noir — qui vote majoritairement démocrate. Il s’agit surtout d’États du Sud — Texas, Caroline du Nord, Mississippi, Virginie… —, mais pas seulement — Ohio et Wisconsin, entre autres. Tous ces gouvernements ont appris à maquiller leurs intentions en durcissant les exigences d’identification des électeurs, en éliminant le droit de s’enregistrer le jour même de l’élection ou en réduisant les périodes de vote par anticipation… Autant de mesures qui nuisent de façon disproportionnée aux Noirs en âge de voter. De quelles distorsions sera faite, dans ces conditions, la présidentielle de 2016 ?

Ces reculs entrent pourtant en contradiction avec l’état d’esprit plus réformiste dans lequel se trouve la société américaine. Les émeutes de Ferguson qui ont éclaté il y a presque exactement un an, suivies de nombreuses autres affaires de brutalité policière et, en juin, de la tuerie de Charleston, auraient eu pour effet, soutiennent toute une panoplie d’études et de sondages, de réveiller les consciences face aux injustices que continue de subir la minorité noire. Cette évolution est incertaine ; encore faut-il qu’elle s’incarne contre tous ceux qui s’accrochent.

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2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 7 août 2015 08 h 28

    Pas évident

    L'auteur aurait dû expliquer en quoi les exigences sur l'identité ou l'enregistrement des électeurs affecte plus les Noirs que Blancs.

  • Roger Gauthier - Inscrit 7 août 2015 23 h 37

    Inacceptable

    Si c'est le bons sens le plus élémentaire de demander à un blanc ses pièces d'identificatilon, c'est le racisme le plus prononcé que de faire la même chose avec un noir.

    Les noirs sont souvent empêchés d'obtenir leurs papiers par des fonctionnaires racistes, souvent membres de groupes suprémacistes.

    Ailleurs, les noirs qui obtiennent leur droit de vote sont tirés dans le dos par des policiers racistes.

    Pour respecter les droits humains, et contre le racisme systématique des institutions Américaines, , il faudrait laisser tous les Afro-Américains voter, sans aucune forme de vérification. Cela compenserait pour des siècles d'oppression.