Jouer sa crédibilité

Mais quand donc les femmes seront-elles considérées comme des êtres humains à part entière ? Même Amnesty International, dont la réputation n’est plus à faire, est sur le point de les laisser tomber, au profit d’un discours qui transforme l’exploitation sexuelle qu’est la prostitution en un travail comme les autres.

Quelque 500 délégués de 80 pays voteront en fin de semaine une résolution qui propose de décriminaliser l’ensemble du milieu de la prostitution. La réflexion, entamée depuis deux ans, a pour prémisses que le désir sexuel est un besoin fondamental, qu’entre adultes, le « travail du sexe » relève d’un commerce librement consenti, et que tout encadrement à son égard doit être accepté par ceux et celles qui vivent présentement de la prostitution. Tout ceci faisant l’impasse sur la réalité sociale de cette pratique, ce qui ne manque pas d’étonner de la part d’un organisme de défense des droits !

Il faut pourtant considérer la chose à son juste point de départ. Qu’est-ce que la prostitution ? Le droit pour des hommes de s’acheter le corps de femmes qui ne les désirent pas. Qu’est-ce que l’égalité sexuelle ? Le droit pour les femmes d’avoir des relations sexuelles par plaisir, point. Pour les dirigeants d’Amnesty, le désir est donc à sens unique. Non, même dans des milieux dits progressistes, le patriarcat n’est pas mort.

Par ailleurs, dans cette époque où tout se calcule, il s’explique que certains croient que tout se vend, tout s’achète, ce qui inclut les corps. Mais Amnesty devrait savoir que la prostitution est indissociable de la misère sociale : de jeunes filles s’y lancent soit par nécessité économique, soit par amour aveugle envers des hommes qui les exploiteront. Selon l’ONU, 90 % des prostituées dans le monde sont sous le joug de proxénètes. Une fois sorties du milieu, bien des ex-prostituées s’étonnent d’ailleurs de la naïveté avec laquelle on a pu croire leur discours de bonheur. Hélas, Amnesty ne veut entendre que celles qui sont en activité…

Leur document conteste même le fait que la prostitution commence souvent chez des mineures (au Canada, l’âge moyen d’entrée dans la prostitution est pourtant de 14-15 ans), ou qu’il y ait de larges problèmes de toxicomanie dans le milieu. On présente les bordels comme des endroits sécuritaires où « travailler » et l’approche de la Norvège, qui criminalise les clients mais décriminalise les prostituées, y est largement montrée du doigt notamment parce qu’elle ferait fuir la clientèle !

Bref, on se pince et on s’inquiète. L’égalité est factice dans ce domaine : les hommes ont toujours été les grands gagnants de la prostitution des femmes. Amnesty au soutien des pimps de ce monde ? Quelle perte de crédibilité ce serait, quelle catastrophe.

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