Rivalités polaires

Les glaciers se liquéfiant, la « guerre » de l’Arctique ne fait que commencer. S’ouvre un nouveau chapitre avec les revendications territoriales que Moscou vient de resoumettre à l’ONU. Le drame étant évidemment que, dans ce bras de fer pour la propriété du pôle Nord, on fait l’impasse sur les enjeux environnementaux.


Moment de grâce il y a quelques semaines à Oslo à l’occasion d’une réunion intergouvernementale des cinq pays qui ceinturent l’Arctique. Les cinq pays en question — Canada, États-Unis, Russie, Danemark et Norvège — ont convenu d’observer un moratoire sur la pêche dans une zone de près de 3 millions de kilomètres carrés jusqu’à ce qu’ait été menée une évaluation scientifique exhaustive des stocks de poissons. Impressionnante concertation, vu la force d’attraction commerciale qu’exerce l’Arctique à mesure que fondent les glaciers. On évalue maintenant à 40 % la proportion des eaux circumpolaires libérées par les glaces pendant l’été — une proportion qui a massivement augmenté depuis les années 1970, alors qu’ont débuté les observations par satellites.

Simple moment de grâce puisqu’il vient d’être suivi de la part du gouvernement russe du président Vladimir Poutine de revendications territoriales qui jetteront de l’huile sur le feu. Non pas que la position de Moscou soit surprenante. La Russie a soumis une requête à peu près identique en 2001 aux autorités compétentes de l’ONU qui, jugeant les positions russes recevables, lui avaient demandé de peaufiner son argumentaire.

Moscou n’est pas, à l’évidence, mal venu de réclamer, en vertu de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, la propriété du plateau continental au-delà de la zone habituelle des 200 milles marins. Il n’en reste pas moins que, plus fondamentalement, la planète se porterait mieux si les gouvernements de ce monde trouvaient l’intelligence de soustraire l’Arctique à leurs considérations géostratégiques pour faire en sorte qu’il demeure sous gestion internationale.

Le grand jeu des rivalités polaires est surtout pétrolier — avec ambitions militaires à la clé : la région abriterait jusqu’au quart des réserves non découvertes d’hydrocarbures de la planète —, des réserves se mesurant en centaines de milliards de barils de pétrole. L’humanité met ainsi le doigt dans l’engrenage insensé du réchauffement climatique, de la fonte des glaciers et de la course à l’exploitation des hydrocarbures de l’Arctique. Cherchez l’erreur. De faire valoir l’organisation Greenpeace : « Des pays comme la Norvège et la Russie veulent transformer le monde polaire en nouvelle Arabie saoudite. »

Grand jeu dans lequel le premier ministre Stephen Harper a joué la carte militaire et nationaliste depuis 10 ans, mais sans vraiment se donner les moyens de ses prétentions, si tant est qu’il les eût.

L’homme a bien aimé entretenir la fiction de la souveraineté « indiscutable » du Canada sur l’extrême nord et brandir la menace que représente Moscou. Non pas que le Canada n’ait pas, comme les autres, de bonnes raisons de penser qu’une partie de l’Arctique lui appartient géologiquement. Mais là n’est pas la question. Et il est peu probable que ce soit en frondant M. Poutine comme il le fait qu’Ottawa fasse avancer la cause canadienne.

En l’occurrence, M. Harper a commis l’erreur de se montrer absurdement belliqueux à l’égard de Moscou sur la question ukrainienne. Il a ensuite le défaut d’être profondément insensible aux questions de protection de l’environnement. Le sain développement de l’Arctique ne passe certainement pas par sa réélection.

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1 commentaire
  • Jean-Yves Arès - Abonné 6 août 2015 08 h 33

    Aucun développement ne peut être sain en mer Artique


    Ce qui n'empêche évidemment pas aux pays riverains de vouloir y étendre leur territoire. Et les motifs de ces désires d'extension territoriale donne un bon aperçu des dispositions de l'humanité à réduire son utilisation de pétrole et gaz.