Le pilulier indien

L'Inde, premier fournisseur de médicaments génériques au monde, est de nouveau montrée du doigt pour ses pratiques cliniques négligentes. L’Union européenne (UE) vient de demander à ses États membres de suspendre à compter du 21 août la vente de près de 700 produits génériques testés et fabriqués en Inde, suivant la découverte d’essais cliniques falsifiés chez GVK Bio, une société indienne qui travaille pour le compte de nombreuses entreprises. La découverte concerne des copies de médicaments courants — anti-inflammatoires, antihistaminiques, antidépresseurs. Les tests de « bioéquivalence », destinés à vérifier que les effets thérapeutiques des génériques sont identiques à ceux du médicament d’origine, n’auraient pas été faits avec toute la rigueur requise.

C’est loin d’être la première fois que les Indiens se font prendre en défaut. Fin juin, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a épinglé l’entreprise Quest Life Sciences pour des irrégularités semblables, affirmant que les problèmes semblaient « de nature systémique ». Ranbaxy, l’une des principales pharmaceutiques indiennes, a été condamnée à une amende de 500 millions aux États-Unis en 2013 pour avoir falsifié de façon systématique ses tests de contrôle.

L’Inde est devenue le plus grand fabricant de copies à la faveur du mouvement de délocalisation internationale — écrasant dans la foulée sa tradition ayurvédique. Elle est en tête des pays exportateurs de traitements contre le sida, le cancer et la tuberculose vers les pays du Sud. En Europe, 80 % des poudres chimiques utilisées pour fabriquer les médicaments les plus courants viennent d’Inde et de Chine, alors que 40 % des génériques importés par les États-Unis proviennent du sous-continent. Les gouvernements occidentaux, y compris celui du Québec, comptent de plus en plus sur les génériques pour contrôler les coûts de leur système de santé. Ce n’est pas demain la veille qu’on cessera de recourir aux services de l’industrie indienne, malgré le fait qu’elle a des croûtes à manger au plan des exigences.

Les multinationales pharmaceutiques, cela dit, sont un monde qui n’est pas tellement moins opaque que l’industrie minière. Se jouxte à ce débat sur les ratés de l’industrie du générique la guerre que livrent de grandes compagnies comme Novartis contre la Loi indienne sur les brevets. En fait, il y a des années que l’UE milite aux côtés de ces pharmaceutiques pour que l’Inde assouplisse sa loi et fasse moins de chichis autour de la définition de la propriété intellectuelle. Il est donc stratégiquement utile aux laboratoires occidentaux de salir la réputation des Indiens. Voici qu’une occasion leur est à nouveau offerte.

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3 commentaires
  • Richard Bérubé - Inscrit 30 juillet 2015 06 h 10

    Ah bon l'Inde résiste encore!

    En août 2013, les fermiers indiens de 20 états réclamait le départ de la Cie Monsanto de leurs pays et la fin des OGM (GMO). Comme les big pharma Monsanto demandait l'abolition des (Patent law) indiennes. Il semblerait que tous les pays ne s'aplatventrissent (mon invention) pas devant la cabale mondiale, mais pour combien de temps....par contre cette prise de conscience par les pharma me semble être seulement que de la poudre aux yeux, car de plus en plus les organismes gouvernementaux chapeautant les médicaments sont de plus en plus sollicités par les cies pharmaceutiques pour abaisser leurs critères d'acceptance des produits pour le marché. Comme disait un auteur critique de BigPharma, lorsque vous écoutez un commercial de médicaments surtout aux USA écoutez bien la liste des effets indésirables (side effect), c'est comme une liste de poison...ce qui est à mon avis pas si faux....ce club privé incluant les banquiers, industriels, assurances, et bien sûr les big pharma, ne reculera devant rien pour remplir ses coffres au dépends des êtres humains...restez vigilant...

  • Murielle Tétreault - Abonnée 30 juillet 2015 07 h 49

    Vaut vraiment mieux être riche et en santé.

    Quand un médecin prescrit un médicament et que le pharmacien nous dit <<si je vous donne cê médicament ,vous devez le payer.Je peux ler remplacer par 2 génériques qui ensemble seront equivalents, on se sent dépourvus.Qu'est-ce qu'on peut faire?prendre les génériques et retourner voir le médecin s'il n'est efficace.C'est nous les cobayes des pharmaceutiques. Les economies ne doivent pas être trés grandes:deux visites médicales ai lieu d'une et retarder la guérison.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 30 juillet 2015 08 h 57

    Et le Canada ?

    La France a interdit l'importation de 700 médicaments indiens. L'Union européenne l'a suivie de peu.

    D'après ce que j'ai compris, la fraude indienne est relative aux tests qui garantissent l'équivalence de la biodisponibilité. En d'autres mots, entre l'original et la copie, tous deux contiennent la même quantité de principe actif, mais est-ce que l'un et l'autre libèrent la même quantité de médicament à l'organisme.

    Or le principal laboratoire indien qui garantit la bioéquivalence ne fait pas que mesurer les taux de médicaments dans le sang: il prend un certain nombre de signes vitaux.

    Si un médicament est libéré trop vite dans l'organisme, _dans certains cas_, le patient éprouve des effets secondaires. Or la mesure de la pression était l'objet de couper-coller entre les différentes études comparatives de ce laboratoire indien. En somme, on ne la prenait pas. C'est ce que des chercheurs français ont découvert.

    Le gouvernement Harper a dérèglementé de nombreux domaines, laissant l'industrie s'auto-règlementer. On a vu le résultat dans le transport ferroviaire et on voit maintenant le résultat dans la fiabilité des médicaments que consomment les Canadiens.

    Que fait le Canada? Rien. Le cri d'alarme du Devoir devrait, je l'espère, inciter le fédéral à agir.