Matière à progrès

Bientôt trois ans que se poursuivent à La Havane les négociations de paix colombiennes. Les pourparlers ont été ponctués d’importants retournements au cours des derniers mois, au point de donner l’impression qu’ils n’allaient nulle part, comme tous les efforts de paix faits depuis le début des années 1980. L’année 2015 s’était ouverte sur une note encourageante : les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) observant un cessez-le-feu unilatéral, la violence armée a connu un apaisement d’une ampleur qui ne s’était pas vue depuis 30 ans. Après quoi, en avril, le climat s’est à nouveau pourri, donnant lieu à une escalade du conflit et aux pires violences commises depuis le début des négociations, en octobre 2012.

La guerre civile, qui dure depuis plus de 50 ans, a fait plus de 220 000 morts et déplacé 7,5 millions de Colombiens (un habitant sur sept). S’en sortiront-ils jamais ? Les pourparlers sont d’autant plus laborieux que le conflit s’est complètement ossifié — sur fond de mariages d’intérêts avec les trafiquants de cocaïne.

Il y a pourtant lieu d’être prudemment optimiste : les FARC observent depuis dimanche un nouveau cessez-le-feu unilatéral, auquel la partie gouvernementale agrée en s’engageant pour la première fois à freiner ses opérations militaires. Ce signal de réciprocité ouvre la voie à la perspective inédite d’un accord de trêve bilatérale. À défaut d’une percée, parlons d’un petit pas en avant.

L’arrivée à la présidence en 2010 de Juan Manuel Santos, réélu l’année dernière, a bonifié les chances de paix. L’homme a surtout le mérite d’avoir rompu avec la « solution militaire » que défendait depuis huit ans l’ancien président Álvaro Uribe. Contre toute attente, puisque M. Santos avait été ministre de la Défense sous M. Uribe. Leur divorce a traduit une cassure au sein des élites du pays. Proche des organisations paramilitaires d’extrême droite, collé sur les États-Unis, M. Uribe a défendu — et continue de défendre — les intérêts des grands propriétaires terriens, opposés à toute idée de réforme agraire, noeud gordien du conflit. Néolibéral bon teint comme son prédécesseur, M. Santos appartient plutôt à l’élite urbaine : branché sur les milieux d’affaires de Bogotá, ses priorités passent par l’intégration latino-américaine.

Avec le résultat que les négociations à La Havane ont débouché depuis deux ans sur des ententes de principe sur trois questions cruciales : la réforme agraire, le commerce de la drogue et l’intégration de la guérilla à la vie politique. Tout reste à faire en ce qui concerne l’application concrète d’un éventuel accord de paix, dans un contexte où l’oligarchie rurale, portée par l’ex-président Uribe, conserve un énorme pouvoir de nuisance. Reste qu’il y a longtemps qu’une entente n’a pas paru aussi possible.

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