Le maire cigale

Un mythe tenace veut que le maire de Québec Régis Labeaume soit un politicien efficace, ayant la capacité de passer rapidement de la volonté à l’action, du projet à la réalisation. Pour ce qui est de la gestion des ordures et de l’eau, on peut en douter.

Plusieurs caricaturistes dépeignent souvent Régis Labeaume comme un néo-Napoléon efficace, prompt à réagir et à obtenir des résultats. Il est très rarement l’objet de dessins désapprobateurs ou critiques, et ses moindres gestes ou décisions se trouvent la plupart du temps, de manière subtile, magnifiés par les illustrateurs. Cela révèle un succès de communication et même de propagande, car la réalité est infiniment plus nuancée, surtout après huit ans de pouvoir.

Celui qu’on désignait dès 2008 comme un « super-maire » a trébuché cet hiver sur un dossier à la fois élémentaire et fondamental dans toute gouverne municipale : la collecte des ordures. La Ville a adopté et appliqué un nouveau plan de collecte devant faire réaliser des économies. Celui-ci a soulevé un tollé dans plusieurs quartiers. M. Labeaume a d’abord, comme souvent, accusé les fonctionnaires d’avoir mal fait leur travail ; puis a rétropédalé pour finalement rétablir les méthodes antérieures. L’affaire a fait grand bruit, a enragé des citoyens. Mais elle a rapidement cédé la place, dans le débat public, à des dossiers qui semblent toujours prioritaires à Québec : les Nordiques reviendront-ils ? Qui chantera à l’ouverture du Centre Vidéotron ? Quel « gros nom » chantera sur les Plaines cet été ? etc.

Le maire favorise souvent — de manière intentionnelle ou non — cette diversion par le divertissement, par le festif. Il est devenu à plusieurs égards un maire « cigale ». Depuis sa deuxième élection, il a tout misé sur le retour du hockey professionnel à Québec et la construction d’un amphithéâtre. Celui-ci, en l’absence d’une équipe professionnelle de hockey, risque d’être extrêmement coûteux pour la Ville. Le maire est donc préoccupé au plus haut point par cette affaire. Il tient à gagner son pari et à faire mentir ceux qui prévoient que ce centre sera un trou noir financier ; il multiplie les idées pour animer le pourtour de l’édifice (déménagement du marché public, par exemple) ; pousse dans le dos du gestionnaire, Québecor ; multiplie les sorties sur ces sujets, qui prennent alors (puisque le maire en parle constamment) des allures obsessionnelles dans la capitale.

D’autres dossiers, à la fois élémentaires et fondamentaux dans toute gouverne municipale, en pâtissent. La gestion de l’eau en est un bon exemple. Au début de juillet, les trois élus de l’opposition ont demandé à ce qu’une étude — qu’on dit préoccupante — concernant une des principales sources d’eau des habitants de la capitale, le lac Saint-Charles, soit publiée. Le maire a refusé sèchement et s’est fendu d’une réplique assassine, accusant le chef de l’opposition de « jouer au Bonhomme Sept Heures ». « On est à la limite de l’irresponsabilité », a-t-il pesté.

Pourtant, depuis qu’il est arrivé en poste en décembre 2007, M. Labeaume n’a cessé d’alerter le public au sujet de la dégradation du lac Saint-Charles, entre autres. Jouait-il au Bonhomme Sept Heures alors ? En 2010, il se disait extrêmement inquiet, avait fait de l’eau sa priorité. Attaquait les maires des municipalités au nord de Québec, friands de développement immobilier, il lançait : « On n’échangera pas des taxes contre de la crotte qui va descendre dans notre prise d’eau ! »

À l’époque (en 2010) une étude (une autre) concluait déjà à une dégradation environnementale inquiétante du lac Saint-Charles en raison de la croissance de l’occupation urbaine dans le bassin versant. Les biologistes disaient que « tout délai » dans l’application des recommandations du rapport pouvait avoir plusieurs conséquences néfastes, dont la prolifération de cyanobactéries. Une stratégie de protection des bassins versants a alors été annoncée. Après des échanges d’invectives que suscite le style du maire, une entente à la Communauté métropolitaine a été conclue.

Ces mesures ont-elles été réellement appliquées ? Chose certaine, cinq ans plus tard, Québec a un bel amphithéâtre tout neuf ; mais aussi une autre étude (pour l’instant secrète) qui conclut que la santé du lac Saint-Charles et des rivières se détériore sans cesse. M. Labeaume a promis d’agir rapidement à l’automne 2014. Puis à l’hiver 2015, pour reporter son plan à l’automne. S’en souviendra-t-on s’il le reporte de nouveau ? Après tout, l’affaire de l’automne, c’est la grande ouverture du Centre Vidéotron…

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9 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 18 juillet 2015 01 h 55

    N'est-ce pas a nous d'en juger

    Et elle chantait du soir jusqu'au matin, de Lafontaine, quel penseur du comportement humain, oui je suis toujours un peu inquiet des autocrates, ne sacrificient-ils pas souvent l'essentielle, enfin chez certains le paraitre n'est-il pas plus important que l'être

  • Josée Duplessis - Abonnée 18 juillet 2015 07 h 52

    Quand l'efficacité passe par l'ignorance de la raison c'est ce que ça donne.
    Le paraître a pris la plce de l'être. M. Labeaume semble être un politicien comme les autres qui bardassent leur population en ayant fière allure.
    Je ne comprends pas comment ces gens peuvent se lever le matin et se regarder dans le miroir sans une petite gêne.

  • Isabelle Demers - Abonné 18 juillet 2015 08 h 37

    Le complexe de Napoléon ?

    Toujour plus gros ! Le Festival d'été, le Carnaval, les gratte-ciel, les courses en patins à glace, alouette, le centre-ville de notre belle ville de plus en plus dévoué à être le terrain de jeux des touristes et des banlieusards, à cause de qui on nous demande de débourser presque cent dollars par année pour conserver le simple droit de stationner notre propre voiture devant chez nous (!)... Et pendant ce temps la cueillette des ordures qui en prend pour son rhume et la qualité de l'eau qui menace sérieusement de se détériorer, alors que l'eau de Québec a toujours été réputée pour sa qualité... . Qu'à cela ne tienne ! Notre bon maire dit les vraies affaires et s'occupe des Nordiques ! Misère de misère !
    Jacques Hardy
    Québec

    • Charles Lebrun - Abonné 18 juillet 2015 12 h 38

      Ma mère avait un "qualificatif" très approprié pour ce genre de personnalité qu'est M. Labeaume... "Un quêteux monté à cheval".

      Depuis qu'il est maire, il voit tout en GRAND, et oublie l'essentiel! Les rues des Limoilou où je réside sont nettoyées deux fois moins souvent mais les Stones viennent chanter en ville et nous auront un amphithéâtre de 400 millions $. Vide? Pas grave... Les ordures ne sont pas ramassées convenablement dans Limoilou? C'est en Haute-ville que l'on fait la fête! Etc. etc.

      Mais les radios de Québec l'aiment! J'ai honte de mon maire qui détruit des oeuvres d'art au bélier mécanique et se dit très fier d'un projet d'une tour de 65 étages!

      Charles Lebrun
      Québec

    • Chantale Desjardins - Abonnée 20 juillet 2015 07 h 28

      L'eau...est bonne, si vous aimez boire de l'eau de piscine(chlore et déchets) Les Nordiques ne donneront pas de l'eau saine. H2O et la définition: incolore, inodore, sans saveur. Voilà la vérité M. le Maire

  • Colette Pagé - Inscrite 18 juillet 2015 11 h 59

    Le Vieux-Québec et les autobus de touristes, un mal nécessaire ?

    Sillonné à la journée longue par les autobus de touristes le Vieux-Québec perd son âme. Pourquoi ne pas interdire les autobus dans le Vieux-Québec obligeant ses voyageurs à utiliser les navettes beaucoup moins pollutantes sans oublier de rendre piétonnières ses rues historiques. Depuis des lustres des projets sont sur la table, mais le manque de volonté politique freine ces initiatives.

    • Stéphane Laporte - Abonné 19 juillet 2015 16 h 31

      Les autobus sont interdite dans le vieux Québec. Ce règlement existe déjà depuis au moins une dizaine d'années, il n'est simplement pas appliqué.

  • Bernard Plante - Abonné 18 juillet 2015 15 h 22

    Enfin, le mythe dévoilé!

    Merci M. Robitaille pour cet article qui remet enfin en question le bienfondé du mythe d'efficacité entourant le maire Labeaume. Vous mettez d'ailleurs le doigt sur l'élément principal qui fait sa réussite: la communication et la propagande. Le succès du maire Labeaume repose dans les faits davantage sur les capacités de gestion des communications de son chef de cabinet ayant passé sa carrière dans la publicité que sur des réalisations concrètes. En fait, que le maire dise ou fasse n'importe quoi, il y a toujours quelqu'un pour réparer les pots cassés et retourner les situations à son avantage. Sans un tel as de la communication, Labeaume se serait effondré depuis longtemps.

    Pour ce qui est du manque de progression des dossiers de la ville, vous avez également raison, outre la publicité à laquelle le maire a étrangement systématiquement droit dans l'ensemble des médias de Québec, on constate bien peu d'avancement réel. Et dire que vous n'avez même pas abordé le dossier de la mobilité durable et du transport en commun, un dossier sans cesse reporté depuis maintenant plus de cinq ans...