Une autre baisse!

Pour la deuxième fois cette année, la Banque du Canada réduit d’un quart de point, à 0,5 %, le taux d’intérêt qui sert de guide aux transactions quotidiennes entre les banques. Ce faisant, la Banque du Canada prend le risque de voir le niveau d’endettement des ménages grimper d’un cran. Un risque qu’on espère bien calculé !


Pour certains économistes, et même pour le courtier immobilier Royal LePage, il est dangereux que la Banque du Canada envoie de nouveau le signal d’une baisse des taux d’intérêt compte tenu de la surchauffe du marché immobilier dans certaines villes comme Toronto et Vancouver.

Pour le gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, ce risque existe, mais le plus important est d’éviter une récession dont il refuse de dire le mot.

La banque centrale avoue avoir été trop optimiste, l’hiver dernier, en prévoyant que la chute des prix du pétrole aurait un effet très limité dans le temps sur l’activité économique du pays. La réalité, c’est que le prix du pétrole restera bas et que les entreprises impliquées dans l’exploitation des ressources ont réduit leurs investissements de 40 % au lieu des 30 % prévus, avec les conséquences que l’on devine sur l’emploi dans l’Ouest canadien.

Si l’on se fie aux plus récentes observations de Statistique Canada, le Canada est sans doute déjà en récession. Une récession de faible amplitude et qui n’affecte que les provinces de l’Ouest, où est concentrée la production d’hydrocarbures. Pour les autres 80 % de l’économie canadienne, la croissance est au rendez-vous à un rythme annuel de 2 %, stimulée par la faiblesse du dollar et la bonne tenue du client américain.

Dans l’ensemble du pays, l’emploi a crû de quelque 176 000 entre juin 2014 et 2015, surtout en Ontario. Pour l’instant, le Québec profite moins que sa voisine de la faiblesse du dollar, et la politique de rigueur du gouvernement Couillard ajoutée à celle du fédéral ralentit la création d’emplois. Quant au secteur privé, il subit aussi les contrecoups des décisions des gouvernements, dont les dépenses comptent pour près de la moitié du PIB. À tel point qu’on peut se demander si la baisse des taux d’intérêt ne sera pas un coup d’épée dans l’eau : après tout, qui songe à investir quand sa capacité de production est déjà excédentaire par rapport à la demande ?
 

De façon paradoxale, c’est peut-être le même gouvernement Harper opposé idéologiquement à toute intervention fiscale pour stimuler l’économie qui pourrait, malgré lui, jouer un rôle de régulateur au cours des prochains mois. En effet, il faut s’attendre à ce que la plus grande partie des quelques milliards de cadeaux électoraux consentis cet été aux parents de jeunes enfants sera dépensée rapidement. Bien sûr, Ottawa et les provinces en récupéreront une partie le printemps prochain, puisqu’il s’agit de revenus imposables, mais d’ici là, l’argent aura fait du chemin.

De même en est-il des multiples annonces de subventions aux municipalités pour des projets d’infrastructures. En somme, même involontaire, le timing est le bon !

Au Québec, la première baisse des taux d’intérêt décrétée en janvier dernier n’a pas stimulé l’appétit des acheteurs de maison, déjà très endettés, et on observe même une tendance à la baisse de la demande et du prix des propriétés. Voilà une bonne nouvelle puisqu’à l’heure actuelle, le pire des scénarios serait celui d’une chute brutale du secteur immobilier dont on ne pourrait prédire la suite. Il faut souhaiter qu’il en soit de même cette fois encore et que les emprunteurs profitent des taux plus bas pour accélérer le remboursement de leur hypothèque et de leurs dettes de consommation.

Ailleurs au pays, il semble que les acheteurs soient moins prudents, puisque le prix des propriétés autant que la demande continuent d’augmenter bien au-delà de la capacité de payer des ménages.

En fait, ceux qui subiront le plus durement les effets des deux dernières baisses de taux d’intérêt, ce sont les retraités dont les revenus dépendent essentiellement du rendement des titres obligataires et des certificats de dépôt. Alors qu’on leur faisait miroiter une hausse prochaine des taux, les voilà aux prises avec la stagnation de leurs épargnes malgré la hausse constante du coût de la vie. Ceux-là devront prendre leur mal en patience et ralentir leur consommation en attendant des jours meilleurs.

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