Une droite à abattre

Après Jeb Bush et Donald Trump, ce bouffon dangereux, le cercle du cirque qu’est la course républicaine à l’investiture présidentielle s’agrandit encore, avec la candidature de Scott Walker, gouverneur du Wisconsin, qui doit officiellement lancer sa campagne ce lundi. Antisyndical dans l’âme, proche du Tea Party, Scott Walker incarne ce que la droite américaine a de plus pernicieux.​
 

Scott Walker a été élu trois fois gouverneur de l’État depuis 2010, d’abord avec l’appui des syndicats de travailleurs, puis en les divisant entre eux sans que cela n’entame vraiment ses majorités électorales. Il vient de faire du Wisconsin le 25e État à adopter une loi sur le « droit de travailler » (« right to work »), en vertu de laquelle il devient interdit pour un syndicat d’exiger des employés d’une entreprise qu’ils paient des cotisations. Le nom de la loi est un leurre : au nom de la liberté de choix, elle vise clairement à démolir le pouvoir de négociation collective des organisations syndicales.

Les vingt-quatre autres États qui ont adopté le régime du « right to work » (RTW) sont généralement républicains et la plupart sont situés dans le sud du pays, où n’existe pas vraiment de tradition syndicale. Au départ, la promotion du RTW fut d’ailleurs portée dans les années 1940 par un activiste suprémaciste pour lequel la syndicalisation avait l’horrible défaut d’encourager la mixité raciale. Le RTW s’est répandu dans les années 1950 et 60 dans le contexte de l’anticommunisme primaire de l’époque. Le Wisconsin, pourtant berceau du syndicalisme américain et foyer de résistance sociale (les manifestations qui ont eu lieu en 2011 à Madison ont préparé le terrain à Occupy Wall Street), est l’un des trois États à avoir récemment réussi à faire appliquer le mensonge qui consiste à faire passer une mesure manifestement antisyndicale pour une amélioration des droits des travailleurs, un facteur de création d’emploi et un progrès démocratique.

C’est en quelque sorte la quadrature du cercle, par laquelle M. Walker pourra reproduire l’arnaque qui permet aux politiciens de tous bords de se présenter comme les « défenseurs de la classe moyenne ».

La diabolisation du syndicalisme par les élites politiques et économiques a fait son oeuvre ces dernières décennies, le monde syndical a connu des dérives qui ont fait le reste pour noircir sa réputation. Avec le résultat que le taux de syndicalisation aux États-Unis a chuté du tiers depuis cinquante ans, à seulement 11 %. Il se trouve que, selon un récent sondage Gallup, 53 % des Américains continuent quand même d’approuver le rôle des syndicats, en même temps — voici où le cercle touche à la quadrature — qu’ils sont favorables au RTW dans une proportion supérieure à 70 %. Ce qui explique que M. Walker ait chaque fois été élu grâce à l’appui significatif d’électeurs qui étaient syndiqués…

Avec M. Walker, ils seront maintenant quinze à briguer l’investiture présidentielle du Parti républicain. Il n’a que 48 ans, sa carrière politique est malheureusement loin d’être terminée. Sa candidature a la bénédiction des frères Charles et David Koch, multimilliardaires ultraconservateurs et ultracapitalistes, climatosceptiques et opposés à l’« Obamacare ». Ils ont fondé les organisations de droite Cato Institute et American for Prosperity, cette dernière étant étroitement liée au Tea Party, mouvement républicain et libertarien. M. Walker ira, avec bien d’autres, disséminer l’imposture qui veut que la mondialisation et les accords de libre-échange soient, par essence, des facteurs de progrès pour toutes les travailleuses et tous les travailleurs.

Les syndicats représentent avant tout pour cette droite machiavélique un contre-pouvoir et un frein à la croissance des profits. Pleuvent les études démontrant que l’application du « right to work » ne débouche pas sur des gains économiques notables et qu’elle fait pression à la baisse sur les salaires de tous les travailleurs, syndiqués ou non. Comme si besoin était d’études. Les travaux récents de deux économistes du FMI ont établi que la diminution du taux de syndicalisation dans les économies développées contribuait à enrichir une minorité et à creuser les inégalités sociales — pendant qu’aux États-Unis, entre 1979 et 2014, le PIB a crû de 150 % et la productivité de 75 % ! L’Economic Policy Institute, qui penche à gauche, a établi de son côté que la stagnation des salaires que l’on observe depuis plus de 20 ans était principalement attribuable à la déliquescence des droits de négociation collective.

La tromperie peut-elle être plus claire ? Il n’y a pas de dialogue possible avec cette droite-là.

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