La CPI qui trébuche

Voilà six ans que la Cour pénale internationale (CPI) tente de mettre le grappin sur le président soudanais Omar el-Béchir pour génocide et crimes contre l’humanité au Darfour, où la guerre civile a fait 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés depuis 2003. Elle y serait parvenue en fin de semaine dernière si le gouvernement de l’Afrique du Sud, où le président El-Béchir se trouvait à l’occasion d’un sommet de l’Union africaine (UA), ne l’avait pas laissé filer. La dérobade nous renseigne sur le déficit de légitimité dont souffre le tribunal international.

Officiellement créée en 2002, la CPI est née des laboratoires que furent en particulier le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et celui pour le Rwanda, deux expériences auxquelles la Québécoise Louise Arbour, entre autres, a apporté une contribution importante à titre de procureure en chef. La création de la CPI devait faire franchir un pas important à la justice internationale dans les domaines de la défense universelle des droits de la personne et de la lutte contre l’impunité. Il se trouve que, treize ans plus tard, le tribunal semble plus que jamais souffrir d’un problème de compétence et de juridiction — comme les États-Unis, la Russie et la Chine refusent toujours d’en devenir membres.

Dans les heures qui ont suivi l’arrivée de M. El-Béchir samedi soir à Johannesburg, un juge de la Haute Cour de Pretoria sommait les autorités sud-africaines de l’empêcher de quitter le pays tant qu’elle n’aurait pas statué sur la légalité de son arrestation en vertu des mandats internationaux lancés contre lui. Lundi, il remontait dans son avion pour rentrer à Khartoum, avec la bénédiction du gouvernement sud-africain.

Arrivé au pouvoir par coup d’État militaire en 1989, président « élu » depuis 1996 avec des majorités irréelles, El-Béchir est devenu l’exemple le plus criant de la difficulté qu’a la CPI à imposer son autorité. Une autorité qui serait sans doute plus solide sur le continent africain, cela dit, si ses gouvernements se sentaient moins ciblés : le tribunal mène neuf enquêtes dans le monde, toutes en Afrique. D’où le sentiment de persécution. L’Afrique n’a pas, après tout, le monopole des crimes contre l’humanité.

En 2013, l’UA adoptait une résolution stipulant qu’aucun chef d’État africain en exercice ne devrait faire l’objet d’un procès à la CPI. Signataire des statuts qui ont créé cette dernière, l’Afrique du Sud, moteur démocratique du continent, aurait dû se soumettre à l’injonction de la Haute Cour, faisant plutôt le choix à courte vue de protéger un dictateur pour ne pas s’isoler face à ses pairs…

La justice internationale est un chantier qui progresse depuis vingt ans malgré tout. En attendant d’autres progrès, le président du Soudan dort sur ses deux oreilles.

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1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 17 juin 2015 11 h 12

    Que j'aimerais avoir tord

    Que l'éthique est parfois difficile, combien de temps pour pacifier le monde, est ce que nous sommes pas des prédateurs a lesquels nous ne pouvons pas faire confiance, les sciecles qui viennent vont etre difficiles, est-ce que nous n'attendons pas que ca pour nous entretuer , n'est ce pas notre culture depuis toujours, je m'excuse de ma franchise, mais est ce que ces événements ne nous portent pas a le croire, que j'aimerais avoir tord