Le problème de Legault

François Legault est le champion des excuses lorsque vient le temps d’expliquer ses difficultés. Le chef de la CAQ a admis vendredi que sa formation politique traversait une « période difficile ». Ses déboires — notamment la défaite de son parti dans Chauveau —, il les a attribués au retour du clivage fédéralisme-souverainisme, causé par l’élection de Pierre Karl Péladeau et la réapparition de Gilles Duceppe.

C’est là un thème récurrent des discours de M. Legault depuis la fondation de la CAQ : le sujet de l’heure dans l’opinion publique ne fait pas son affaire. Il l’empêche toujours de « parler d’économie », de mettre en avant ses propositions ; fait le jeu de ses adversaires, les « vieux partis ». Décembre 2013, M. Legault déplore par exemple l’omniprésence de la commission Charbonneau : celle-ci « n’aide pas », engendre « beaucoup de cynisme ». La même année, le gouvernement Marois jongle avec son projet de charte des valeurs. M. Legault souligne la difficulté pour lui de prendre sa place dans ce débat. Il se résigne finalement à y participer (réussissant à définir une position mitoyenne que le gouvernement a eu tort de laisser de côté).

M. Legault a décrété que la question nationale était dépassée. Il a fondé son parti sur cette idée. Décembre 2012 : « Je continue à avoir confiance que, lors de la prochaine élection, on va réussir à convaincre une majorité de Québécois de laisser cette division souverainiste-fédéraliste. » Or, cette division se maintient. Au grand plaisir d’ailleurs de Philippe Couillard, qui semblait presque euphorique vendredi en abordant le sujet. Il sait bien qu’il y a là une quasi-garantie pour lui d’être réélu en 2018.

Est-ce à dire que cette division est éternelle ? Certainement pas. Il était poignant de lire le sociologue Jacques Beauchemin cette semaine dans nos pages constater que « le Québec d’aujourd’hui est fatigué de se poser la question de son devenir ». Cet essoufflement réel du débat national (que masque un peu, actuellement, la nouveauté Péladeau) ne signifie peut-être qu’une chose : celui-ci mute, se transforme.

Or la politique, pas plus maintenant que jadis, ne peut se résumer à « parler d’économie » ou à « faire le ménage ». Elle exige d’articuler une vision étoffée de la place de la nation aujourd’hui et dans l’avenir. Quelles sont les idées de M. Legault et de son parti sur la place du Québec dans le « Dominion » ? Sur la réforme du Sénat ? L’évolution du fédéralisme canadien ? On l’ignore, M. Legault ayant mis ces questions à l’index ! En postulant de manière prématurée la fin du clivage fédéralisme-souverainisme, il a comme jeté le bébé national avec l’eau du bain. D’où, sans doute, son problème fondamental de positionnement.

6 commentaires
  • Normand Carrier - Inscrit 13 juin 2015 06 h 52

    Les limites du ménage et de l'économie .....

    La CAQ a atteint ses limites dans le ménage des finances publiques et de l'économie et Couillard et le PLQ l'apprendrons incessamment car ces thèmes ne sont pas très valorisant et mobilisateurs car les effets négatifs commencent a se faire sentir .....
    Il faut se rappeller que la CAQ fut élaboré par Charles Sirois probablement conseillé par la famille Desmarais qui a convaincu Legault de fonder la CAQ .... Sirois est disparu et Legault est pris avec sa patente car cette polarisation est revenu dans le portrait au grand dam de nos penseurs fédéralistes qui voulaient diviser le vote nationaliste et éliminer le PQ .... C'est un juste retour d'ascenseur .....

  • Gilles Delisle - Inscrit 13 juin 2015 07 h 10

    La politique de l'entre-deux chaises.

    On peut parfois reprocher bien des choses à l'électorat. Mais il n'est pas tout à fait dupe de ces nouveaux affairistes qui arrivent dans le décor, sans politique arrêtée sur de nombreux sujets, se contentant de "surfer" sur le mécontentement populaire. Les gens se souviendront sans doute, des pirouettes à la Bourrassa, même si ces deux hommes n'ont rien de commun.

  • Bernard Terreault - Abonné 13 juin 2015 07 h 46

    Il y a plus que cela

    Sur les enjeux économiques, le privé versus le public, l'austérité, le PLQ a adopté la plate-forme de la CAQ, et sur la question nationale la CAQ a à toutes fins pratiques adopté celle du PLQ ("pas de club de la NHL à Québec avec un propriétaire sépratiste"). Tant qu'à y être, les gens d'esprit conservateur préfèrent justement conserver le vieux produit connu plutôt qu'essayer la nouvelle marque.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 13 juin 2015 07 h 52

    Les affaires sont les affaires

    Le problème de Legault et de la CAQ ne vient pas tant du clivage fédéralisme-souverainisme qu'au fait son parti se différencie de moins en moins du PLQ. Ainsi, en parlant du clivage fédéralisme-souverainisme, il me semble que la CAQ a fait son choix et assez clairement d'ailleurs. Au niveau des politiques économiques, c'est la même chose. La CAQ accuse le PLQ d'adopter les siennes, donc ils partagent les mêmes.

    La seule différence entre la CAQ et le PLQ, c'est que la CAQ ne partagent pas les mêmes clientèles. La clientèle de la CAQ se limitent aux franco-québécois, alors que le PLQ ratissent plus large.

    La CAQ et le PLQ ne sont plus des adversaires, ils sont rendus des concurrents qui se disputent le marché des franc-québécois en offrant le même produit. Alors forcément, tôt ou tard, l'un devra avaler l'autre comme dans tout business concurrentiel.

  • Gilles Théberge - Abonné 13 juin 2015 08 h 19

    Il a presque eu le bon réflexe

    la tentation malheureusement repoussée de dégager