Prudence!

Les consommateurs canadiens et leurs semblables américains s'endettent plus rapidement que la croissance de leurs revenus, observent les économistes de la Banque Scotia dans une étude publiée lundi. Cela n'est pas bien grave tant que cet endettement est relié à l'acquisition de biens susceptibles d'augmenter de valeur à long terme — une maison, par exemple — et tant que leurs revenus suffisent pour le remboursement mensuel des dettes. C'est d'ailleurs le cas de bon nombre de jeunes ménages qui profitent de la conjoncture économique favorable des dernières années et des taux d'intérêt peu élevés pour devenir propriétaires d'une résidence principale ou, mieux, d'un immeuble à revenus.

Malheureusement, une forte proportion des consommateurs étirent l'élastique à sa limite, ce qui les placera dans une position très vulnérable advenant une hausse vraisemblable des taux d'intérêt d'ici quelques années. Et l'observation est encore plus vraie lorsqu'une proportion importante de ces emprunts a été contractée pour l'achat de biens dont la valeur ne peut aller qu'en diminuant dans le temps ou simplement pour payer l'épicerie de la semaine.

Les consommateurs qui se fient aux institutions financières pour établir leur capacité de payer font fausse route. Les banques prêtent selon des ratios plus élevés que la capacité de remboursement de leurs clients. Cela force certains consommateurs à se priver du nécessaire pour respecter leurs engagements, mais c'est bien là le dernier souci d'institutions qui n'ont d'ailleurs pas à jouer les moralistes ou les censeurs auprès de leur clientèle. Elles ne sont donc pas rares les familles qui doivent, un jour ou l'autre, procéder à la consolidation de leurs dettes et au refinancement de leurs emprunts sur une plus longue période. Consolider les dettes accumulées sur des cartes de crédit en empruntant à un taux plus bas constitue certainement un geste intelligent, mais reporter le tout sur vingt ans au moment de renouveler son hypothèque, voilà qui l'est beaucoup moins!

Cela dit, si ces quelques constatations peuvent conduire des familles qui se reconnaissent derrière les statistiques à tirer la sonnette d'alarme, elles ne signifient pas pour autant que la situation a atteint un degré catastrophique pour la majorité des ménages nord-américains, bien au contraire. Le crédit est un outil économique important qui permet aux jeunes familles d'acquérir des biens d'investissement et des biens durables dont ils profiteront longtemps. À l'heure actuelle, les Nord-Américains possèdent en moyenne cinq dollars d'actifs pour chaque dollar de dette, ce qui n'est quand même pas si mal. Reste à chacun à déterminer si son propre niveau d'endettement n'a pas déjà franchi le seuil au delà duquel même la banque risque de perdre sa mise...

jrsansfacon@ledevoir.ca