Sécurité ou politique?

Depuis hier, tous les visiteurs étrangers porteurs d'un visa doivent se soumettre à un processus supplémentaire d'identification au moment d'entrer sur le territoire américain. Empreintes digitales et photographie sont désormais la norme pour ces ressortissants de pays qui n'appartiennent pas au groupe sélect des 28 nations favorisées considérées comme étant plus sûres. Croit-on sincèrement combattre le terrorisme en agissant de la sorte?

À la veille des fêtes, l'administration américaine a fait la manchette de tous les grands quotidiens occidentaux en décrétant l'état d'alerte orange, signal d'un risque imminent d'action terroriste. Au cours des jours qui ont suivi, des vols en provenance de Grande-Bretagne, du Mexique et de France ont été annulés ou retardés, d'autres ont eu l'insigne honneur d'être accompagnés de F-16 ayant ordre de tirer advenant quelque incident susceptible de dégénérer. De surcroît, les autorités américaines ont exigé la présence à bord de policiers armés et voilà qu'hier entrait en vigueur la consigne exigeant de chaque visiteur étranger détenteur d'un visa de séjour qu'il se soumette au jeu des empreintes et de la photo numérisée dès son atterrissage sur le sol américain. Décidément, elle dégénère cette guerre contre le terrorisme lancée par l'administration américaine il y a maintenant plus de deux ans!

On ne peut évidemment pas s'opposer à ce que les Américains, cible privilégiée des groupes terroristes du monde entier, mettent en place des dispositifs sophistiqués susceptibles de leur éviter d'être victimes d'incidents dramatiques. En revanche, on ne peut qu'exprimer notre scepticisme devant certaines mesures aux contours et à l'efficacité douteux. À quoi peuvent bien servir les empreintes digitales d'un terroriste qui détourne un avion avant de le faire exploser? Les visas de séjour et les passeports ne contiennent-ils pas déjà tous les renseignements nécessaires sur chaque visiteur?

Au lendemain du 11 septembre 2001, le problème n'a pas été l'identification des auteurs du massacre, mais la compréhension des motifs de ces attentats et l'analyse de l'échec du travail de renseignement. Or, cela ne semble pas avoir beaucoup changé, du moins si l'on se fie au fait que, depuis deux ans, aucune alerte n'a été suivie d'un acte terroriste et, à l'inverse, aucun attentat survenu n'avait été prévu. Le dernier en date a coûté la vie à un dignitaire anglais en poste en Turquie alors que le président Bush rendait visite à son allié, Tony Blair. Des services de sécurité extraordinaires avaient été mis en place à Londres, mais c'est à Istanbul que les terroristes ont frappé...

Plus que jamais, la question se pose de savoir si la guerre que livre le président américain vise d'abord le terrorisme ou l'électorat. Les derniers moyens imaginés visent tant d'individus en provenance de tant de pays différents qu'elles ne peuvent pas être efficaces. De surcroît, elles sont discriminatoires à l'endroit de citoyens de dizaines de nations qui n'ont rien à voir avec la menace terroriste. À quoi bon prendre les empreintes digitales des ressortissants brésiliens?

D'ailleurs, le Brésil a rétorqué par la voie d'un juge qui vient d'imposer les mêmes formalités aux visiteurs américains. Infantile à sa face même, la mesure n'a pour inutile mérite que de faire vivre à des gens qui se croient investis d'une mission divine l'humiliation d'une procédure que l'on associe généralement au monde criminel. Le Brésil n'y gagnera rien, au contraire, il y perdra sur le plan touristique, tout comme les États-Unis dont l'orientation protectionniste, frileuse et belliqueuse adoptée par la présente administration ne peut qu'avoir des répercussions négatives sur ses échanges commerciaux et ses relations politiques avec le reste de la planète.