Les conditions gagnantes

Un vieil adage veut que les élections ne se gagnent pas avec des prières. À une autre époque, on achetait le vote des électeurs avec de l’argent ou des frigidaires. Si aujourd’hui tout n’est plus permis, il reste bien des façons pour un parti politique au pouvoir de se tailler sur mesure des conditions électorales gagnantes, ce qu’a fait le gouvernement Harper en préparant de longue main le scrutin du mois d’octobre prochain. Mieux que quiconque, il savait qu’après 10 ans au pouvoir, la logique de l’alternance favoriserait un changement de gouvernement.

Ce qu’il faut reprocher au gouvernement conservateur, ce n’est pas tant sa stratégie de multiplication des bonbons électoraux que depuis des mois il distribue d’abord aux familles sous forme d’allocations de toutes sortes. On peut trouver qu’il en fait beaucoup, mais il n’est pas le premier à pratiquer ce clientélisme électoral. Ni sans doute le dernier.

Là où le gouvernement Harper a innové, et abusé de sa situation au pouvoir, c’est en pratiquant une forme nouvelle de « gerrymandering ». Au lieu de jouer avec les frontières des circonscriptions électorales, ce qui est plus difficile aujourd’hui, ce sont les lois et règlements électoraux qu’il a manipulés.

Au fil des quatre dernières années, il a ainsi cherché à limiter les pouvoirs du Directeur général des élections de faire des enquêtes sur les cas de fraudes électorales. À lui retirer le droit de faire de la publicité pour inviter les électeurs à exercer leur droit de vote. Il a mis fin au financement public des partis politiques, qui, hors des périodes électorales, ne reçoivent plus de financement de l’État.

Passés maîtres dans le financement populaire, les conservateurs se sont donné là un avantage concurrentiel on ne peut plus tangible dans la présente période de précampagne électorale où les dépenses des partis ne sont soumises à aucun contrôle. En adoptant la loi sur les élections à date fixe, ils ont, bien sûr, évité de limiter les dépenses des partis durant les mois qui précèdent la dissolution du Parlement, ce qui se fait en Grande-Bretagne.

Le résultat de tout cela est un déséquilibre patent entre les partis. On a joué avec les fondements de notre système démocratique avec une désinvolture outrageante qui se poursuit quotidiennement, tantôt avec le rejet des débats traditionnels des chefs de partis, tantôt par la mobilisation de l’appareil administratif fédéral à des fins partisanes. Le recours à de tels artifices ne devrait tromper personne. Il s’agit bien d’une forme de tricherie consistant à s’attribuer les meilleures cartes du jeu pour gagner.

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8 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 30 mai 2015 06 h 19

    "Le tricheur" - tome 2


    M. Jean François Lisée a du pain sur la planche (sous sa plume d'écrivain, s'entend).

    M. Normand Lester également (Le livre noir du Canada anglais, Tome 4?).

  • Normand Carrier - Inscrit 30 mai 2015 06 h 27

    Ils risquent de gagner ...

    Les conservateurs risquent de gagner dans ce long marathon ou l'argent jouera un rôle fondamental ... Ceux qui pensent que leurs votes au Québec sera déterminant se trompent car l'Ontario et l'ouest déterminera par quel gouvernement nous seront dirigé et il semble que ce sera les conservateurs qui continueront a mouler le pays a leurs image et a leurs valeurs ..... Les pauvres Québécois ne s'y reconnaitrons plus et auront a faire des choix fondamentaux entre ce nouveau Canada et leur propre pays .....

    • Léonel Plasse - Abonné 30 mai 2015 13 h 11

      Il ne faut pas se faire d'illusions. Les conservateurs risquent de faire des gains au Québec, surtout à l'est de Trois-Rivières.

  • Pierre-Yves Grenier - Abonné 30 mai 2015 07 h 56

    Et les autres partis ?

    proposent-ils des solutions ou alors ils se contentent d'attendre la volonté de changement des Canadiens pour profiter des nouvelles conditions électorales ? Ça se voit à Québec avec le rejet de proportionnelle une fois au pouvoir.

  • Daniel Gagnon - Abonné 30 mai 2015 10 h 02

    La peste conservatrice qui a grugé le tissu démocratique

    L'épisode de la peste conservatrice n'est pas terminé malheureusement.

    Les manipulations électorales, qui ont grugé le tissu démocratique sous la houlette goudronneuse du gouvernement Harper, vont profiteraux comparses harpériens sur le terrain et les mettre à l'abri des maniements scandaleux de la dernière campagne électorale qui leur ont permis à nouveau de prendre malhonnêtement de s'installer à Ottawa.

  • Colette Pagé - Inscrite 30 mai 2015 11 h 38

    Retournons Stephen Harper dans l'opposition !

    Ce gouvernement, un modèle de ce que signifie l'arrogance et le manque de transparence, mérite de se faire montrer la sortie. À vouloir tout contrôler le PM perd la plupart de ses lieutenants. Se pourrait-il que les électeurs demeurent insensibles aux messages des conservateurs et qu'après deux mandats ils décident d'élire un gouvernement dirigé par un chef axé sur les besoins des citoyens, un gouvernement qui respecte ses chercheurs, la Cour suprême, le Directeur général des élections et qui établit avec les provinces un dialogue permettant de mieux contribuer aux défis de celles-ci en matière d'infrastructures, d'éducation et de santé.

    Un gouvernement qui retrouve sa place au plan international et qui ne soit plus considéré comme va-t-en-guerre souffrant d'aveuglement volontaire et aligné sur la politique américaine.