De l’esbroufe

Quelle surprise que ce soudain intérêt du gouvernement Harper pour une bonification du Régime de pension du Canada (RPC), l’équivalent de notre Régime des rentes du Québec (RRQ) !

Depuis quelques années déjà, le mouvement syndical et les provinces sont préoccupés par la faiblesse des revenus des futurs retraités de la classe moyenne, une situation aggravée par l’affaiblissement des régimes à prestations déterminées. Mais pour le gouvernement Harper, préparer sa retraite est d’abord un choix personnel, et toute amélioration aux régimes publics nuirait à l’économie. D’abord à cause des coûts qu’ils assimilent à des taxes, puis à cause des effets négatifs sur les revenus des banques et des compagnies d’assurances.

Ce qui amène à conclure que l’intérêt exprimé cette semaine par le ministre fédéral des Finances, Joe Oliver, est non seulement opportuniste à la veille d’une campagne électorale où les deux autres partis défendront l’idée d’améliorer le régime public, mais il vise du même coup à mettre des bâtons dans les roues des libéraux ontariens dont le pendant provincial s’apprête à créer son propre régime complémentaire au RPC.

Ce qu’Ottawa entend soumettre à une consultation qui conduira après les élections, c’est une formule de cotisations volontaires sans participation des employeurs et sans prestations déterminées. Une formule que la plupart des experts vouent à l’échec.

Au contraire, le régime ontarien qui complétera progressivement le RPC à partir de 2017 assurera, à terme, le remplacement de 40 % au lieu de 25 % de la première tranche de revenus de 53 600 $, soit 21 440 $ de rente au lieu de 12 780 $ à l’heure actuelle, plus 15 % de la tranche supplémentaire jusqu’à concurrence de 90 000 $, pour un total possible de 25 908 $. À cela s’ajoutent les 6785 $ de la Sécurité de la vieillesse, pour une rente de remplacement pleinement indexée de près de 30 000 $. Quant à la cotisation supplémentaire, elle sera de 3,8 % du salaire assurable partagée en parts égales entre l’employé et l’employeur, qui verront cependant les cotisations au régime de l’entreprise diminuer en conséquence.

La formule ontarienne est donc de loin plus intéressante que la proposition des conservateurs. En fait, elle se rapproche de celle qui est préconisée par le mouvement syndical, pour qui le RPC-RRQ devrait remplacer 50 % d’un revenu maximum pouvant atteindre 70 000 $. Cela exigerait cependant qu’on augmente les cotisations de 6 %, partagés également entre les parties.

Au Québec, le gouvernement libéral s’oppose à de tels changements et privilégie l’approche volontaire. Pour tout dire, nos libéraux provinciaux ont plus à voir en cette matière, comme en d’autres, avec les conservateurs de M. Harper qu’avec leurs prédécesseurs de l’époque Lesage-Bourassa.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

4 commentaires
  • Jean-Yves Arès - Abonné 29 mai 2015 07 h 58

    « formule ontarienne de loin plus intéressante » ?

    «plus intéressante» parce qu'elle en ''donne'' plus ?

    Ou plus intéressante parce que mieux équilibrée et plus équitable ?

    Il semble bien que «l'intérêt», ici comme ailleurs, est de savoir où on aura le plus pour le moins cher, point barre...

    L'équilibre, et l'équité ?

    Bof...


    Ne somme nous pas encore dans la chasse aux miracles avec une totale indifférence sur la périnité de ce que l'on veut construire et que toute la motivation s'ancre dans l'opportunisme que permet la financiarisation ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 29 mai 2015 10 h 58

      On n'a rien sans rien. Dans cette formule de retraite capitalisée, plus on contribue, puis on pourra décaisser plus tard.

  • Yves Corbeil - Inscrit 29 mai 2015 08 h 11

    Couillard-Harper même combat

    Les banques, les grosses entreprises et leurs propriétaires riches, il n'y a rien de trop beau pour défendre ce patrimoine.

    Les autres bien on va vous réaménagez tous les services qu'on vous rends avec votre argent en se graissant ''un peu'' en passant.

    Et si vous voulez une plus grosse pension bien mettez en plus de côté et on vous chargera pas trop trop cher pour vous administrez ça, mais pas question que nous et nos associés eeeee non je voulais dire les entreprises en mettent plus car ça nuirait à l'économie et pourait même faire fuir les investisseurs .

    Avancé par en arrière le ptit peuple.

  • Denise Lauzon - Inscrite 29 mai 2015 14 h 42

    Suggestions pour les aspirants au trône aux prochaines élections


    Le Parti politique qui proposera une taxation plus élevée pour les banques et les pétrolières et qui s'engagera à faire une lutte acharnée aux individus et entreprises qui placent leur argent dans les paradis fiscaux aura mon vote aux prochaines élections.