Le salariat en berne

Le dernier rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT), publié mardi, prend acte du fait que le salariat ne représente plus que la moitié de l’emploi dans le monde. L’OIT plaide en conséquence en faveur d’une plus grande prise en considération dans l’organisation du marché du travail de tous ceux et celles (les femmes sont plus de 50 millions dans le seul secteur du travail domestique) qui vivent de boulots informels, incertains et peu rémunérateurs.

L’économie de survie et la précarité du travail sont pourtant le lot, et ce depuis longtemps, de centaines de millions de personnes sur la planète. En fait, l’OIT donne l’impression de prendre conscience de cette réalité avec un certain retard.

L’OIT est une organisation onusienne qui regroupe les représentants des gouvernements, des employeurs et des salariés de 185 pays. Elle a pour mission « de promouvoir les droits au travail, d’encourager la création d’emplois décents [et] de développer la protection sociale ». Elle n’a jamais entendu le monde du travail que dans sa conception traditionnelle (temps plein, permanence…). Or, les inégalités sociales se creusent partout. Et la précarisation de l’emploi en est une conséquence.

L’OIT semble constater le problème dans la mesure où il affecte maintenant les pays riches de façon marquée — avec l’élargissement du marché de l’emploi à temps partiel, du nombre de travailleurs autonomes, etc. La situation n’en demeure pas moins la plus grave au Sud où, en l’absence d’amples classes moyennes, l’indifférence générale de l’État et les « politiques d’austérité » appliquées par des élites à tendances ploutocratiques nuisent aux gens ordinaires de façon particulièrement aiguë.

N’est salarié, indique le rapport de l’OIT intitulé « Emplois, questions sociales dans le monde », qu’un travailleur sur cinq en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. Au Mexique, c’est près de 30 % de la population active qui oeuvre dans l’économie informelle — une économie d’ailleurs en expansion, comme dans le reste de l’Amérique latine. En Inde, l’économie nationale est « inorganisée » ou « non structurée » dans une proportion de 94 %. Et encore ! Nombre d’entreprises du secteur formel embauchent une partie de leurs employés sur une base contractuelle, de manière à pouvoir économiser les charges sociales.

Souplesse accrue de la main-d’oeuvre ne devrait pas vouloir dire précarisation du travail, soutient l’OIT. On ne demande qu’à le croire. Mais alors quoi ? On s’inquiéterait moins si, face à tous les bouleversements que vit le monde du travail, la mondialisation capitaliste n’était si mal préparée.