Deux défis

Depuis l’élection de Pierre Karl Péladeau, vendredi, à la tête du Parti québécois, les commentateurs dressent d’intéressantes listes de défis et autres nombreux travaux du nouveau chef. Précisons-en deux, un immédiat et l’autre, rarement évoqué, à moyen et à long terme, beaucoup plus vaste.

Le mardi, Pierre Karl Péladeau posera sa première question à titre de chef de l’opposition. C’est son premier défi, car l’exercice en soi est périlleux. Il faut savoir mettre en relief, jour après jour, de prétendues mauvaises décisions du gouvernement. L’opposition doit s’opposer… Il faut être doué pour faire mousser quotidiennement son indignation, la communiquer. Tout cela doit être fait avec un certain sens de la mesure puisqu’on risque rapidement de donner l’impression à une majorité d’électeurs qu’on exagère, qu’on déchire notre chemise à tout propos.

Or, M. Péladeau n’a pas une grande expérience parlementaire. Et les quelques fois où on l’a entendu poser des questions, il n’a pas démontré un talent naturel ; il a perdu quelques échanges avec son adversaire le ministre Jacques Daoust, pourtant lui-même un néophyte sur le plan parlementaire. Quant à la mesure dans la formulation de critique, M. Péladeau a souvent fait preuve du fait, notamment dans sa page Facebook, qu’il pouvait être archipartisan. Au Salon bleu, il lui faudrait prendre de la hauteur, mais sans pour autant perdre de son mordant : un équilibre difficile à atteindre pour quiconque se retrouve dans ce siège. Et ce sera d’autant plus difficile pour M. Péladeau qui, dès après les salutations d’usage, deviendra la cible d’un tir nourri au sujet de son statut d’actionnaire de contrôle de Québecor.

Par ailleurs, à moyen et à long terme, un défi de M. Péladeau est plus vaste : faire croître le projet d’indépendance dans un monde où tant de phénomènes semblent conspirer contre celui-ci. Parmi ceux-là, par exemple, comment peut résonner son « j’ai voté Oui pour notre histoire » de vendredi, chez de nombreux Québécois ? M. Péladeau a quelque chose d’« enraciné », pour reprendre le terme de Simone Weil. Hymne à Québec, la chanson de Loco Locass qu’il avait choisie vendredi pour faire son entrée sur scène, est ponctuée de « Je me souviens », de « 400 ans sur le cap Diamant ».

Mais les sociétés hypermodernes actuelles — dont le Québec est parfois un exemple caricatural — se méfient généralement de l’histoire, de la mémoire, du passé. Méfiance formulée ainsi par le romancier américain Herman Melville : « Le passé est mort, et on ne peut le ressusciter […]. Le passé est le livre de chevet des tyrans ; l’avenir, la bible des hommes libres. » De plus, au Québec, l’école, lieu même de transmission de l’héritage, est souvent vue comme une zone d’apprentissage sans ancrage réel, autre que les valeurs « internationales ». Où par exemple n’importe quelle oeuvre (même traduite d’une autre langue) peut être lue à condition qu’elle « donne envie de lire ». Comment prôner la souveraineté du Québec en cette époque oublieuse, en cette nation qui semble se désintéresser d’elle-même et de son État ? Comment le faire, en somme, en se tournant uniquement vers l’avenir ? Sans ce sentiment du « dur désir de durer » qu’évoquait Paul Éluard ? « Quand le passé n’éclaire plus l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres », écrivait si justement Tocqueville.

Le sentiment souverainiste n’est certes pas annihilé. Le sondage Léger-Le Devoir dont nous publions les résultats aujourd’hui laisse entendre que 42 % des Québécois (dont une majorité de francophones, mais peu de jeunes de 18 à 24 ans) voteraient Oui si un référendum avait lieu actuellement. Mais pour espérer l’emporter un jour, et faire croître ce sentiment, M. Péladeau devra réussir à communiquer son patriotisme. Ce n’est pas le moindre de ses défis.

26 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 19 mai 2015 05 h 35

    Entre «le passé et l'avenir» du romancier Melville,..il y a ...

    ...le présent. Celui de cet instant même. Celui sur lequel j'ai un conscient contrôle. Dans une minute...je verrai. Peut-être que je n'y serai même plus. Sûr que je souhaite en faire partie tout comme je souhaite faire partie de celles et ceux en attente. Oui, en impatiente et espérante, à la fois, soif de voir émerger dans le coeur, dans l'esprit de gens professionnels de la politique un projet de société: un vrai. Un os avec de la viande dessus. Dans son programme, monsieur Alexandre Cloutier et membres de son entourage nous ont offert, entre autres projets, ceux de «Justice sociale» et de «Justice fiscale». Quatre mots qui, à mon humble avis, ont du poids et qui nécessitent au moins un si ce ne sont des....courages. Monsieur Péladeau et les membres de son équipe auront-ils l'humble courage de récupérer ces offres de monsieur Cloutier ? Quelle opinion, d'abord, en ont-ils ? Après...on verra. Je me satisferai de leur réponse du moment présent. Il s'y trouvera peut-être matière à un intéressant «futur» et tout autant nourrissant «avenir»
    Mercis monsieur Robitaille,
    Gaston Bourdages,
    Auteur - Conférencier.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 mai 2015 06 h 46

    défis

    PKP fera face au PM ! Oui et après ? Ce n'est pas qu'il fait face au plus grand «politique» de notre histoire, c't'un docteur le gars ! Et ses sbires sont d'autres docteurs ou des banquiers; faut toujours bien pas exagérer.

    J'attends avec autant de curiosité les «réponses» qu'il recevra; elles sont aussi importantes. Quelle sera l'attitude de notre cher premier ministre «provincial» devant ce nouveau joueur qu'il craint comme la peste ?

    Piler et citer des noms d'auteurs négatifs n'est pas plus difficile que d'en nommer des positifs; cela ne démontre que notre parti pris personnel qu'on essais de camoufler derrière les paroles d'un autre. Y a pas grand «bravoure» là-dedans et pas beaucoup plus d'originalité; tous ceux qui savent lire peuvent répéter, cela ne démontre pas de réflexion, seulement de la mémoire (sélective en plus). Je ne suis pas impressionné.

    PL

  • Jacques Boulanger - Inscrit 19 mai 2015 07 h 16

    À surveiller, ce mardi

    Il faut que Pierre-Karl Péladeau se révèle le «Champion» que les indépendantistes se sont donnés. Il devra révéler en chambre ses talents de débatteur et prendre le dessus sur le rusé et retors Philippe Couillard. Il devra également montrer sa prestance et sa magnanimité devant les injures et les bassesses de ceux d'en face à commencer par Jean-Marc Fournier, maître du genre.

  • Jean Lapointe - Abonné 19 mai 2015 07 h 34

    Merci monsieur Couillard.

    «Le sentiment souverainiste n’est certes pas annihilé.» (Antoine Robitaille)

    L'espoir que j'ai moi c'est qu' il devienne de bon ton que d'être indépendantiste. A ce moment-là les appuis au Parti québécois ont des chances de grimper vers des sommets jamais atteints jusqu'à maintenant. En tout cas je le souhaite.

    Au cours des dernières années, il était devenu presque honteux que de dire qu'on était souverainiste, tellement nous nous étions faits dire par tous les «fédéralistes» et beaucoup de journalistes et de commentateurs, que c'était dépassé que de l'être.

    Le travail de sape avait fait son oeuvre, surtout dans certaines catégories de la population semble-t-il.

    Mais depuis un certain temps , on dirait qu'il est redevenu bien vu que d'être contestataire et, heureusement pour nous, l'idée de faire du Québec un Etat indépendant semble en faire partie de ces idées contestataires tant appréciées en particulier par les jeunes.

    Ce qui veut dire qu'il n'est pas impossible qu'à partir de maintenant beaucoup de Québécois se révèleront souverainistes, non pas tellement par conviction mais parce que ça fera bien que de l'être et que de le dire.

    C'est que, nous pauvres humains nous avons plutôt tendance à nous conformer à ce qui est bien vu par les gens de notre milieu d'appartenance plutôt que d'agir selon nos convictions, en particulier chez les plus jeunes, mais pas uniquement. Suivre la mode c'est très courant. Nous devons en tenir compte.

    Et j'ai comme l'impression que s'il en est ainsi c'est entre autres à cause de la façon dont les libéraux de Philippe Couillard se comportent. Sans le savoir ils nous rendraient donc service.

    Ce n'est pourtant pas ce qu'ils recherchent, surtout pas.

    Profitons-en donc. Il n'y pas de mal à se faire du bien.

  • Marcel Dufour - Abonné 19 mai 2015 07 h 57

    TROIS DÉFIS

    A mon avis, M. Péladeau pourrait ajouter à votre courte liste de défis celui d'apprendre à moyen et à long terme à parler correctement le français....

    • Gilles Théberge - Abonné 19 mai 2015 10 h 33

      Votre réaction ressemble beaucoup à un exercice de pesée de pattes de maringouin...

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 19 mai 2015 11 h 49

      Est-ce qu'il a quelque chose dans que M. Péladeau dit que vous ne saisissez pas ?

      PL

    • Micheline Gagnon - Abonnée 19 mai 2015 12 h 11

      En effet, il devra cesser d'utiliser cette expression qu'il aime tant :

      «L’emploi de l’expression à la fin de la journée pour signifier « au bout du compte, en fin de compte, en somme, finalement » est un calque de l’anglais at the end of the day. En effet, ce sens figuré n’existe pas en français. On s’inspirera des exemples suivants pour corriger cet anglicisme.»

      Exemples fautifs :

      - Mais à la fin de la journée, que peut-on conclure de ce débat des chefs?
      - À la fin de la journée, on peut dire que la situation n’est guère reluisante au Moyen-Orient.
      - À la fin de la journée, ce qui importe, c’est de savoir ce que l’on veut.

      On écrira plutôt, par exemple :

      - Mais en fin de compte, que peut-on conclure de ce débat des chefs?
      - En somme, on peut dire que la situation n’est guère reluisante au Moyen-Orient.
      - Finalement, ce qui importe, c’est de savoir ce que l’on veut.

      http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?T1=