Le risque financier

En avril, l’emploi a progressé de 11 700 par rapport à mars, surtout l’emploi à temps plein alors que le nombre de postes à temps partiel a diminué. C’est le quatrième mois consécutif que l’emploi augmente au Québec comparativement à l’Ontario et à l’ensemble du Canada, qui ont connu une légère baisse. Cela dit, l’endettement continue d’augmenter et représente une menace croissante.

Après une année 2014 au cours de laquelle l’emploi a stagné au Québec et a augmenté modestement au Canada, les quatre premiers mois de 2015 se sont terminés sur une note positive avec 49 800 emplois de plus qu’en décembre dernier.

Avec la baisse du prix du pétrole et un dollar canadien plus faible, il y aurait de quoi être très optimiste et, pourtant, c’est le sentiment contraire qui inspire nombre de ménages québécois et canadiens. L’objet d’une telle inquiétude est leur niveau d’endettement élevé, le plus élevé de tous les temps, qui les rend sensibles aux moindres soubresauts de l’économie dans les mois à venir.

Le grand responsable de ce niveau d’endettement excessif, c’est évidemment la conjoncture mondiale, qui incite la plupart des banques centrales à maintenir une grille de taux d’emprunt plus qu’accommodante. Mais pour nous, Canadiens, c’est aussi notre gouvernement conservateur à Ottawa, qui s’entête à vouloir réduire son empreinte sur l’activité économique.

Que ce soit en accélérant le retour à l’équilibre budgétaire ou en refusant d’investir plus massivement dans les infrastructures, le résultat est le même : l’économie canadienne tourne en dessous de son plein potentiel de croissance. Cela oblige la Banque du Canada à maintenir les taux d’intérêt à un niveau historiquement bas, voire beaucoup trop bas, comme le soulignait l’ex-gouverneur de la banque David Dodge, dans une entrevue récente au Globe and Mail.

Au premier trimestre de 2015, le PIB du pays est resté le même qu’au trimestre précédent, signe qui ne trompe pas sur la fragilité de la croissance. Dans son rapport sur la politique monétaire, l’actuel gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz, souligne d’ailleurs que « la marge de ressources inutilisées sur le marché du travail est plus importante que ne l’indique le taux de chômage ».

Avec la chute du prix du pétrole, les investissements des entreprises ont diminué rapidement au pays, alors que l’économie des provinces non productrices n’a pas encore eu le temps de profiter de la baisse du dollar pour exporter davantage. Il faut dire que des centaines d’entreprises ont dû fermer leurs portes de façon définitive au cours des dernières années à cause du dollar trop élevé, de sorte que l’économie ontarienne et québécoise risque de ne jamais retrouver son niveau d’exportations d’antan.

Compte tenu de ces facteurs, il est inquiétant de constater que le maintien d’une politique de taux d’intérêt très bas favorise encore la hausse du prix des propriétés et des valeurs mobilières aux dépens de la santé financière des ménages, sans pour autant inciter les entreprises à investir autant qu’elles le devraient cinq années après la fin de la crise.

En agissant ainsi, non seulement la banque centrale se substitue partiellement au gouvernement fédéral dans son rôle de régulateur de l’économie, mais elle est peut-être en train de créer les conditions d’une nouvelle crise financière alimentée par l’incapacité de certains ménages à rembourser leurs dettes à la moindre hausse des taux d’intérêt ou de chômage.