Libre, enfin!

Pour comprendre toute la hargne des conservateurs envers Omar Khadr, enfant-soldat en qui le gouvernement Harper refuse de voir autre chose qu’un terroriste, il vaut la peine de s’arrêter à une autre nouvelle.

Howard Sapers, qui occupe présentement le poste d’enquêteur correctionnel du Canada, vient de se faire montrer la porte par le ministère de la Sécurité publique. La raison n’est pas claire, seule la longévité à son poste ayant été évoquée. Mais M. Sapers, ombudsman des détenus, s’est aussi souvent heurté au gouvernement…, notamment en défendant Omar Khadr en tant que détenu exemplaire.

Quelle coïncidence donc que, dans la même semaine, M. Khadr sorte enfin vainqueur de l’incroyable guerre que le gouvernement lui livre depuis des années ! Libéré sous caution, avec encadrement en bonne et due forme : le triomphe d’une société de droit face à des années d’abus de procédures de la part d’Ottawa.

La vie d’Omar Khadr est une saga. Il a eu au départ le malheur d’être le fils d’un proche d’Oussama ben Laden, entraîné dès l’enfance dans les choix de son père. À 15 ans, il se retrouvera ainsi le seul survivant, du côté taliban, d’une longue bataille avec des soldats américains. Accusé d’avoir tué, d’un lancer de grenade, l’un des militaires, il sera envoyé à la sinistre prison de Guantánamo, lieu de non-droit où il passera finalement 10 ans. Et comme il est de citoyenneté canadienne, il devient du coup au pays le symbole du terrorisme de l’après-11-Septembre.

Au fil du temps, on apprendra toutefois que l’implication de Khadr dans les événements de juillet 2002 est confuse, qu’à Guantánamo il a été victime de torture, que des aveux lui ont été soutirés sous la menace et que son statut de mineur n’a jamais été pris en compte. Une campagne d’appui pour qu’il soit correctement jugé sera dès lors lancée, menée par le sénateur et ancien militaire Roméo Dallaire. Hélas, le gouvernement Harper n’en a jamais démordu : Khadr devait lui servir d’exemple dans sa rhétorique de la loi et l’ordre et il en a fait une obsession.

Des exemples ? Oublié du Canada, Omar Khadr fut le dernier ressortissant occidental emprisonné à Guantánamo. Même le gouvernement Obama ne savait plus que faire de ce prisonnier encombrant ! Enfin rapatrié, le gouvernement a contesté son transfert dans une prison provinciale ; a empêché, dans un geste qualifié d’« interférence politique incroyable » auprès d’autorités carcérales, les médias d’avoir accès au jeune homme ; a multiplié les procédures pour qu’une libération sous caution lui soit refusée. Cet acharnement n’est pas terminé, mais la Cour d’appel de l’Alberta vient de rappeler ce qu’est la justice. Applaudissons.

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11 commentaires
  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 8 mai 2015 05 h 42

    Un heureux dénouement

    Cet épisode a enfin pris une tournure plus normale...Notre gouvernement n'a pas été a la hauteur de nos valeurs, spécifiquement a l'encontre de cet enfants soldat.
    Bon c'est un pas dans la bonne direction, je souhaite a ce jeune homme , une entrée plus joyeuse , dans la vie de tous les jours, meme si cela doit extrement difficile. Mais a voir son sourire franc, il semble avoir beaucoup de résilience. Merci à notre système judiciaire prouvant hors de tout doute sa complète séparation de l'appareil politique..

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 8 mai 2015 06 h 06

    Prisonnier de guerre? Enfant-soldat? Pourquoi ni l'un et ni l'autre ?

    Selon la Convention de La Haye, avions-nous le droit de ne pas traiter M. Khadr comme un prisonnier de guerre ? Même question est même réponse pour son statut d'enfant soldat. J'ignore les réponses. Hier, nous nous sommes rappelés que la Seconde guerre mondiale s'est terminée il y a maintenant 70 ans. Je ne puis m'empêcher de comparer le traitement reçu par M. Khadr à celui infligé à un prisonnier de guerre selon la Convention de La Haye, une convention internationale antérieure à la Seconde guerre mondiale et encore en vigueur. Selon celle-ci et sauf erreur, le soldat ennemi abandonnant le combat et capitulant a droit d'être traité comme prisonnier de guerre. On ne lui enlèvera ni son grade et ni ses médailles: il n'est pas un prisonnier de droit commun. Il n'est pas un assassin. Il sera bien traité dans un camp d'internement militaire, recevra son courrier et verra les représentants de la Croix Rouge. Puis, on le libèrera lorsque les hostilités auront définitivement cessé. On le jugera seulement pour ce que le droit international reconnaît comme étant un crime de guerre ou un crime comme l'humanité. Et maintenant M. Khadr. Avions-nous le droit de traiter cet enfant-soldat autrement que comme un prisonnier de guerre ? Quel est l'impact de sa minorité sur les statuts de prisonnier de guerre et de prisonnier de droit commun? Au pire, n'aurions-nous pas pu montrer le chemin aux autres nations en demandant qu'il soit traité comme un enfant et en le traitant nous-même, ici, comme un enfant ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 mai 2015 09 h 31

      Demandez à monsieur Bush pourquoi il a créé une nouvelle catégorie de prisonniers, les combattants illégaux. Autrement, il aurait été pris devant une alternative: prisonniers de guerre (à qui on ne peut pas reprocher des actes de guerre) ou prisonniers de droit commun (qui ont droit à un procès, à une défense pleine et entière, etc.) Et je ne parle même pas des enfants, qui ne doivent en aucun cas être punis.

  • Gilles Delisle - Abonné 8 mai 2015 06 h 41

    Un acharnement fortement suggéré par les Américains!

    Au fond de cette histoire, on est en droit de se demander dans quelle mesure, les Américains auraient exigé de S.Harper, de faire en sorte que cet homme soit interné jusqu'à la fin de sa sentence.

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 8 mai 2015 11 h 24

      Sauf erreur, le dernier pays à réclamer le rapatriment de prisonniers internés à Guantanamo a été le Canada. Est-ce qu'un tribunal militaire américain a jugé d'autres ressortissants étrangers avant de les retourner chez eux ou ailleurs? Si oui, comment les a-t-on traités lorsqu'ils ont mis le pied chez eux, par exemple en France? Leur a-t-on fait subir toute leur sentence? Je l'ignore. Comptaient-ils d'autres enfants soldants dans leurs rangs? Nous a-t-on suffisamment renseignés sur ces sujets?

    • Carmen Labelle - Abonnée 8 mai 2015 20 h 53

      À voir ce qui est rapporté sur CNN et le Washington Times, («terroriste ayant tué un soldat américain libéré par le Canada») c'est très plausible.

  • Sylvain Rivest - Inscrit 8 mai 2015 08 h 22

    un produit pétrolier?

    Comment ce jeune homme peut-il sourire après tant d'injustice et de souffrance?
    Enfant entrainé dans la guerre, se voie capturé par l'ennemie et emprisonné dans un camp de concentration qui n'a d'égale que les camps nazis de la seconde guerre mondiale. Il aurait besoin beaucoup d'amour mais notre représente fédéral lui offre la haine pour une poigné de vote. Les réformistes de Harper sont descendus bien bas.

    Une vie parmi des millions gâchée pour du pétrole.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 8 mai 2015 11 h 04

      Or par consequent personne ne votera pour Harper n est-ce pas.........J-P.Grise

    • Sylvain Rivest - Inscrit 8 mai 2015 15 h 58

      @Jean-Pierre Grisé

      Malheureusement, l'ignorance volontaire est assez répandu, ici comme ailleurs. C'est ce qui fait que des peuples appuient les guerres, l'assassinat d'innocents et la torture...

  • Colette Pagé - Inscrite 8 mai 2015 10 h 23

    Le Canada de Stephen Harper démontre son vrai visage !

    Dirigé par les conservateurs ce gouvernement de va-t-en-guerre démontre dans le cas de cet enfant soldat un manque flagrant de discernement et d'acharnement qui discrédite le Canada au plan international.

    • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 8 mai 2015 11 h 28

      Ce que je voudrais savoir, c'est ce qu'en pensent d'autres anciens premiers ministres canadiens, par exemple Jean Chrétien et Brian Mulroney, et d'autres anciens premiers ministres québécois (Le Québec administre la justice sur le territoire du Québec). Ils ont certainement une idée. Pour le moment, ils se taisent.