Le plan de Justin

En avançant enfin des propositions concrètes, l’équipe libérale de Justin Trudeau vient occuper le champ jusqu’ici monopolisé par les conservateurs de Stephen Harper : celui de qui parle le mieux aux électeurs. En misant sur une mesure universelle, en s’adressant aux familles, le PLC s’avère habile.
 

On avait hâte de voir quel gros mot le gouvernement conservateur sortirait pour dénoncer la première proposition électorale majeure présentée par le chef du Parti libéral du Canada (PLC), Justin Trudeau. « La taxe à Trudeau », a finalement lâché, avec une parfaite mauvaise foi, le ministre de l’Emploi et du Développement social Pierre Poilievre.

Par un calcul tortueux, le ministre voulait en fait démontrer que les libéraux veulent augmenter les impôts des gens gagnant moins de 60 000 $ puisque Justin Trudeau voudra retirer la mesure du dernier budget conservateur qui double la cotisation permise au compte d’épargne libre d’impôt (CELI). Mais sa réponse confirmait surtout que deux philosophies distingueront bel et bien libéraux et conservateurs en vue de la prochaine élection.

Le premier ministre Stephen Harper est l’homme du clientélisme : à chaque électeur son bonbon, à coups de demi-vérités et sans égard aux conséquences à long terme. Sa décision de faire passer de 5500 $ à 10 000 $ le plafond de cotisation annuelle au CELI en est le parfait exemple. Il est vrai que le CELI est utilisé par des contribuables de tout horizon, ceux gagnant moins de 60 000 $ inclus. Sauf que plusieurs ne cotisent pas au maximum, ce qui fait que la hausse du plafond ne les touche pas : elle n’avantage que les plus âgés et les mieux nantis, cibles électorales des conservateurs. Elle est par ailleurs dévastatrice, à long terme, pour les rentrées fiscales.

De même, les conservateurs ont augmenté la Prestation universelle pour la garde d’enfants, dont le nouveau montant mensuel, en vigueur depuis le 1er janvier, sera versé rétroactivement en juillet. Chaque famille concernée recevra donc un gros chèque juste avant les vacances… et les élections de l’automne. Merci, Monsieur Harper ! Sauf que la nouvelle prestation sera imposable : surprises inattendues en faisant ses impôts l’hiver venu !

Les libéraux ont opté pour l’approche inverse : des mesures peu nombreuses, simples à comprendre, qui touchent véritablement la classe moyenne entendue au sens large. Dans un premier temps, le PLC ajoutera un palier d’imposition pour les revenus de 200 000 $ et plus (le fameux 1 % !) ; les 3 milliards ainsi obtenus permettront d’abaisser d’autant le taux d’imposition de ceux gagnant entre 45 000 $ et 89 000 $. Équivalence limpide.

Ensuite, pour les familles, nul besoin de multiplier les mesures, comme le font les conservateurs : dans le plan de Justin, tout se fond dans la future Allocation canadienne aux enfants, non imposable, mais modulée selon les revenus des parents, jusqu’à disparaître pour les ménages gagnant plus de 200 000 $.

Les conservateurs, qui ont au contraire chouchouté ces familles aisées, apparaissent ainsi comme les protecteurs des privilégiés, et les néodémocrates sont rattrapés sur leur gauche. Mieux encore, les libéraux réhabilitent les mesures universelles, de surcroît à coût qu’ils disent nul (enfin, il reste bien 2 milliards à trouver pour financer le plan présenté lundi, mais on nous assure que la réponse viendra…), et en utilisant cet outil classique mais devenu négligé : les tables d’imposition.

L’électorat sera-t-il sensible à cette approche ? Très possible. Un indice : un sondage Nanos-Globe and Mail publié lundi révèle que 64 % des Canadiens approuvent la hausse de plafond du CELI… mais ils sont bien plus nombreux (88 %) à souhaiter une bonification du Régime de pensions du Canada — le type même de mesure universelle que les conservateurs exècrent. À suivre.

4 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 5 mai 2015 08 h 11

    Le 1 %

    Le "1 %" bénéficie des conseils de "fiscalistes" qui "optimisent" les "redevances" de la classe "upper crust". La "taxe à Trudeau", pourtant un membre du dit "upper crust", sera donc totalement inefficace.

    • Lucien Cimon - Abonné 5 mai 2015 20 h 06

      Justement, c'est rien! Rien qu'un autre cliché, éculé en plus.
      Lucien Cimon

  • Sylvain Rivest - Abonné 5 mai 2015 09 h 48

    c'est mieux que rien...

    Harper baisse les impôts des plus riches et baisse les services à la population.
    Au moins Justin T. s'attaque au aux paliers d'imposition.
    Il faudrait que Justin T. s'attaque au évasions fiscales du 1%.
    De cette façon on pourra eradiquer le "party" des Reformistes du canada profond.

    • Yvon Bureau - Inscrit 5 mai 2015 18 h 21

      OUI+++. Justin T. doit s'attaquer avec une vigueur inégalée à l'évasion fiscale