Une voix utile

On attendait la sénatrice du Massachusetts, Elizabeth Warren, chérie de la gauche libérale, ce sera Bernie Sanders, sénateur « socialiste démocrate » du vert Vermont. Les courses à l’investiture présidentielle du Parti démocrate comptent souvent, presque par tradition, un candidat incarnant les positions d’une gauche plus authentique, moins édulcorée par la culture dominante de droite. Ce fut Bill Bradley en 2000, Howard Dean en 2004, Dennis Kucinich en 2008… En vue du prochain scrutin de 2016, ce sera donc M. Sanders, dont les chances de remporter l’investiture contre la machine de guerre électorale de Hillary Clinton sont évidemment nulles — comme ce fut le cas pour les autres avant lui.

Sa candidature n’en demeure pas moins très intéressante. M. Sanders, 73 ans, né politiquement en 1971 avec le War Liberty Union Party, un parti vermontois anti-guerre du Vietnam, a toute sa vie défendu sans compromission des positions progressistes. Élu et réélu au Congrès à titre d’« indépendant » depuis 1990, devenu sénateur en 2006, il est un produit formidablement singulier de la scène politique américaine. Dans un discours prononcé en 2010 au Sénat, il avait tonné pendant huit heures contre un plan de reconduction d’allégements fiscaux destinés aux nantis, dénonçant l’échec du Congrès à financer adéquatement l’éducation et les programmes sociaux. Il est un partisan de la mise sur pied aux États-Unis d’un système public de santé à la québécoise. En annonçant sa candidature jeudi dernier (ce qui l’obligera au demeurant à faire le compromis de devenir membre en bonne et due forme du Parti démocrate), il a dénoncé les « niveaux obscènes » d’inégalité des revenus aux États-Unis.

La candidature de M. Sanders, politicien populaire et éloquent, est donc importante pour la contribution qu’il va apporter au débat — faute de pouvoir en espérer davantage. Le fait est par ailleurs que la campagne qui s’amorce en vue de 2016 annonce, selon plusieurs observateurs, une polarisation gauche-droite entre démocrates et républicains comme le pays n’en a pas vu depuis longtemps. Dans cette optique, Mme Clinton a vite convenu qu’il lui serait stratégiquement avantageux de se tenir cette fois-ci plus à gauche, en se présentant en « championne » de la classe moyenne et des « Américains ordinaires ».

Qu’il nous soit permis de douter de sa sincérité. M. Sanders en doute probablement aussi, mais il se trouve que sa candidature se trouvera à mobiliser contre le fervent vote républicain une gauche que Mme Clinton emballe peu.

Le drame, c’est qu’une fois ces votes progressistes mobilisés, rien n’empêchera Mme Clinton, arrivée à la Maison-Blanche, de les ignorer. Barack Obama n’a guère agi autrement.

4 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 5 mai 2015 07 h 47

    "Américanisme" fautif

    Le chroniqueur parle de la "gauche libérale" en politique américaine. Cette expression calquée sur le vocabulaire politique des ÉU est confuse sinon contradictoire, et fautive en français comme en anglais d'Angleterre d'ailleurs. Si le libéralisme classique est plutôt progressiste sur les questions morales et religieuses il est carrément à droite sur les questions économiques. Il est essentiellement individualiste. Pour ajouter à la confusion les "Conservatives" américains et albertains sont des apôtres du libéralisme. Les seuls à mériter leur nom sont les libéraux du PLQ actuel de Couillard, Coiteux Inc..

  • François Dugal - Inscrit 5 mai 2015 08 h 30

    Upper Crust

    Le 1% américain possède 34% de la richesse nationale et mène la barque politique. Le 99% restant regarde passer le train et ne peut rien faire: "God bless America".

    • Hélène Paulette - Abonnée 5 mai 2015 09 h 55

      ''On se bouche le nez et on vote'' comme ils disent...

  • Denis Paquette - Abonné 5 mai 2015 09 h 51

    Personnelle, la politique, parfois pas tant que ca

    Je suis enchanté d'apprendre que ce militant a le courage de ses convictions quelques fois c'est tout ce que ca prend pour influencer l'électorat, enfin nous verrons bien, tout ca est tellement personnel, parfois pas tant que ca