Besoin d’aide!

Comment douter de la bonne volonté des Forces armées canadiennes face au très dur rapport de l’ancienne juge de la Cour suprême Marie Deschamps sur l’inconduite et le harcèlement sexuels dans l’armée ? C’est quand même l’état-major qui lui a donné ce mandat il y a un an, à la suite de bouleversants, et très documentés, reportages de L’actualité et Maclean’s, et la juge Deschamps a eu la marge de manoeuvre pour travailler.

Au terme de l’exercice, alors que le rapport était dévoilé à la presse jeudi, les mots de l’état-major étaient donc fermes et le souci de bien faire évident, avec la présentation immédiate d’un plan d’action qui sera supervisé en haut lieu. Sauf que tout axée sur la mécanique à appliquer pour que les cas d’inconduite soient combattus, l’armée restait dans le travers même soulevé dans le rapport : se préoccuper d’un problème de discipline plutôt que d’un enjeu plus large de culture.

Il est clair que nombre d’observations faites par la juge s’appliquent à tous les milieux : scolaires, de travail, de loisirs, de militantisme, etc. Dans une condescendance assumée ou sous-jacente, la place des femmes est facilement remise en cause par certains. De plus, toutes ont vécu ou eu connaissance d’inconduites sexuelles, de la goujaterie aux agressions — celles-ci étant par ailleurs bien plus répandues qu’on ne le croit, comme en ont témoigné le mot-clic #AgressionNonDénoncée et les récits de femmes telles que Monique Jérôme-Forget ou Sheila Copps.

Le rapport Deschamps fait toutefois ressortir que les caractéristiques mêmes du monde militaire accentuent la pression pour les femmes qui y sont agressées : l’idéal de virilité qui ne tolère aucune faiblesse — et se plaindre en est une !, l’obligation sans faille de solidarité, le respect de la hiérarchie qui implique silence et soumission, la coupure avec le reste de la société quand on est à l’entraînement, sur la base, en mission… En interne, rompre les rangs relève de l’impossible : même le médecin s’avère un faible appui ! Porter plainte, c’est donc littéralement entrer en guerre contre son clan, d’autant qu’il n’est possible de le faire que dans les instances militaires. Dans les faits, on ne s’en relève pas. Plutôt se taire donc. Encaisser. Fermer les yeux.

La solution, c’est de sortir de cet enfermement en s’appuyant sur un organisme indépendant. C’est là la recommandation centrale du rapport. L’armée répond… « noui… ». Se montrant « en principe » ouverte à de l’aide extérieure, elle mise néanmoins sur une opération interne pour agir. « C’est déjà ça », a commenté la juge Deschamps. Mais la fenêtre reste encore trop faiblement entrouverte pour que les victimes, qui n’ont même pas eu droit jeudi à des excuses, puissent respirer mieux.

1 commentaire
  • Colette Pagé - Inscrite 1 mai 2015 10 h 43

    Un commissaire civil aux plaintes !

    Dans ce milieu machisme il est raisonnable de penser que si l'on souhaite obtenir des résulats en regard des comportement sexuels inappropriés, il faudra sortir de l'aune militaire en s'assurant qu'un commissaire aux plantes civil puisse en assurer le traitement en toute liberté. Car la hiérachie militaire aura toujours intérêt à glisser les problémes sous le tapis afin de protéger le moral des troupes.