Réformer pour qui?

Le gouvernement Couillard se prépare à réformer les structures de gestion et de planification du transport en commun de la région métropolitaine de Montréal. Les maires auront plus de pouvoirs, comme ils le souhaitent. Québec doit toutefois se garder de trop leur en donner.

Le Conseil des ministres se penchera cette semaine sur la réforme élaborée par le ministre des Transports, Robert Poëti. Elle confierait la responsabilité de la planification et de la tarification à une nouvelle Agence régionale de transport placée sous l’autorité de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). L’exploitation des réseaux restera aux sociétés de transport en place à Montréal, à Laval et à Longueuil, sauf pour les Conseils intermunicipaux de transport (CIT) qui seront intégrés dans une nouvelle société.

Cette réforme poursuit plusieurs objectifs, qui pour certains profiteront à l’usager. C’est le cas de l’intégration des 13 CIT dans un Réseau des transports métropolitains desservant les couronnes nord et sud. En lui donnant aussi la responsabilité de l’exploitation des trains de banlieue, on pourra offrir des services et des horaires plus complets. Cela facilitera la révision des grilles tarifaires qui constituent, avec 500 titres de transport différents, un véritable fouillis.

Les élus des 82 municipalités de la Communauté métropolitaine y gagneront pour leur part en pouvoirs. La nouvelle agence chargée de la planification éliminera l’actuelle duplication de rôles entre la CMM et l’Agence métropolitaine de transport (AMT). Comme celle-ci est aussi maître d’oeuvre des projets, les maires ont le sentiment de détenir un pouvoir théorique.

Le modèle de gouvernance proposé répond à la logique voulant qu’il faille donner aux élus qui sont le mieux en mesure de connaître les besoins de leurs concitoyens, et d’y répondre, les pouvoirs qui leur permettront de mieux les servir. Ces élus sont bien sûr les élus locaux, à qui Québec s’était gardé jusqu’ici de donner une prise réelle sur la planification de nouveaux services de transport. La raison en était qu’au bout du compte ces projets sont financés pour l’essentiel par Québec et que les rivalités entre les élus municipaux présentaient un risque réel de paralysie du processus de décision.

Ce risque est amoindri depuis que la CMM a adopté, il y a trois ans, son Plan d’aménagement et de développement. Des consensus ont été faits qui ont aplani certaines de ces rivalités. Mais il sera toujours difficile de créer l’unanimité de 82 maires. Les couronnes nord et sud et l’agglomération de Montréal n’ont pas les mêmes priorités. Si plusieurs maires se réjouissent de se voir aux commandes, des inquiétudes nous viennent d’autres villes canadiennes, où une même expérience n’a pas été concluante. Le ministre Poëti se garde de donner tous les pouvoirs aux élus locaux. La future Agence régionale de transport sera encadrée par un conseil d’administration composé de six élus et de six membres indépendants, des experts, et présidé par une 13e personne nommée par Québec.

La principale faiblesse de la réforme envisagée n’est pas là. Elle est plutôt dans la disparition conséquente de l’AMT, dont on sait qu’elle n’a pas la confiance du gouvernement. Il est vrai qu’elle n’a pas toujours été à la hauteur, perdant le contrôle des coûts de ses grands projets. Si on devait abolir cet organisme pour cette raison, il faudrait fermer bien d’autres organismes. Avant de jeter le bébé avec l’eau du bain, il faudrait y penser à deux fois. En 19 ans d’existence, l’AMT a développé de l’expertise. Elle a des compétences. Pourquoi ne pas tout simplement revoir son mandat et sa gouvernance en donnant aux élus municipaux une plus grande place ? Le danger ici serait de vouloir recommencer de zéro. Celui qui doit véritablement y gagner est l’usager, pas l’élu.

3 commentaires
  • Francois Cossette - Inscrit 28 avril 2015 06 h 59

    La vraie raison

    Avec la mesquinerie caractérisée de nos politiciens on a compris que le but de l'exercise est aussi de pouvoir se débarasser de Nicolas Girard, un méchant péquiste, pour pouvoir offrir 2 jobs, parce que maintenant il va y avoir 2 entités au lieu d'une seule, dans les 6 chiffres a de bons et loyaux liberaux.

    Que gagne l'utilisateur du transport en commun, je pense que comme dans toutes les reformes improvisees de ce gouvernement, RIEN ... juste des services plus chers qu'avant.

  • François Dugal - Inscrit 28 avril 2015 07 h 36

    Pour qui?

    Pour qui? Pour les amis, pardi !
    La cohésion de la grande famille libérale n'est-elle pas admirable.

  • Denis Paquette - Abonné 28 avril 2015 09 h 09

    Un jour le monde fera la peau aux comptables

    Pas difficile a deviner encore une astuce comptable ou les humains sont des numéros et pendant ce remps de plus en plus abrutis, quel ère foutu, libéral ou conservatrice c'est du pareille aux memes, tous des petits cerveaux lavés par les chiffres, mais le monde n'arretera pas de tourner et un jour fera la peau aux comptables