La mauvaise volonté

La Cour suprême du Canada vient de donner raison aux parents francophones de Vancouver qui réclament une école qui puisse accueillir une population grandissante d’élèves. Les juges reconnaissent leur droit à des services de même qualité que ceux offerts aux élèves de langue anglaise. Une victoire importante pour la francophonie canadienne.

Il aura fallu cinq ans aux parents de l’école Rose-des-Vents, située dans la partie ouest de Vancouver, pour remporter cette bataille. Les juges établissent un standard qui vaudra pour les groupes minoritaires qui se butent à des résistances de toutes sortes pour obtenir des services d’enseignement adéquats dans leur langue.

Ce standard est celui de l’équivalence réelle des services éducatifs. Accorder une somme égale par personne à l’enseignement en anglais et en français ne suffit pas. Pour des raisons de nombre, les services donnés par le groupe minoritaire coûteront toujours plus cher. Il faut prendre en compte tous les indicateurs d’équivalence, aussi bien l’enseignement que les conditions matérielles.

À la Rose-des-Vents, l’iniquité est criante : 350 élèves du niveau primaire sont entassés dans une école dont la capacité n’est que de 199 élèves. Tous les espaces sont inadéquats : vestiaire, gymnase, bibliothèque... Certaines classes n’ont même pas de fenêtres. Les enfants sont pour la plupart transportés par autobus scolaires, alors que les élèves anglophones du même secteur géographique peuvent se rendre en marchant à leurs écoles, qui répondent aux normes que l’on attend pour ces établissements.

Au coeur de ce débat se trouve l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui garantit aux minorités linguistiques un enseignement dans leur langue. Là où le nombre le justifie, celui-ci doit se donner « dans des établissements d’enseignement de la minorité linguistique financés par des fonds publics ». Le texte parle de lui-même, ce qui n’a pas empêché le gouvernement britanno-colombien d’en faire une lecture autre en invoquant des arguments financiers spécieux que la Cour rejette.

L’attitude de ce gouvernement relève de la résistance passive. La Cour suprême évoque les « atermoiements » des politiciens de la province qui ont tenté de faire indirectement ce qui leur est interdit. Ils ont pratiqué une discrimination, cachée sous une équité d’apparence, qui va bien au-delà des droits individuels des élèves de la Rose-des-Vents, dont on a fait des citoyens de seconde classe.

Cette discrimination a un effet assimilateur. Les juges rappellent que les écoles sont un instrument primaire de la transmission de la culture et de la langue en milieu minoritaire. N’ayant pas accès à des services d’éducation adéquats en français pour leurs enfants, les parents se tourneront tout naturellement vers les écoles de la majorité. En Colombie-Britannique, les 71 000 francophones sont inévitablement exposés à ce phénomène si le gouvernement ne s’engage pas à respecter les garanties données aux minorités par la Charte des droits.

Parler de mauvaise volonté à propos de l’attitude du gouvernement de Colombie-Britannique est un euphémisme. Ce jugement survient 33 ans après l’adoption de cet article 23. Il y a toujours des gens qui cherchent à retarder ou à refuser aux minorités francophones l’exercice de leurs droits constitutionnels. Si tous sont égaux, certains le demeurent plus que d’autres. Une mentalité que l’on retrouve chaque fois qu’il est question de droits. Certes, les tribunaux sont là pour redresser les torts, encore faut-il qu’il ne soit pas trop tard.

12 commentaires
  • Charles Talon - Abonné 27 avril 2015 04 h 49

    Minorités

    Et dire qu pile y a des anglo-québécois qui se trouvent brimés dans leurs droits... que le Québec respecte jusqu'à l'absurde: on vient de leur construire un CUSM de 2.000.000.000,00$...

    Charles Talon md

    • Claude Millaire - Abonné 27 avril 2015 09 h 19

      Vous dite exactement ce que je pense.Nous les québécois sommes assez cons merci pour leur payer un CUSM.

      Claude

    • Gilles Théberge - Abonné 27 avril 2015 16 h 04

      On est tellement gentil qu'on se contente de dire civilement qu'ils ont simplement exprimé de la «mauvaise volonté».

      Ils vont continuer de mettre des bâtons dans les roues, quitte à trouver une loi du Moyen-Âge sur laquelle s'appuiera un juge pour encore retarder les choses.

      La vérité c'est que leur attitude est pratiquement haineuse envers les francophones dans certaines parties de leur pays.

      Sortons-en au plus sacrant!

  • Carol Patch-Neveu - Inscrite 27 avril 2015 09 h 16

    Et le séisme au Népal ?!

    Permettez-moi d'exprimer brièvement mon étonnement ce matin en lisant les manchettes de nos quotidiens, y compris celles du Devoir. Oui, il y a "nos" problèmes d'ordre social et politique à analyser, mais compte tenu de l'ampleur de la détresse qui se manifeste, dans le sillage immédiat du séisme et ses répliques au Népal et aux environs, je m'attendais à ce que ce drame monopolise l'attention de nos journalistes ! Ce lundi, il faudra donc compter sur nos médias parlés pour mieux saisir comment contribuer à l'élan de solidarité qui s'impose !

    Carol Patch-Neveu.

    • Yves Côté - Abonné 27 avril 2015 12 h 40

      Madame Patch-Neveu, je me questionne sur ce que vous tenter de dévaloriser par ce propos.
      Peu importe la gravité d'un événement qui frappe, tout démocrate s'attend justement, à ce que tous les journallistes et éditorialistes ne traitent pas du sujet en question.
      Cela est tout simplement une question fondamentale de liberté de choix et surtout, selon moi, une manière concrète d'éviter ce qui se nomme la pensée unique.
      Ou si vous préférez, la fabrication du consentement.
      Merci de m'avoir lu, Madame.

    • Serge Morin - Inscrit 27 avril 2015 13 h 12

      Restons dans le sujet svp

  • Simon Pelchat - Abonné 27 avril 2015 11 h 37

    Courageux francophones, bravo

    Ils sont courageux les francophones hors Québec. Je les félicite et les remercie de nous faire la leçon de survie et d'émancipation de notre identité francophone. Nous devrions nous en inspirer au Québec pour recentrer nos choix politiques et se réapproprier la valeur du collectivisme qui a perdu beaucoup de place face à l'individualisme qu'une grand partie de la jeunesse a adopté par ignorance de son passé, aspirée par un futur du moi, moi, moi.

  • Yves Côté - Abonné 27 avril 2015 12 h 50

    Je suis prêt à parier...

    Je suis prêt à parier que ni le dernier mot, ni le dernier des maux des tenants canadiens de l'anglais national absolu, n'est aujourd'hui advenu dans cette affaire-là.
    La certitude des Canadiens sur la supériorité "naturelle" de l'anglais est si profondément ancrée en eux, que jamais ils n'accepteront un tel jugement.
    Je pense même qu'à cette heure, plusieurs d'entre eux travaillent déjà ensemble aux moyens à prendre pour en anéantir les conséquences. En particulier sur le plan législatif.
    Pour être chez lui au Canada, la pensée commune et partagée des Canadiens est dorénavant que l'individu doit être capable de s'exprimer en anglais. Autrement, même si son enracinement dépasse en nombre d'années celui des anglophones, il ne peut que trahir la patrie.

    • Robert Lauzon - Abonné 27 avril 2015 20 h 00

      L'œuvre de lord Durham se poursuit.

      Dans son rapport pour mater la rébellion 1837 et faire entrer les "canadiens" dans le rang, Durham a suggéré 3 points:
      1) faire du bas et du haut Canada une seule union, un seul pays;
      2) un seul pays gouverné par un gouvernement central fort avec tous les leviers importants du pouvoir et,
      3) assimiler les canadiens-français.

      Tous s'entendent que les deux premiers points sont, depuis, très très bien implantés. Quant au troisième, tous les gouvernements actuellement au pouvoir au pays tant les PLQuistes à Québec, les autres provinces à l'instar de la Colombie-Britannique de même que le fédéral, tous travaillent très fort pour faire disparaître le trop coûteux bilinguisme officiel.

      Nous assistons, plus ou moins silencieusement, à notre propre ethnocide.
      Notre culture s'éteint et pourtant, si le Québec prenait vraiment conscience de l'ampleur Entreprise dommages et qu'Il se décidait enfin, le Québec peut et mérite beaucoup, beaucoup mieux!

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 28 avril 2015 08 h 31

      Parier quoi? et avec qui? Blablabla

      Votre discours est un bel exemple de notre situation de colonisés qui fait de nous d'éternelles victimes, responsables de rien: nos défaites nos malheurs nous viennent toujours des autres, entre autres des Canadians, dit sans mépris, juste pour être comprise. Ces Canadians, donc, comme les Québéquois et tous les autres, ne sont pas tous uniformément pareils (s'cusez lai!).

      Souvenons-nous... Lors de l'un des premiers mandats d'Harper, alors qu'il venait de sortir sa tronçonneuse contre la culture, qu'elle qu'elle soit: des Anglos, de la Colombie britannique disaient regretter de ne pouvoir voter pour Duceppe, lui qui lui défendait si bien notre culture. Et on avait pu les voir et les entendre en direct. D'ailleurs, Duceppe, c'était reconnu, était assez reconnu et respecté tant au Canada qu'à l'extérieur.

      De plus, assez récemment nous avons pu voir et entendre des politiciens canadiens aussi et de haut vol, en réunion, dire qu'il était temps de s'occuper de la situation des franco-canadiens. Comme quoi rien ne tombe du ciel, mis à part la pluie la neige et les avions. Tout se travaille, se transforme ici bas.

      De plus, encore, dernièrement on a pu voir un interminable documentaire semaine après semaine sur les indépendantistes... Canadians! Oui oui oui! Principalement de l'Ouest et pas mal minoritaires, ils sont pour le fractionnement du Canada, se considérant non respctés, floués, principalement financièrement, et s'inspire du Québec, évidemment.

      Les journaux c'est bien beau, mais rien n'est parfait: il faut élargir notre univers: écouter regarder est encore de mise, croyez moi, sinon on en échappe.

      Céline A. Massicotte électron libre et indépendantiste de la première heure.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 29 avril 2015 03 h 33

      J'ai bien vu ce documentaire sur les séparatistes de l'ouest Mme Massicotte. J'en ai même parlé dans 2 de mes commentaires dernièrement. Le documentaire disait à la fin que «depuis que Harper est au pouvoir, ces regroupements ont fermé leurs portes». Nous pouvons donc conclure que «Tous les rêves vont mourir à Ottawa».

      G.E. Cartier a bien fait son job; il a instauré un système au-dessus de tout le monde pour diriger sans s’occuper des besoins de personne. Et comme le lapin «Energiser»… Il fonctionne toujours.

      Bonne journée.

      PL

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 27 avril 2015 16 h 34

    Le problème...

    Les journalistes écrivent pour être lus, pour émettre une opinion, expliquer leur vision des choses, des faits: lors d'une catastrophe... comment dire? - terrestre? sur laquelle il y a peu à dire sans se répéter les uns les autres ad nauséam, et peu à faire, il est très compréhensible qu'ils écrivent sur d'autres sujet, ce qui ne les empêchent pas d'en parler comme à peu près tout le monde, et parfois de contribuer financièrement, certains organismes, d'autres médias sont là pour ça aussi...