Le retrait de Québec

Le dialogue social a du bon, il est même indispensable. Ce ne sont pas des militants revendicateurs qui le disent, mais un constat énoncé sur le ton de l’évidence tant par des représentants patronaux que syndicaux lors d’un débat tenu mercredi par le CORIM (Conseil des relations internationales de Montréal).

C’est même la p.-d.g. de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Françoise Bertrand, qui a le mieux décliné ce que signifiait la notion de dialogue social. Celui-ci ne s’inscrit « pas seulement dans le style classique, syndicats-employeurs, car il y a aussi d’autres acteurs sociaux de plus en plus vocaux, comme les environnementalistes, les groupes sociaux… » Une vision large, en fait, qu’au Québec on aime mettre en pratique, encouragés notamment par les instances de concertation mises en place par l’État. Avoir tout le monde autour de la table, c’est précieux.

Hélas, le gouvernement Couillard ne l’entend plus de cette oreille. Au CORIM, le président de la FTQ, Daniel Boyer, l’a d’ailleurs souligné en insistant sur le rôle central du politique : « On peut se donner tous les rendez-vous que l’on veut, un vrai dialogue social doit nécessairement inclure […] les décideurs, le gouvernement. Sans cela, rien ne pourra avancer ensuite. » Le pouvoir de légiférer, après tout, appartient encore aux élus.

Il était dès lors ironique que pendant que patronat et syndicat cheminaient de concert sur une manière de faire, Québec continuait d’avancer sur la voie de la rupture du dialogue. Après la disparition des Agences de la santé et celle des Conférences régionales des élus, après l’abolition du financement de Solidarité rurale, la réduction de moitié du budget des Centres locaux de développement, ce fut au tour des Forums jeunesse, mercredi, d’apprendre qu’ils étaient coupés.

Voués au développement de la participation citoyenne des jeunes, soutenus par des centaines de bénévoles, les 19 forums, qui existaient depuis 15 ans, doivent tous mettre la clé sous la porte d’ici au 30 juin. Leur budget est remis aux Carrefours jeunesse emploi (CJE), axés sur le soutien économique — mandat précieux, certes, mais qui n’a rien à voir avec l’engagement beaucoup plus large des jeunes dans la société. D’ailleurs, les CJE n’ont jamais été consultés sur ce transfert de fonds et la disparition de groupes avec qui ils travaillaient. Et ils sont eux-mêmes en perte d’autonomie car tenus dorénavant de suivre un modèle imposé par le gouvernement.

Non, ça ne dialogue pas fort ! Au contraire, les espaces de discussion font peur à cette nouvelle mouture de libéraux-conservateurs pour qui mieux vaut un amas d’individus isolés qu’une collectivité qui s’exprime. Souhaiteraient-ils au fond qu’il ne reste que la rue ?

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