Y amener le Canada

En prévision du grand sommet de Paris sur les changements climatiques, reconnaissons-le, la raison penche du côté des pessimistes. Ainsi que l’énonce le biologiste Claude Villeneuve, interviewé par Le Devoir, ces négociations « sont menées par des tricheurs desquels on attend qu’ils respectent les règles ». On ne saurait mieux dire. Pourtant, l’optimisme doit prévaloir, tout comme le Canada doit s’y faire bon joueur. Il n’y a pas d’autre choix.

En tant qu’hôte, en décembre prochain, de la conférence Paris Climat 2015, aussi appelée COP 21, le gouvernement français bat le rappel avec enthousiasme. On dira que cet élan ne peut être détaché des vicissitudes de la vie politique interne : le président François Hollande a grand besoin d’un succès qui rejaillirait sur sa cote de popularité anémique.

Mais qu’importe : le sort de la planète réclame une avancée, même toute petite, même partielle. Dès lors, si l’enthousiasme de commande, l’optimisme un peu aveugle et la diplomatie de velours sont les chemins à suivre pour arriver à quelque chose, ainsi soit-il.

Il était à cet égard fascinant d’entendre, au début d’avril, l’exposé du tout nouvel ambassadeur français au Canada, M. Nicolas Chapuis, livré devant une salle comble lors d’un déjeuner organisé par le CORIM (Conseil des relations internationales de Montréal). Causant du sommet de Paris, l’ambassadeur, bien sûr, n’a pas admonesté le Canada, ce mauvais élève du dossier climatique. Mais sous l’amabilité, l’appel était clair : « Paris n’est pas un rendez-vous de plus parmi les innombrables pourparlers dont la communauté internationale est coutumière. Paris Climat 2015 est LE rendez-vous, un nouveau départ pour la communauté internationale […]. Le Canada est un partenaire essentiel de ce que nous cherchons à atteindre à Paris. Le Canada est sorti de Kyoto, mais nous formons des voeux pour qu’il entre résolument dans Paris. »

Sortant de son texte, l’ambassadeur a même lancé : « Il ne sert à rien de parler économie, business, culture, francophonie, Québec, Montréal, Canada si on n’a plus de planète ! » Un diplomate ne s’impatiente pas, c’est connu, mais le frémissement de l’urgence se faisait bel et bien entendre.

Ce sont les mêmes qui perçaient sous les propos d’une autre ambassadrice cette semaine, ceux de la secrétaire générale de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, Christiana Figueres. Invitée à Québec, au sommet des premiers ministres des provinces sur les changements climatiques, elle a souligné que l’avenir n’était plus pétrolier. Et l’a dit deux fois plutôt qu’une.

Non, les chantres écologiques ne sont plus que dans les groupes militants ou dans les manifestations, ils ruent aussi dans les brancards dans les salons de la diplomatie.

Il est vrai que tout ceci est applaudi par des gens d’affaires ou des élus pétris de contradictions. Bravo au premier ministre Philippe Couillard d’avoir tenu le sommet de Québec, bravo d’avoir dit qu’à Paris, le Canada aura une « obligation de résultat », mais dommage d’associer soi-même l’avenir énergétique du Québec à l’exploitation et au transport des hydrocarbures.

N’empêche que tout empêtré soit-il dans ses visions à court terme, au moins Québec n’écarte-t-il pas le changement de son horizon mental. À Ottawa, aucun ministre n’a été disponible pour ne serait-ce que croiser Mme Figueres quand elle a été y faire un tour lundi ! Même des pays autrefois réfractaires à l’écologie comme la puissante Chine prennent le virage vert, comme le démontre bien un tout récent dossier de L’Actualité. Le Canada est une plaie, mais les hauts fonctionnaires (compétents !), les diplomates, bien des élus ne renoncent pas à le faire bouger. Ce sont là des efforts qu’il faut absolument appuyer.

7 commentaires
  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 18 avril 2015 09 h 48

    La vertu des vieux pays...

    La sortie de l'Ambassadeur Francais, m'a mis mal a l'aise. J'ai l'impression que c'est une forme d'ingérence à la limite du néo colonialisme, assorti de paternalisme insoutenable. Ce cher Monsieur devrait s'occuper avant tout des méthodes de production éléctriques dans son propre pays. Le Nucléaire y est le seul moyen , or entre 2 maux , je préfère le notre, car le sien va nous polluer pour les 25,000 prochaines années ( déchets nucleaires). De plus je reviens d'un voyage d'affaires , et Paris m'a fait penser à Pékin... c'est peut dire... Le choix du diesel meme plus propre comme carburant qui est plus détaxé doit en etre le coupable ( avec la complicité des gouvernements succéssifs)... Donc qu'il balaie devant sa porte... ce cher Ambassadeur, nous réglerons bien nos problèmes sans ses prétentieux conseils!

    • Patrick Boulanger - Abonné 18 avril 2015 17 h 18

      M. de ruelle, le réchauffement de la planète ne connait pas les frontières politiques et interpelle tous les pays du monde. Même ceux qui, comme le Canada, traînent les pieds pour favoriser la croissance de son économie. Et pour ma part, je considère que la sortie de l'ambassadeur de France est plus que la bienvenue (d'après ce que j'en comprends avec cet éditorial).

    • Pierre M de Ruelle - Inscrit 19 avril 2015 17 h 59

      Mr Boulanger
      Je crois qu'avant tout que le rechauffement climatique ne connait pas plutot de frontieres géographiques!!! Politiques ? Qu'on décide par nous memes!
      Maintenant je réitère mon commentaire vis a vis des donneurs de lecons, qu'ils proviennent de France ou d'ailleurs, quand chez eux ils n'ont pas le courage de s'administrer la bonne médecine, médecine qu'ils prétendent en etre les portes étendarts de bonne conscience!.
      Oui nous devons faire mieux, chacun deja personnellement, en prechant par l'exemple, et la liste est longue.

    • Patrick Boulanger - Abonné 19 avril 2015 21 h 28

      M. de ruelle, je crois que j'aurais plutôt dû parler de frontières nationales dans mon commentaire précédent. Par ailleurs, je suis bien d'accord avec vous que l'on doive décider par nous-même. Toutefois, je ne vois pas en quoi l'ambassadeur français nous empêche de le faire en nous invitant collectivement à mettre la main à la pâte (le Canada est est une honte par rapport à la question des changements climatiques). C'est bien possible que cet ambassadeur ne provient pas d'un pays exemplaire en ce qui a trait au respect de l'environnement, mais son message demeure à mon sens tout de même valable puisque tous les pays du monde doivent s'atteler rapidement à réduire leurs GES. Le Canada y compris.

    • Patrick Boulanger - Abonné 20 avril 2015 07 h 57

      M. de Ruelle, en relisant votre dernier commentaire où il est notamment question de prêcher par l'exemple individuellement, je me suis posé la question suivante: que pensez-vous de la conférence de Paris?

  • Colette Pagé - Inscrite 20 avril 2015 10 h 00

    Le fédéral à la traine .....

    Aveuglé par les retombées économiques découlant de l'exploitation des sables bitumineux le Gouvernement Harper, à l'instar des élus républicains et des membres du Tea Party , préfère se mettre la tête dans le sable, se fermant les yeux, se bouchant les oreilles tout en refusant de préserver la planète. L'histoire se rappelera de ce Gouvernement comme celui d'un pollueur ignorant la Terre que nous laisserons à nos descendants.

  • Guy Lafond - Inscrit 20 avril 2015 10 h 53

    Des mots, toujours des mots


    Et pourtant, de mon côté, je suis passé à l'action depuis longtemps. Mes émissions de GES ont diminué considérablement.

    Je me suis débarrassé de ma voiture qui fonctionne uniquement à l'essence. Je n'ai pas voyagé en avion depuis au moins quatre ans. La température de ma maison l'hiver: 19 degré Celsius. Et un bon gilet sur le dos!

    Et je me sens tellement bien et en santé! À 56 ans, je ne prends aucune pilule et je fais de l'exercice régulièrement.

    Et vous?

    N'attendez plus beaucoup de gestes concrets de la part de nos élites politiques! L'effort doit d'abord venir de chacun de nous!

    Ce sera innévitablement la force du nombre qui fera plier l'échine aux grandes compagnies pétrolières et qui rétabliera un climat équilibré!

    Offre et demande? Il y aura des bouleversements majeurs dans notre façon de consommer au cours des prochaines décennies. Les gens savent très bien que rien n'est plus précieux que des forêts, de l'air pur, de l'eau cristalline et des glaciers qui se régénèrent.

    Pour les sables bitumineux, il faudra donc repasser dans deux cents ans peut-être.

    ;-)