Communion atomique

Stephen Harper et le premier ministre indien Narendra Modi, en visite officielle au Canada, sont faits pour s’entendre. Deux idéologues de droite, républicains dans le sens américain du terme, plutôt allergiques aux programmes sociaux, apôtres d’un État aminci au service de la croissance néolibérale. Si M. Modi était passé par Québec, il aurait aussi trouvé un ami en Philippe Couillard.

Après avoir atterri à Ottawa, M. Modi a plutôt décidé de se rendre, ce qui est logique, à Toronto et à Vancouver, où se trouve l’essentiel de la diaspora d’origine indienne qui compte un peu plus d’un million de personnes. M. Harper l’a suivi partout en espérant que la popularité de son homologue auprès de la diaspora rejaillira sur lui aux élections fédérales de l’automne prochain…

Couronné au scrutin général indien de mai 2014, M. Modi est un as du marketing politique. Autoritaire et charismatique, il a bâti autour de sa personne une aura d’efficacité, promettant de remettre de l’ordre dans l’économie, mise à mal par le gouvernement sortant du Parti du Congrès qui, miné par les scandales de corruption, avait carrément perdu la boussole. Les attentes sont immenses à son égard. Dix millions d’Indiens entrent sur le marché du travail chaque année. Mais les emplois n’y sont pas.

Le Canada est le 15e pays que visite M. Modi depuis son arrivée au pouvoir, il y a moins d’un an. Pour progresser, l’Inde continue d’avoir grand besoin d’améliorer ses infrastructures, notamment dans le secteur énergétique. Au-delà des affinités politiciennes, le nucléaire est au coeur du rapprochement indo-canadien. En fait foi le contrat d’achat d’uranium signé mardi entre le Canada et l’Inde pour l’approvisionnement des centrales indiennes.

Un accord qui soulève d’importantes questions, compte tenu du fait que l’Inde n’est pas signataire du Traité de non-prolifération des armes nucléaires. En 1974, l’Inde avait utilisé le plutonium d’un réacteur Candu pour tester sa première bombe, refroidissant durablement les relations entre les deux pays. Ce précédent historique aurait dû inciter M. Harper à plus de prudence.

Si populaire qu’il soit, M. Modi demeure du reste un homme controversé — pour les vilains sentiments antimusulmans qui l’animent. Il défend une conception religieuse de l’identité indienne : n’est pas vraiment indien qui n’est pas hindou. Il a longtemps été ostracisé par l’Europe, les États-Unis et le Canada pour son rôle présumé dans des pogroms antimusulmans commis en 2002 alors qu’il était le chef du gouvernement de l’État du Gujarat. Ils l’ont tous réhabilité quand il est devenu évident qu’il serait élu premier ministre. L’homme d’affaires en lui, les bras grands ouverts à l’investissement étranger, a biffé le passé.