Évitez la panique!

La sortie de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) dénonçant le risque de départs massifs d’infirmières pour la retraite doit être replacée dans le contexte des négociations en cours, mais elle n’est pas sans fondements. Dans un tel dossier, syndicats et gouvernement doivent se comporter de façon responsable pour éviter une catastrophe.

Si l’on en croit un sondage effectué auprès des membres de la FIQ, surtout des infirmières, près de la moitié du personnel âgé de plus de 50 ans prendrait sa retraite d’ici trois ans, soit quelque 7500 employées qualifiées sur les 65 000 que compte ce syndicat. Si tel était le cas, le réseau de la santé ferait face à une pénurie encore plus grave qu’à l’époque de Lucien Bouchard.

Pour la FIQ, ce sont les conditions d’accès aux rentes que tente d’imposer le gouvernement qui expliqueraient l’ampleur du phénomène.

Précisons que les changements proposés par Québec toucheraient surtout les employés qui désirent prendre leur retraite avant d’avoir atteint le palier magique de 35 années d’ancienneté. À raison de 2 % de crédit de rente par année accumulée, un employé a alors droit à 70 % de son salaire de fin de carrière.

Pour ces retraités, le seul changement apporté serait le montant de la rente dont le calcul de 70 % s’appliquerait désormais sur la moyenne de salaires des huit dernières années de travail au lieu de cinq. Ce qui n’est quand même pas rien.

Deux autres mesures restrictives s’ajouteraient pour ceux et celles qui ont accumulé moins de 35 ans d’ancienneté, et ce sont surtout ces gens qui envisagent aujourd’hui de partir d’ici trois ans.

À l’heure actuelle, ces retraités ont aussi accès à une rente égale au nombre d’années d’ancienneté multiplié par 2 % du salaire (ex. : 25 ans x 2 % = 50 %), pourvu qu’ils aient au moins 60 ans. Avant cet âge, ils subissent une pénalité de 4 % par année manquante appliquée au montant de leur rente. Exemple : avec 25 ans de service à 58 ans, la rente est de 42 % du salaire (50 % – 8 %).

Or, en reportant à 62 ans l’âge minimum de la retraite pour ceux qui ont moins de 35 ans de service et en portant la pénalité de 4 % à 7,8 % par année qui précède cet âge, les retraités concernés perdraient plusieurs milliers de dollars annuellement, et ce, pour le reste de leur vie. Une rente à laquelle ils ont pourtant contribué à raison de 50 % des coûts estimés, contrairement aux policiers, pompiers, employés d’Hydro-Québec… et députés.

Compte tenu de l’espérance de vie qui n’a cessé de croître, on peut juger normal que l’âge minimum de la retraite soit reporté à 62 ans pour les employés ayant moins de 35 ans de service. On peut même trouver acceptable de hausser le pourcentage de la pénalité pour ceux qui ont travaillé quelques années seulement pour le même employeur.

En revanche, il n’est pas raisonnable de calculer la rente sur les huit dernières années de salaire si le régime est solvable, et encore moins d’imposer de tels changements en moins de trois ans. En matière de régime de retraite, la sagesse et l’équité imposent d’introduire des modifications sur une longue période de temps.

Le premier ministre Couillard et ses ministres ont le devoir de rassurer sans attendre les employés les plus expérimentés qui risquent de prendre leur retraite et de s’inscrire aussitôt auprès d’une agence de placement privée. De même en est-il des syndicats qui n’ont pas davantage intérêt à créer un climat de panique dans le seul but de mobiliser leurs troupes.

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21 commentaires
  • Jean-François Laferté - Abonné 14 avril 2015 05 h 44

    Désolant...

    Monsieur,
    Je trouve désolant que vous prenez encore une fois l'autre bout de la lorgnette pour exposer des faits sans parler des conséquences..De juger normal de repousser l'âge de la retraite,de calculer différemment la retraite bref tous ces moyens fous dans le seul objectif de retirer de l'argent et des gains négociés de bonne foi pour la réputation auprès des agences de crédit!Je quitterai avec pénalité mon emploi de professeur après 28 ans à l'âge de 58 ans avec la tristesse de voir mes collègues se faire imposer de nouvelles règles qui ramènent l'éducation à des années en arrière.Et dire que le gouvernement en fait une priorité.
    Et Basta comme disait Léo Ferré!
    Jean-François Laferté
    Terrebonne

    • Robert Beauchamp - Abonné 14 avril 2015 15 h 22

      Le plus désolant c'et que ce gouvernement a coupé tous les ponts avec les employés sur qui il devrait compter pour un minimum d'adhésion dans l'application de réformes majeures qu'il dit devoir appliquer; il a coupé égelement tous les ponts de communicaitons avec la population en général et ne répond qu'aux attaques qui pourraient nuire à son image.
      Finalement ce gouvernement est composé d'élus qui font partie de la génération qui a suivi celle de la révolution tranquille. Monstrueux paradoxe: Ayant profité de la quasi gratuité des services assumés par la génération précédente principalement en éducation, maintenant gras dur après nous avoir syphonnés par des augmentations faramineuses (MD en santé, échappatoires fiscales, collusions politiques - Barette et Couillard ont négocié tous deux des 2 côtés de la table), ils coupent maintenant à fond la caisse ; curieux retour d'ascenseur.
      Robert Beauchamp

  • Pierre Hélie - Inscrit 14 avril 2015 06 h 18

    Ils veulent liquider l'État, point!

    Ce gouvernement en est un d'idéologue, leur chef ayant apparemment pour bible (ou coran?) un livre qui dit essentiellement que Thatcher, Reagan et Clinton n'ont pas été assez loin dans leur saccage de l'État. L'idéologie de ces nouveaux barbares est de réduire au maximun la taille de l'État, point à la ligne; leur méthode en est une purement comptable, l'humain n'en étant réduit qu'à sa valeur actuarielle. Pour arriver à leurs fins, ils utilisent la propagande et la méthode forte (ça vous rappelle quelque chose?), s'associant entre autres aux édifiants "journalistes" de la radio-poubelle... et visiblement, l'endoctrinement a réussi! Même le supposément progressiste Devoir, mis à part Mme Boileau, M. Nadeau et il n'y a pas si longtemps M. Truffaut, ne semble pas du tout révolté par ce saccage de l'État québécois, reprenant leurs propos lénifiants avec des objections somme toute mineures. Navrant!

  • Josée Duplessis - Abonnée 14 avril 2015 06 h 42

    '' contrairement aux policiers, pompiers, employés d’Hydro-Québec… et députés.''
    Eh! oui toujours les mêmes qui ont les avantages du poids politique.
    Les spécialistes ont réglé, les policiers ont le bon bout du bâton, les pompiers de même et les politiciens le pouvoir.
    Tandis que les enseignant(e)s, les infirmièr(e)s paient une note salée. Des emplois à majorité féminine ne l'oublions pas. On paie pour l'équité salariale?
    Le phénomène qui se présente chez les infirmier(e)s se produit aussi chez les enseignant(e)s. Mais c'est pas grave ce qu'ils font n'a pas l'air d'être important pour la classe politique au pouvoir.
    On a toujours les écoles privées, les cliniques privées etc.

    • André Chevalier - Abonné 14 avril 2015 10 h 40

      «... les policiers ont le bon bout du bâton...»

      Guy Marcil, président de la Fraternité des policiers de Montréal durant la grève de 1969, lui, savait négocier. Il avait obtenu tout ce qu'il voulait du gouvernement en disant simplement en direct à la télévision de Radio-Canada: «Vous savez, nous sommes armés!».
      Le gouvernement avait cédé immédiatement et fermé le dossier.

      Le journal La Presse avait mis comme grand titre à la une:«Québec mate la police»

      https://www.fppm.qc.ca/tranches_vie-8

    • Jeannine I. Delorme - Abonnée 14 avril 2015 21 h 01

      Est-ce que quelqu'un d'entre vous est au courant que les employés d'Hydro-Québec touchent 100% de leur salaire à la retraite ? Dixit un ex-employé lui-même... C'est la honte du siècle. Comment peut-on tolérer ane telle chose ? Il serait temps que Hydro-Québec soit mise au pas. C'est une énorme machine qui fait la pluie et le beau temps au Québec

  • Mario Jodoin - Abonné 14 avril 2015 07 h 14

    Drôle de conclusion...

    «De même en est-il des syndicats qui n’ont pas davantage intérêt à créer un climat de panique dans le seul but de mobiliser leurs troupes.»

    Tout au long de cet éditorial, on montre à quel point les changements que veut apporter le gouvernement sont importants et frapperaient durement les employés de l'État. En toute logique, on doit conclure que la dénonciation des syndicats est fondée et n'est justement pas un truc de négociation!

    Qui crée la panique? C'est clair que c'est le gouvernement!

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 14 avril 2015 07 h 23

    Le respect d'un contrat conclu de longue date


    Pour paraphraser les employés municipaux, les employés de l'État n'on rien volé. Pour se doter des conditions de retraite actuelles, ils ont fait ce que tous ceux qui en ont un peu les moyens font : constituer un bas de laine de rémunération différée en puisant dans la masse salariale qui était à leur disposition au fil des ententes collectives conclues avec les gouvernements.

    Tout comme dans le cas des municipaux, il est justifié de se préoccuper de la pérennité de ce régime et de prendre, éventuellement, les mesures nécessaires... Cependant, dans le cas du RREGOP comme dans celui des caisses municipales, le gouvernement devra faire la démonstration que toutes les projections des actuaires étaient dans le champ depuis des décennies et que personne ne s'en était aperçu. J'en doute fortement.

    Quoi qu'il en soit, la prudence ne doit pas conduire à l'iniquité. Les gens qui arrivent à la fin de leur carrière après avoir respecté leurs engagements professionnels ont plein droit de voir les engagements de leur employeur respecté. Si des changements structurels doivent être envisagés, étant donné qu'ils portent sur des enjeux de long terme, ils devront aussi être instaurés sur du long terme et de façon progressive.

    Évidemment, ce faisant, on aura encore l'air de protéger les acquis des boomers en refilant la facture aux générations suivantes. Mais en réalité, ce dont les générations actives héritent de leurs aînés, c'est de la responsabilité de ménager leurs conditions d'existence en menant leurs propres combats. Et non, autrement, les boomers ne sont pas partis avec la caisse.