Conviction et ouverture

Le Québec n’est plus la société catholique des années 1950 qui accueillait les princes de l’Église avec le respect dû à des personnages détenant la voie et la vérité. Qui ne se souvient pas de Mgr Paul-Émile Léger revenant de Rome où il avait été nommé cardinal, disant à la foule en liesse qui l’attendait « ô ma ville, tu as voulu te faire belle pour recevoir ton pasteur et ton prince » ? C’était d’une autre époque qui n’était surtout pas celle d’un Jean-Claude Turcotte, qui, de tous les pasteurs de l’Église de Montréal, fut sans doute celui qui correspondait le plus à son temps.

« Pasteur » est le mot qui décrit le mieux ce cardinal qui rejetait tout ce qui était apparat. Symbole de cela, il avait retiré du grand salon de l’archevêché le trône sur lequel s’asseyait Mgr Léger pour recevoir ses hôtes. L’homme du peuple qu’il était s’accommodait mal des fastes du Vatican, qu’il ne voulait pas reproduire dans sa ville.

Son titre de chef spirituel de l’Église montréalaise, Jean-Claude Turcotte l’assumait d’abord dans la prédication et le rassemblement, plutôt que dans la direction des consciences. Sa personnalité correspondait bien à son époque et à sa société qui en était venue à rejeter l’autorité de l’Église. Fidèle aux dogmes de l’Église catholique, il savait les exposer avec juste assez de nuances pour ne pas apparaître doctrinaire. Il avait compris que l’Église moderne se devait de faire place au pluralisme et au dialogue.

Jean-Claude Turcotte n’était pas un progressiste comme pouvait nous le laisser croire son engagement auprès des démunis et des plus pauvres, ce qui fut une préoccupation constante tout au long de sa vie. Il était plus homme du centre pour qui le temps n’était pas arrivé pour certains changements, comme pour le mariage des prêtres et la prêtrise pour les femmes. Il était sans doute en communion de pensée avec le pape François, qui tente de ramener l’Église à l’humilité et à la confession de ses péchés, telle la pédophilie des prêtres.

Homme d’Église, Jean-Claude Turcotte était aussi un homme public qui n’hésitait pas à intervenir auprès de tous les acteurs de la société pour défendre la justice sociale et le droit à la dignité, n’hésitant pas à rappeler les politiciens à leurs devoirs. L’Église catholique québécoise n’exerce plus l’influence qu’elle a eue par le passé, mais celle que Jean-Claude Turcotte a incarnée aura su s’attirer, si ce n’est l’adhésion, tout au moins le respect d’une vaste majorité de ses concitoyens montréalais et québécois qui avaient reconnu en lui un leader qui leur ressemblait, heureux mélange de conviction et d’ouverture.

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