Le vrai Gérard

Nul doute que l’ex-journaliste et dernier chef de l’ADQ Gérard Deltell est conservateur dans l’âme. Il ne cesse de répéter qu’il a pris sa carte du parti dans les années 1980. En annonçant qu’il quitte la CAQ et brigue l’investiture conservatrice dans la circonscription fédérale de Louis–Saint-Laurent, il « revient à la maison », a-t-il plaidé. M. Deltell omet pourtant trop commodément de dire qu’il s’agissait à l’époque du Parti « progressiste » conservateur. Le politicien qu’il a soutenu dans les années 1980, Joe Clark, a claqué la porte lorsque Stephen Harper a amputé le parti de son « progressisme ». La « maison » à laquelle M. Deltell revient a bien changé ! Clark et Mulroney sont bien loin du PC actuel, avatar du Reform Party.

Pour M. Deltell, évidemment, tout cela n’est que nuances sans importance. L’homme a beau se présenter comme « droit, intègre et fort », son virage dégouline d’opportunisme.

Comme plusieurs éléments de son parcours depuis 2008, d’ailleurs. Il a beau promettre de ne point toucher son allocation de départ ni sa pension de retraite (jusqu’à l’âge de 65 ans), il viole pourtant le principe qu’il mettait en avant depuis 2010. L’élu abandonnant son siège en cours de mandat, martelait-il, « brise un contrat moral » : « Lorsqu’on brigue les suffrages, on sollicite le mandat auprès des citoyens pour un mandat de cinq ans, donc on s’attend à [ce qu’il soit] là pour cinq ans. » Lors de la campagne de 2014, les rumeurs de sa volonté de se joindre à Stephen Harper étaient si fortes que des questions lui étaient posées à ce sujet ! Être « droit, intègre et fort » ? Cela aurait impliqué de s’abstenir de proposer un « contrat moral » aux électeurs de Chauveau puisqu’il savait très bien qu’il le romprait par la suite.

En novembre 2010, M. Deltell, chef de l’ADQ, prônait l’abandon de la ligne de parti. Les députés ne doivent pas être de simples « machines à voter », vantant les vertus de débats ouverts. À la moindre « petite divergence, on essaie de l’étouffer », déplorait-il. Mais mardi, il semblait bien s’accommoder de la ligne de parti. Sur le registre des armes à feu par exemple, M. Deltell a confié avoir eu une vraie divergence avec le caucus caquiste. Mais il l’a tue. Jusqu’à ce qu’il change de parti ! Avec une fausse candeur, il s’est défendu : « C’est vrai pour tous les enjeux. On discute en caucus. Chacun émet son opinion. […] Et à la fin on prend une position et on se rallie à la position. »

Autrement dit, être un élu, c’est exprimer ses convictions derrière des portes closes pour ensuite les taire et se muer en perroquet du caucus. L’homme sera assurément à l’aise dans l’équipe de Stephen Harper… Il faudra tout de même le surveiller. Peut-être pourrons-nous parfois détecter que le Deltell perroquet ne correspond pas au « vrai » Gérard.


 
39 commentaires
  • Réjean Bergeron - Abonné 7 avril 2015 23 h 13

    Lâche pas mon Gérard!

    Après la conférence de presse de Gérard Deltell dans laquelle il annoncait sa candidature au Parti conservateur, je ne sais pas pourquoi, mais je n'avais que cette célèbre réplique du film Cruising bar en tête: Lâche pas mon Gérard!

    C'est vraiment tout ce que j'avais à dire, vraiment tout.

  • Jean-François - Abonné 8 avril 2015 02 h 14

    Pauvre lui...

    À trop persister on devient incohérent.

    Cet homme ne sait plus quoi faire pour être au premier plan...

    À preuve:

    Chef de l'ADQ qui ne "passe pas"

    Membre senior de de la CAQ qui ne "passe pas"

    Maintenant le PC en espérant une victoire dans un compté tenu par le NPD.

    Si ça ne marche pas avec eux Mr. Deltell qu'allez-vous faire?

    Il y a des limites à forcer son destin!

    Devenir un politicien POPULAIRE de premier plan n'est pas un choix personnel; parlez-en à Stéphane Dion ou Michael Ignattief.

    Quand on ne "passe pas" vaut mieux aller chercher son chemin ailleurs.

    • Gilles Théberge - Abonné 8 avril 2015 11 h 55

      Le problème c'est qu'il y a tout lieu de craindre qu'il va être élu dans ce comté où se concentre une bonne partie des auditeurs de vous savez quoi.

      Et si d'aventure Harper gardait le pouvoir, soyez assuré qu'il a déjà en poche l'assurance sinon la promesse d'un siège au cabinet.

      Ce qui à mon avis contribuera à réduire davantage le niveau intellectuel du gouvernement Conservateur Canadian!

  • Denis Paquette - Abonné 8 avril 2015 05 h 17

    Les impôts payés et aimant rendre service

    Le vrai Gérard nous dit qu'il est qu'un homme ordinaire, nous n'en doutons pas, il en a tout les attibuts et les talents, le beau frere ideal, nous allons sans doute devoir faire avec pour les vingt prochaines années, le vrai bon gars, je suis convaincu que monsieur Harper va aimer, pas de dettes et pas d'ennemis, du moins de connus, les impots payés, et aimant rendre service, un alter égo a Denis Lebel

    • Pierre Bernier - Abonné 8 avril 2015 10 h 39

      ... Et prêt pour une élection dès le mois de juin ?

    • Gilles Théberge - Abonné 8 avril 2015 12 h 00

      Je ne serais pas étonné monsieur Bernier que les élections soient devancées. Autrement il n'y a pas de raison pour que dans un fief Conservateur quasiment blindé, Gérarre(sic c'est volontaire) n'ait pas attendu la saison estivale pour faire le saut...

  • Jacquelin Beaulieu - Inscrit 8 avril 2015 06 h 54

    Une pureté de surface ....

    Bel exposé de la vraie nature de Gérard Deltell qui affiche une intégrité sans faille pour les autres devant la caméra lorsque qu'il prône tous ses beaux principes .... Mais que lorsque les opportunités de présentent a lui , ses principes vevolent au vent et s'éparpillent dans la nature ....
    Ces conservateurs ont le don d'afficher une pureté lorsque les autres sont concernés et on peut appeller cela de l'hypocrisie ou il faut séparer Gérard et Deltell ....

  • Gilles Delisle - Abonné 8 avril 2015 07 h 21

    Gérard, un gars sympathique!

    On peut s'entendre que son nom ne passera pas à l'histoire!

    • - Inscrit 8 avril 2015 14 h 36

      Un Gérard quoi !

    • - Inscrit 8 avril 2015 15 h 53

      "T'es en santé, t'es pas mort mon Gérard !" (Crusing Bar)