L’apprentissage

Il y a un an les Québécois confiaient à nouveau la direction de leur gouvernement au Parti libéral. Son chef, Philippe Couillard, s’est révélé un premier ministre différent de ses prédécesseurs. La coupure est nette, qu’il s’agisse de sa façon de gouverner ou de la vision qu’il a de son rôle.

Une manifestation de cette coupure est la rupture que Philippe Couillard a effectuée avec la tradition nationaliste du Parti libéral, celle-là même qui a inspiré la Révolution tranquille de Jean Lesage. Avec lui, Robert Bourassa et Jean Charest, tout fédéralistes qu’ils étaient, avaient conscience de porter la responsabilité de la pérennité de la langue et de la culture française en Amérique du Nord.

Cette responsabilité, Philippe Couillard la connaît, mais elle n’est pas assumée, du moins pas encore. L’a bien montré ce discours prononcé uniquement en anglais en Islande, tout comme l’accord donné spontanément à l’abandon du nom de Champlain pour le nouveau pont que construit à Montréal le gouvernement fédéral. Le réflexe n’y est pas.

On pourrait penser que ce n’est là qu’une question d’apprentissage. Mais il y a plus. Philippe Couillard est un fédéraliste sans compromis qui accepte de vivre dans le rapport constitutionnel actuel. Son gouvernement partage ce point de vue. Contrairement à ce qu’on a vu dans d’autres gouvernements libéraux d’aile nationaliste. Le Québec n’est dans son esprit qu’une province, pas un État.

Après avoir flirté avec l’idée, Philippe Couillard a ainsi rapidement mis de côté toute velléité de réforme de la Constitution canadienne et choisi de polariser le débat sur la question nationale. En gardant ses habits partisans, il s’empêche de comprendre et de réagir au souci qu’ont les Québécois pour les questions d’identité. Il aura fallu les événements tragiques du début janvier de Charlie Hebdo pour lui faire réaliser que cette question ne pouvait être négligée.

 

À la différence de tous ses prédécesseurs, libéraux comme péquistes, Philippe Couillard n’est pas issu du sérail politique. Ceci peut expliquer cela. Même s’il a été ministre durant cinq ans, sa façon de voir les problèmes est conditionnée par sa formation et son expérience de médecin spécialiste. Il a ainsi jugé que le mal principal de l’État est son embonpoint qu’il faut guérir, peu importe les effets secondaires du remède. Comme dans une salle d’opération, toutes les énergies du gouvernement ont été mises sur ce seul problème.

Cette approche pourrait permettre à Philippe Couillard de réussir là où Jean Charest avait échoué, abandonnant après seulement quelques mois la réingénierie de l’État qu’il avait amorcée au lendemain de son élection en 2003. Il n’a pas ses états d’âme politiques face aux réactions de l’opinion publique. Car à travers la recherche de l’équilibre budgétaire, c’est une véritable réingénierie de l’État qu’a entreprise le gouvernement Couillard.

Promise pour la fin de la présente année fiscale, l’atteinte du déficit zéro devrait donc pouvoir se réaliser… à moins que ne surviennent d’ici là des complications imprévues. Cela pourrait arriver, car l’équilibre budgétaire recherché repose essentiellement sur les compressions budgétaires dans les secteurs de la santé et de l’éducation et très peu sur les effets de la croissance économique. Le poids des réductions de budget sera lourd à porter d’autant plus que les efforts exigés seront récurrents. Le malade pourrait se révolter. Les votes de grève des syndicats du secteur public à l’automne nous le diront.

Les « vraies affaires », soutenait Philippe Couillard en campagne électorale, ce sont les emplois. Sa promesse d’en créer 50 000 par année est devenue une cible d’autant plus lointaine qu’il n’y a pas eu cet « effet libéral » voulant que des investissements massifs dans de nouveaux projets viennent par la défaite du gouvernement Marois. On peut penser, un an plus tard, qu’il y a toujours une part de pensée magique derrière les stratégies économiques libérales qui consistent à miser sur la réduction des dépenses de l’État qui permettront des réductions d’impôt qui viendront stimuler l’économie.

Ce cercle vertueux n’est toutefois pas pour demain. L’intervention de l’État sera nécessaire. Un Plan Nord revisité ne suffira pas. Il faudra plusieurs plans sud. Ce gouvernement, comme les précédents, finira par le comprendre. Il ne faudrait pas que l’apprentissage de ce gouvernement se prolonge trop longtemps.

19 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 4 avril 2015 02 h 44

    Apprentissage vous dîtes?

    Oui, et ce dans plusieurs domaines! Laicité, éthique, corruption, collusion, ÉDUCATION ET SANTÉ, soumission total dans son non-rapport de force par rapport au gouvernement fédéral de M.Harper, pauvre entretiens des infrastructures des nos rues, routes, et municipalités. Qui plus est, si tout le monde doit vraiment contribuer à cette rigueur budgétaire, qu'attends le PLQ pour taxer les riches et les banques?

    • Yvon Bureau - Abonné 4 avril 2015 11 h 07

      et évasion fiscale, 1e plaie du monde.

  • Yvan Hardy - Abonné 4 avril 2015 04 h 57

    Les Intouchables du gouvernement Couillard.

    Monsieur Bernard,
    Pour le premier ministre, il y trois priorités qui sont au-dessus de tout:
    le Canada, le patronat et le West-Island.
    Il va accepter tout du Canada. Le patronat et le West-Island vont échapper à l'austérité voire même être favorisés.

    Au plaisir de vous lire

    Yvan Hardy

    • Bernard Dupuis - Abonné 6 avril 2015 09 h 59

      Je suis bien d’accord avec vous pour dire que le patronat de l'Ouest-de-l'Île ne soit pas touché par l’«austérité». Cependant, pourquoi ne parler que du patronat de l'Ouest-de-l'Île? Lors du dépôt du budget Leatao, c’est tout le patronat du Québec, toutes les chambres de commerce, même les maires de Québec et de Montréal, qui se sont écriés «Alléluia»!

      Bien qu’ils soient inclus dans le groupe, ce ne sont pas que les habitants de l'Ouest-de-l'Île qui n’aiment pas l’État du Québec. Il a fallu longtemps aux membres de l’Union nationale à comprendre l’importance de l’État du Québec relativement au développement de la nation québécoise. Chassez le naturel et il revient au galop. Ce sont maintenant les membres de la CAQ, certains libéraux influencés par les anglophones de l'Ouest-de-l'Île qui souhaitent la déconstruction de l’État du Québec avec les conséquences désastreuses à venir relativement à la santé et à l’éducation publiques.

      En fait le problème n’est pas l’«austérité» ni la «rigueur budgétaire», peu importe le terme utilité. Ces mots ne sont d’ailleurs que des faux fuyants. Ce qui est tragique, c’est ce que j’appelle la «déconstruction» de l’État du Québec qui est le véritable but du gouvernement Couillard et tous ceux qui l’appuient.

      Cessons d’être obnubilés par les termes «austérité» et «rigueur». Ce que veulent les anglophones de «The Gazette», le Conseil du patronat et les membres des Chambres de commerce, même les chroniqueurs des médias, c’est la déconstruction de l’État, le démantèlement des services de garde, le démantèlement de l’école et de la santé publique.

      Bernard Dupuis, 06/04/2014

  • Normand Carrier - Abonné 4 avril 2015 07 h 04

    Les fausses promesses ...

    En 2003 , Jean Charest s'était fait élire sous de fausses promesses en ne mentionnant pas sa ré-ingénierie de l'état durant la campagne électorale pour en faire son cheval de bataille six mois après son élection .... Les électeurs lui avaient signalé qu'ils n'avaient pas voté pour cela pour le faire reculer la queue entre les deux jambes ....
    L'analogie avec l'élection de gouvernement Couillard est la même lorsqu'il parlait des <vrais affaires> en affirmant que que le déficit zéro serait atteint sans augmentations de taxes , d'impôts , de tarifications de services et de diminutions de services a la population ....
    Aujourd'hui , les contribuables se retrouvent a payer près de $2000. de plus en frais de toutes sortes depuis leur élection , il y a un an , pour constater que le carnage en éducation et en santé ne fait que commencer ....
    Les libéraux sont des manipulateurs pathologiques qui sont près a toutes promesses irresponsables et mensongères pour se faire élire .... Si le PQ ferait une fraction de ces manipulations , on l'aurait répudié ....

  • Bernard Terreault - Abonné 4 avril 2015 07 h 21

    Austérité

    Avant les prochaines élections, il n'y aura plus d'austérité, rien que des cadeaux et des promesses.

  • François Dugal - Inscrit 4 avril 2015 07 h 52

    Le parcours

    Le parcours de notre premier ministre passe par le comité de surveillance du SCRS (désigné par nul autre qu'Arthur Porter) et la pratique médicale en Arabie Saoudite.
    Ben coudonc ...