L’avis du ministre

Nous sommes donc encore aux prises avec un ministre de l’Éducation qui dit des bêtises, ou qui acquiesce par son silence à celles qu’il entend. L’entrevue que le ministre François Blais a accordée à Radio X à Québec avait en effet pour point de départ une mise en contexte limpide de la part de l’animateur : « Il y a encore des crottés qui bloquent les portes de l’UQAM. » Le ministre n’a pas protesté, en a rajouté, en bon papa-a-raison qui fait la leçon aux marmots qui osent faire la grève. Affligeant.

Mais pendant que cette controverse soulevait, à bon droit, l’indignation, le nouveau ministre prononçait d’autres propos tout aussi édifiants à l’Assemblée nationale.

Le Devoir révélait mercredi que finalement, les écoles primaires et secondaires avaient bel et bien acheté moins de livres au cours de l’année écoulée, concrétisant les mots devenus célèbres de l’ex-ministre Yves Bolduc : « Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça. »

Les ministres changent, les mots aussi, mais le fond de la pensée reste le même. Interpellé à ce sujet lors de la période de questions, M. Blais s’est ainsi lancé : « Avant de parler de livres, je veux vous parler de lecture. » Et il n’a plus été question que de cet amour de la lecture, et du fait que « les livres, c’est un moyen, la lecture, c’est la fin », et de cette commande passée aux fonctionnaires de son ministère : il faut qu’à l’école, les enfants lisent au moins 15 minutes par jour.

Encore faut-il qu’il y ait des livres, a insisté l’opposition. Ah ! Les livres, oui, bien sûr, mais la lecture encore plus, a répondu le ministre, tout à sa démonstration éthérée. Il a quand même fini par revenir sur terre et affirmer qu’il va aller aux nouvelles, mais que les commissions scolaires ont encore trois mois avant la fin de leur année financière pour se reprendre.

Quelle manière de noyer le poisson (d’avril). Déjà, en septembre dernier, quand le ministre Bolduc avait finalement incité les écoles à maintenir l’achat de livres, il était trop tard car les budgets adoptés ne pouvaient être modifiés. Les commissions scolaires avaient fait leurs choix et dans cet univers de coupes, elles avaient décidé que sacrifier le livre était « la décision la moins pire », comme elles le disent aujourd’hui.

C’est là qu’est le vrai scandale : les ministres passent, mais l’abêtissement général demeure. Il n’y a pas de scrupules à couper en éducation ni à se passer de livres parce qu’au Québec, on accorde peu d’importance à la formation et à l’élévation intellectuelle. L’éducation est un service à gérer comme un autre, particulièrement aux yeux des libéraux : que la prestation soit rendue au moindre coût possible, avec le moins d’embêtements possible. Rouvrir un budget, c’est du trouble, comme affronter des grévistes, comme équiper intelligemment les écoles. Et qui s’en plaindra ? Après tout, ne sont-ils pas des crottés à l’université ?

33 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 1 avril 2015 23 h 25

    La "strap"

    Dans l'ancien temps (mon temps), on ne badinait pas avec la discipline : le châtiment corporel remettait les "crottés" à leur place. Quelques coups de "strap" dans la partie de l'anatomie prévue à cet effet, ça mettait "du plomb dans la tête".
    Cette époque, qui s'appelait "La grande Noirceur", est heureusement révolue. Mais quand on constate avec quelle vigueur les forces policières tapent allègrement sur les étudiants, nous sommes en droit de nous demander si nous avons vraiment fait "un pas en avant".
    Et que dit le ministre? Des niaiseries, comme d'habitude.
    Nous ne sommes collectivement pas sortis de l'auberge.

    • Gaston Meilleur - Abonné 2 avril 2015 09 h 35

      Vraiment ce qu'il ne faut pas entendre.... ou lire... Avec vos sages conseils, nous serions encore à l'âge de pierre... quoi qu'on peut facilement penser que vous y êtes encore.

      Comme si le fait de démontrer son mécontentement n'était qu'un mal nécessaire. À ce que je sache la plupart des mouvements libérateurs sont nés de la contestation.... parlez en aux noirs de du sud des États Unis....

  • Gilles Théberge - Abonné 2 avril 2015 00 h 20

    Vice versa...

    Bolduc en tant que ministre avait la mauvaise habitude de se mettre régulièrement le pied dans la bouche.

    Peut-on dire que bonnet blanc blanc bonnet seul le style a changé? Bolduc le pied dans la bouche, Blais, la bouche dans le pied...?

    Ça promet!

  • Michel Lebel - Abonné 2 avril 2015 02 h 21

    L'indignation sélective!

    Peindre les ministres libéraux comme une bande d'abrutis, c'est de bonne guerre dans certains milieux. Vanter le mérites de l'éducation, tout en se souciant peu des effets d'une "grève sociale" de deux semaines et plus sur la qualité même de l'éducation, c'est ausi de bonne guerre! Bloquer l'accès aux universités par des gens masqués, ce n'est pas grave non plus...! Oui! L'indignation est bien sélective dans certains milieux! Ainsi va un certain Québec où un sain jugement a tout simplement foutu le camp.


    Michel Lebel

    • François Dugal - Inscrit 2 avril 2015 08 h 39

      En parlant d'indignation sélective, vous oubliez les forces policières qui tirent les étudiants au visage à bout portant, monsieur Lebel.

    • Bernard Plante - Abonné 2 avril 2015 09 h 26

      Il faut croire que l'indignation est aussi sélective que vos exemples.

    • Pierre Hélie - Inscrit 2 avril 2015 09 h 35

      Les libéraux ne se soucient pas de la qualité de l'éducation, mais plutôt de sa quantité. Comme pour tout le reste, la vie pour eux ne peut se voir qu'à travers un filtre comptable; ce qu'on veut former, ce ne sont pas des citoyens intelligents (i.e. qui réfléchissent, pas seulement qui font leur médecine à 16 ans) mais des clients dociles qui iront gonfler les rangs des consommateurs béats. J'ai des réticences en voyant certains agissements de certains étudiants et je n'endosse certainement pas tous leurs propos, mais la bêtise et l'inhumanité généralisée de ce gouvernement est telle qu'ils ont pour moi perdu toute légitimité de gouverner.

    • Gaston Meilleur - Abonné 2 avril 2015 09 h 36

      Les ministres libéraux n'ont pas de besoin de nous pour se peindre en idiot...

    • André Nadon - Inscrit 2 avril 2015 09 h 53

      Qu'ils soient ministres libéraux ou chef de parti comme Legault, s'ils se comportent comme des abrutis, c'est qu'ils sont des abrutis.
      Vanter les mérites de l'éducation et sa priorité et budgéter 0.02% d'augmentation, alors que les coûts du système sont, au minimum de 3%, c'est mentir à la population, c'est de bonne guerre.
      Se cacher la figure avec une cagoule en étant armé jusqu'aux dents pour matraquer les étudiants, soi-disant pour les contrôler, ce n’est pas grave.
      Élire des politiciens sans jugement, ce n’est pas grave.
      Ce qui est grave, c'est continuer d'appuyer ces politiciens malgré leur manque de jugement flagrant plutôt qu'essayer de les raisonner, sous prétexte de protéger l'autorité.
      Gare à vous, citoyens, si vous ébranlez les colonnes du temple!

    • Michel Lebel - Abonné 2 avril 2015 10 h 17

      @ Bernard Plante

      Un peu de sérieux ou mieux vaut plutôt clore le débat au "pays" où tous doivent penser pareil!

      M.L.

  • Raymond Chalifoux - Inscrit 2 avril 2015 05 h 40

    Le syndrome dit de "la dorsale du nourrisson"...

    Les politiques du Parti Libéral en matière d’éducation sont telles… que l’on constate fréquemment chez les candidats à qui échoit la tâche de Ministrer l'affaire, l’apparition de symptômes liés au syndrome dit de « la dorsale du nourrisson », aussi appelé « savatophagie compulsive »; une affection qui pousse la personne atteinte à se foutre à qui mieux-mieux les pieds dans la bouche.

    Les manifestations observées chez les personnes atteintes sont la hausse subite de tension artérielle, l’empourprement du fasciés, le bégaiement, la dénégation, le besoin irrésistible de se dédire, et dans les cas extrêmes, une agoraphobie telle que le besoin d’isolement et de solitude du patient le pousse à renoncer à ses fonctions…

  • Gilles Delisle - Inscrit 2 avril 2015 06 h 39

    " Les ministres passent,, mais l'abêtissement général demeure!"

    Je pense que tout est dit avec cette phrase, Mme Boileau. D'un ministre de l'Education à un autre, déjà, on cherche la différence. Il avait suffit d'une moquerie malheureuse de Charest au Centre des Congrès de Montréal, pour raviver la flamme étudiante. L'ex-ministre Bolduc, avec ses innombrables gaffes fut le champion de la bêtise ministérielle. Maintenant, le "petit nouveau" de l'Education se présentait bien à ses débuts, il y a quelques semaines à peine, mais le voilà à dire encore des bêtises sur les étudiants, qui pourraient bien fouetter encore plus ces derniers. L'idée d'aller rencontrer des gens d'une radio-poubelle de Québec prouve un manque de discernement et de jugement évident.