Le «marché»

Ainsi, le président démissionnaire d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, pourra toucher, à partir de 55 ans, une rente annuelle indexée de 452 402 $. S’il décidait de la toucher entre 55 et 65 ans, certaines pénalités viendraient amoindrir ce montant. Attristant. Heureusement, dès cette année, il touchera une allocation de départ de 565 503 $.

Au commun des contribuables, frappé par une hausse du coût de l’électricité, qui se fait dire quotidiennement que les retraites à prestation déterminée, « c’est du passé » , et qui a suivi cet automne le débat sur la loi 3 au sujet des retraites « exorbitantes » des petits travailleurs des villes, ce traitement d’un p.-d.g. de société — et monopole — d’État apparaîtra gargantuesque. Il sera peut-être même tenté de se mettre en colère. Il ne faudrait surtout pas.

Non, car, voyez-vous, les p.-d.g. sont faits d’une autre argile que le commun des contribuables. C’est, vous expliqueront les experts du monde des affaires, le « marché » qui définit les règles. Et si le ministre Pierre Arcand révise le traitement du p.-d.g. d’Hydro au mépris des règles du marché, aucune personne de qualité ne voudra de cet emploi. S’en rend-on compte ?

Ce marché, qui l’établit ? Les p.-d.g. entre eux, voyons. Ceux qui ont la chance de s’entre-nommer ici et là, à des conseils d’administration au sein desquels on invente toujours plus de règles avantageuses et opaques pour… les p.-d.g.

Prenez Michael Sabia. Le « marché » a dicté qu’à son départ de BCE, en 2008, il avait droit à une cagnotte de quelque 20,9 millions de dollars en salaires et primes spéciales. Sans compter les options d’achats. Depuis qu’il a 55 ans, il touche une rente d'un peu plus d'un million par année. Malgré les règles du marché, M. Sabia, à son entrée à la Caisse de dépôt, a annoncé qu’il renonçait à une éventuelle indemnité de départ, mais aussi à une éventuelle rente de retraite (235 000 $ annuellement). Décision (contraire aux règles du « marché » !) qualifiée d’« altruiste » et de « généreuse » par le président du conseil de la Caisse.

Après, on s’étonnera qu’en plus de son salaire de pee-wee (aux yeux du marché), le p.-d.g. d’Hydro se voie fournir « pour son usage personnel et professionnel, une automobile d’une marque et d’une catégorie convenant à son poste » (décret de nomination de M. Vandal). Hydro lui paie aussi « les frais d’adhésion et les cotisations annuelles […] à un cercle de gens d’affaires de son choix ». Tout p.-d.g peut ainsi rester en contact avec le « marché ».

*Ce texte a été modifié après publication.

47 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 31 mars 2015 07 h 12

    Petits hommes

    Le marché ne prends pas de décision; ce sont des hommes qui les prennent.
    Les p.-d.g cherchent à aligner leurs revenus sur ceux des lanceurs de balles et les pousseux de rondelles.Où est l'erreur? Continuons de remplir les stades.*Panis et circences*

    • Jean-Marc Simard - Inscrit 31 mars 2015 08 h 59

      Vous avez bien raison ! Ces nombreux égos qui s'encensent eux-mêmes sont petits, très petits même...Tous les thierry qui vandalisent ce monde aiment bien resserrer les chaînes qui nous esclavagisent...Ainsi ils se donnent l'impression d'avoir de la personnalité...L'avoir n'a jamais fabriqué un Être...Le savent-ils ? Une rééducation humaniste s'impose à tous ces néo-capitalistes qui nous dirigent, afin de freiner cette course maladive à la possession de biens qui n'appartiennent qu'à la collectivité...Une révolution s'impose...

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 31 mars 2015 10 h 33

      La rééducation?...mais c'est plutôt une révolte qui s'impose!

    • Bernard Plante - Abonné 31 mars 2015 14 h 23

      La cause de ce "marché" provient d'une théorie économique des organisations qui se nomme la théorie de l'agence. Le problème est que cette théorie et sa théorie sœur, la théorie des coûts de transactions, ont servi de modèle à la mondialisation.

      À elles seules ces deux théories expliquent le monde dans lequel nous vivons. Pour le meilleur et pour le pire.

    • Claude Bernard - Abonné 31 mars 2015 20 h 21

      Le marché des PDG est arrangé à nos dépends, celui des retraites des fonctionnaires aussi.
      Quand on ¨négocie ¨ avec l'argent des autres et dans leur dos, il n'y a pas de limites aux avantages à nul autre pareil.
      Il faut trouver une solution à ces folies.

    • Sylvain Rivest - Inscrit 31 mars 2015 23 h 14

      M. Claude Bernard,

      Pourquoi vous dites que la retraite des fonctionnaires est arrangée à vos dépend? Les fonctionnaires ont des salaires beaucoup moins élevé pour le même travail qu'au privé. De plus, ils paient sur leur salaire des cotisations tout au long de leur carrière. Le fonctionnaire fait parti de l'état. C'est une composante que l'ont doit assumé en tant que population pour avoir des services. C'est services ont donc un coup qui toujours bien été assumé. Cependant depuis des années le gouvernement fait tout pour se priver de revenu en baissant les impôts des entreprises de différente façons. Il ne faut pas confondre les hauts fonctionnaires et ceux que le peuple aime bien haïr. Depuis des années les fonctionnaires se font taper dessus et n'ont jamais d'augmentation de salaire. En plus, de ne pas être valoriser dans leur travail leur charge augmente.

      Ce que dit m. coiteux est abominable lorsqu'il prétend être obligé de tranférer les coups du difficite sur la population. En fait, il fait payer les contribuable pour les bonbons qu'il donne au multinational, entreprise, ami du parti comme m. vandal et c'est hauts fonctionnaires... Bref, il bien vous voir croquer du fcontionnaire, ça change l'attention, vous regardez ailleurs.

      Ils sont bien bons là dedant. distraire!!

  • Michel Lebel - Abonné 31 mars 2015 07 h 20

    Un vrai débat de valeurs!

    Dans un monde idéal, nous aurions tous le même salaire. Mais ce monde n'existe pas et sans doute il est mieux qu'il ne soit pas, car garantissant une médiocrité certaine: voir le résulat des pays socialistes! C'est un débat sans fin, cette question des salaires: un vrai débat de valeurs! Du traitement de P.K. à Sabia à Vandal à la serveuse de restaurant... Un débat qui ne peut qu'alimenter envie, indignation, et ressentiment. Un mélange explosif!


    M.L.

    • François Dugal - Inscrit 31 mars 2015 09 h 13

      Combien "vaut" un enseignant, monsieur Lebel?
      Ceci dit, il y a des pays "socialiste" qui s'en sortent assez merci.

    • Sylvain Rivest - Inscrit 31 mars 2015 09 h 44

      Bref, il faut s'écraser et faire le tapis?
      Qui vous dit qu’à salaire égale cela garantirait la médiocrité?
      D'où vous viennent vos statistiques sur le résultat des pays socialistes? Est-ce que les USA sont un pays socialiste? Et l'Angleterre, l’Allemagne? Pourtant j'y vois beaucoup de médiocrité et surtout beaucoup de pauvreté. Allez-vous faire soigner à Cuba et vous me parlerai de médiocrité et de communiste…
      La médiocrité nous vient d’un manque d’intérêt. Lorsque l’on fait un métier qui nous plait pas parce, qu’on n’a pas le talent et qu’en plus on vit dans un monde inéquitable la passion pour ce qu’on fait ne vient pas. Bref, ça n’a rien avoir avec le salaire.
      Tout le monde peut développer une passion et tout le monde a du talent. Cependant, nous vivons dans un monde qui, aveuglé par le pouvoir, préfère valoriser l’argent au détriment de l’être humain, la vie. Si vous aviez eu la possibilité d’étudier un métier qui vous tenait à cœur et dont vous aviez le talent naturel cela vous valoriserait grandement parce que vous excelleriez comme nul autre. Et avec ça on vous donnerait tout ce qu’il vous est nécessaire, nourriture, vêtements, logement, divertissement, possibilité de voyager… Vous préfèreriez la médiocrité? Vraiment?
      Nos valeurs et politiques jettent au rebus des milliards de gens dans la rue. Nous gaspillons une ressource humaine inestimable. Parmi ces gens qui crèvent de faim ou qui sont torturés et tués par nos guerres dans le monde combien d’après vous ont tout ce qu’il faut pour inventer un médicament inattendu, faire des gestionnaires de grande qualité, ou encore qui ont la capacité de trouver la solution à des problèmes qui nous semblent insolubles?

    • Patrick Boulanger - Abonné 31 mars 2015 09 h 47

      Et quelle est votre position sur ce " débat de valeurs " M. Lebel? En lisant votre commentaire, j'ai l'impression que vous êtes assez d'accord avec se qui se passe actuellement.

    • Sylvain Auclair - Abonné 31 mars 2015 10 h 05

      C'est ce qu'on appelle le sophisme du faux dilemme, parce qu'il y a tout un monde entre «tout le monde au même salaire» et l'explosion des écarts à laquelle on assiste actuellement.

    • Clermont Domingue - Abonné 31 mars 2015 11 h 19

      Monsieur Lebel, j'aime vos propos de ce matin.Vous parlez de la conversion des coeurs. Cela prend du temps et ça comporte des risques qu'il faut accepter.
      Il y a très longtemps, un nommé Jésus-Christ a chassé les voleurs du Temple de Jérusalem. On sait comment son histoire a fini.Il a pris des risques et en a assumé les conséquences...Vous rappelez-vous que la foule l'avait porté en triomphe peu de temps auparavant?
      Si on peut tirer une leçon de cette triste histoire,c'est que l' homme de bonne volonté est vite lâché par la foule...
      Est-ce parce que la foule est émotive ou ignorante; ou encore les deux? Quoiqu'il en soit,je serai de la prochaîne manif. La prudence n'exclut pas le risque..

    • Michel Lebel - Abonné 31 mars 2015 11 h 45

      @ MM. Dugal, Rivest, Boulanger et Auclair,

      Pour votre gouverne, lisez ma réflexion au commentaire qui suit de Mme Monique Bisson de Gatineau. Joyeuses Pâques!


      Michel Lebel

  • Serges Tanguay - Inscrit 31 mars 2015 07 h 29

    Un fou dans une poche

    Je ne vois vraiment pas pourquoi il en serait autrement. Les gens n'aiment pas la chicane et ils sont très rapides pour condamner celles et ceux qui protestent énergiquement. Nous le vivons justement dans ce temps-ci. Et nous le vivrons encore plus durant ce printemps qui tarde à venir. Yves Michaud a essayé pendant quelques décennies de réveiller les amorphes qui se font allégrement fourrés. Face à l'indifférence des gens, il a du conclure que les béats étaient contents de planer dans l'éther des soumis. Les P.D.G. de ce monde savent trop bien que le '' monde '' va se contenter de protestations de salon en réaction à leurs excès tout à fait immoraux. Alors, pourquoi se priver? Un fou dans une poche

    • François Dugal - Inscrit 31 mars 2015 09 h 15

      Bien dit, monsieur Tanguay.

  • Gilles Delisle - Abonné 31 mars 2015 07 h 36

    Pour combien d'années de service?

    Tout le monde doit faire sa part, qu'ils disaient! Et certains se demandent encore pourquoi il y a des étudiants dans la rue presque à tous les soirs! Certains commentateurs ont dit qu'ils n'avaient pas de but précis pour manifester, qu'ils ne savent même pas ce qu'ils veulent etc.etc.etc.! Pourtant, depuis bientôt un an, nos gouvernants ont frappé tout le monde en même temps, les garderies, le milieu scolaire, le milieu universitaire, les services de santé, les personnes âgées, les travailleurs des municipalités, les policiers qui eux, frappent ceux qui ne veulent pas entrer dans le moule etc. Alors, des gens dans la rue, il risque d'y en avoir de plus en plus, comme cela avait commencé en 2012! Mais , on ne risque pas de voir dans la rue des Vandal!

  • Bernard Terreault - Abonné 31 mars 2015 07 h 59

    M. Coiteux l'a dit

    Nous devons TOUS nous serrer la ceinture, c'est pourquoi M. Vandal n'a pas obtenu un million par année. Nous devons aussi être reconnaissant à M. Vandal, non seulement d'avoir dirigé Hydro pas pire qu'un autre, mais aussi, plus important, dirigé auparavant l'aile jeunesse du Parti Libéral du Québec. Ça aussi, ça compte.

    • Sylvain Auclair - Abonné 31 mars 2015 10 h 06

      Ouf! On l'a échappé belle!