Pris pour cible

Vendredi, la ministre de la Sécurité publique, Lise Thériault, se disait « troublée » par les images montrant un policier tirant du gaz à bout portant au visage d’une manifestante à Québec, la blessant grièvement. Mme Thériault ne montrait pourtant pas tant d’émotion il y a quelques mois, alors qu’un rapport mettait le doigt sur de tels dérapages, en soulignant de surcroît le danger, si rien n’était fait, qu’ils se reproduisent de nouveau. On en est là, et il devient impérieux de corriger le tir.

Le volumineux rapport de la Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012, présidée par Serge Ménard, contient un examen poussé des méthodes d’intervention policière. Prenant en compte différents éléments (dont la provocation de manifestants), il énonce des propositions précises, et précieuses, en matière de contrôle de foule par les services de police.

Comment la ministre Thériault avait-elle accueilli le tout à sa publication en mai dernier : « Je ne me sens pas concernée par le rapport Ménard, mais pas du tout ! […] Il s’agit d’une réponse politique à une commande politique. »

Elle s’était particulièrement moquée des recommandations sur les armes intermédiaires (que sont les gaz lacrymogènes ou le poivre de Cayenne). Le rapport Ménard n’y allait pourtant que de considérations de base : avant d’utiliser des irritants chimiques, il faut « s’assurer que les manifestants ont une voie de sortie et qu’ils ont l’occasion et le temps de quitter pour éviter d’être gazés ». Il faut aussi que la force utilisée par les policiers, qui sont eux lourdement armés, soit proportionnelle à la menace. À Québec, des confettis ont été lancés aux policiers et des jeunes ont fait un pas de trop : c’est donc assez pour que des agents bien équipés et bien protégés perdent les pédales ?

L’incident de Québec se situe dans un continuum d’intolérance envers les étudiants. En 2012, la confrontation entre les policiers et les manifestants s’était envenimée au fil des événements. En 2015, l’arsenal policier se déploie à chacune des manifestations, pourtant menées sous le signe du pacifisme. Dérangeantes, oui, menaçantes, non. L’encadrement serré par des policiers casqués, les sirènes qu’on déclenche, les hélicoptères, la cavalerie en attente : voilà ce qui fait peur et suscite des réactions.

Ce sont les fauteurs de troubles qu’il faut cibler, disait le rapport Ménard. On fait exactement le contraire et on s’y enfonce, sous les applaudissements inconscients de certaines autorités : tous les étudiants manifestants sont pris pour cible, sans égard à ce qu’ils font, simplement pour ce qu’ils sont. Interdit de manifester parce qu’on a 20 ans, c’est quand même le monde à l’envers ! C’est dire si celui-ci va mal et qu’il faut se réveiller.

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