L’esprit Bolduc

Yves Bolduc avait, à ses premiers pas comme ministre de l’Éducation, provoqué une levée de boucliers en annonçant un gel du budget d’acquisition de livres pour les bibliothèques scolaires. On se souviendra de cette déclaration : « Il n’y a pas un enfant qui va mourir de ça et qui va s’empêcher de lire, parce qu’il existe déjà des livres [dans les bibliothèques]. »

Martin Coiteux n’a pas la spontanéité de son ancien collègue. Mais en annonçant jeudi que les universités devront absorber de nouvelles compressions de 103 millions, il aurait pu lui aussi nous dire qu’« il n’y a pas un étudiant qui va mourir de ça ». Car, le fond de la pensée du président du Conseil du trésor, comme de l’ensemble du gouvernement Couillard, est bien cela.

Pour celui qui manie le couperet, il n’y a jamais rien de dramatique dans les compressions. Bien sûr, les universités vont survivre. Bien sûr, les étudiants pourront toujours choisir un autre cours si celui qu’ils souhaitaient suivre disparaît faute de budget. Le principe vaut sans doute pour le niveau collégial, dont le budget est réduit de 21 millions, de même que pour les niveaux d’enseignement primaire et secondaire, qui perdent 350 millions.

Sauf que les compressions s’additionnent. Pour les universités, ces nouvelles coupes de 103 millions décrétées par Martin Coiteux s’ajoutent aux précédentes compressions de 204 millions qui avaient amené les universités à réduire le nombre de leurs cours, le nombre de leurs professeurs, les budgets de recherche. Oui, l’université va survivre, mais elle sortira affaiblie du processus. Elle prendra du retard. Ne croyons surtout pas le président du Conseil du trésor quand il dit qu’une fois l’équilibre budgétaire rétabli, la croissance des budgets reprendra. Ce qui aura été perdu ne reviendra pas.

Il y a tout de même quelque chose de difficile à comprendre dans tout cela. Il y a trois ans, tous s’entendaient sur la nécessité de réinvestir dans les universités, qui depuis 20 ans dénonçaient le sous-financement qui nuit à leur développement. Puis, tout à coup, tout est oublié. Si l’avenir du pays passe par l’éducation, ce que répètent ad nauseam tous les politiciens lors des élections, que sera donc cet avenir ? Avec une hausse de budget de 0,2 %, le ministère de l’Éducation entre dans une période de décroissance dont les effets se feront sentir à long terme.

Selon Martin Coiteux, l’effort fourni pour retrouver l’équilibre budgétaire vise à libérer les jeunes des déficits creusés par les générations précédentes. Noble intention, mais entre-temps, il les place au coeur de l’effort demandé. Ce sont eux qui seront les victimes de la dégradation de l’université. Mais soyons rassurés. Le Dr Bolduc nous l’a dit, ils n’en mourront pas.

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16 commentaires
  • Normand Carrier - Inscrit 28 mars 2015 07 h 04

    Les propos fallacieux de Coiteux ....

    Martin Coiteux est un idéologue doctrinaire qui est convaincu qu'il n'y a pas de limites aux coupures dans le public car ceux qui ne seront pas satisfaits du service public n'auront qu'a aller payer de leurs deniers dans le privé .... Comme cela , il fait ce qu'il a toujours désiré , affaiblir le public , démolir l'état et et favoriser la croissance du secteur privé ....

    Mais lorsqu'il affirme que son gouvernement fait toutes ces coupures pour les jeunes il est carrément démagogue et fallacieux car l'avenir des jeunes se jouent maintenant par la qualité de leur éducation et du financement nécessaire pour leurs études qui est le gage de succès pour leur avenir .... Tous les propos et les écrits de Coiteux vont dans le sens du démantèlement de l'état et de laisser le plus de place a l'entreprise privée ce qui en fait un être dangereux pour le Québec .....

  • Jean Lapointe - Abonné 28 mars 2015 07 h 38

    Pour lui c'est pas gravve.

    «Pour celui qui manie le couperet, il n’y a jamais rien de dramatique dans les compressions.» (Bernard Descôteaux)

    On dirait que Martin Coiteux ne se pose même pas de questions sur les conséquences que peuvent avoir les coupes qui sont faites dans certains domaines dont l'éducation.

    On dirait que pour lui tous les domaines s'équivalent. Il n' y en a aucun qui soit plus important que les autres.

    On dirait que pour lui tout ce qui importe c'est qu'il n'y ait plus déficit. Rien d'autre n'a vraiment d'importance.

    Cet individu m'apparaît comme étant quelqu'un de totalement irresponsable.

    Mais quelles peuvent bien être ses valeurs? Quelles peuvent bien être ses motivations? Comment peut-on être aussi inconscient?

  • François Laflamme - Abonné 28 mars 2015 07 h 47

    Expliquez-moi s.v.p.

    Comment se peut-il qu'avec une hausse de budget de 0,2% en éducation, tous les réseaux doivent assumer des compressions (103 millions pour les universités, 21 millions au collégial et 350 millions au primaire/secondaire)? Ne devraient-ils pas avoir une augmentation (famélique) d'en moyenne 0,2% (ce qui les forcerait quand même à se serrer la ceinture puisque c'est plus faible que l'inflation)?

    Ces chiffres laissent croire que le ministère s'accapare entièrement l'augmentation (en plus d'aller piger 474 millions dans les budgets de ses résaux. Si c'est le cas, ça démontre bien l'incompétence du gouvernement (qui coupe dans les services plutôt que dans la bureaucratie, contrairement à ce qu'il prétend).

    • . Syndicat Des Enseignants - Abonné 28 mars 2015 12 h 32

      L'augmentation des coûts de système est loin d'être couvert par cette augmentation des dépenses.

  • François Dugal - Inscrit 28 mars 2015 07 h 56

    Une source

    Une source digne de foi et généralement bien informée m'a rapporté l'anecdote suivante. Un grand Cégep de la région de Montréal fait, depuis des décennies, l'évaluation des nouvelles cohortes qui se présentent à ses portes pour aider à la formation des groupes.
    Pour ce faire, ce Cégep fait passer, entre autres, un test de compréhension de texte. Or, pour la premiére fois à la session Automne 2015, certains élèves ont eu la mention "zéro" à cet examen. Cela revient à dire qu'ils sont des analphabètes fonctionnels dûment diplômés.
    Les coupures en éducation ont déjà fait effet et ce qui nous attends est encore pire. Monsieur le ministre de l'éducation est totalement indifférent à cette situation.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 28 mars 2015 08 h 06

    Le surplus caché de 1,3 milliards$

    Le budget "équilibré" du gouvernement Couillard est en fait un budget excédentaire de 1,3 milliards$ puisqu'il tient compte d'un versement de 1,3 milliards$ au Fonds des générations.

    Un tel fond est normalement créé par des gouvernement qui ont des excédents budgétaires (la Norvège, et l'Alberta, jusqu'à l'an dernier).

    Ici, au Québec, l'État coupe plus qu'il ne faut afin de pouvoir spéculer à la bourse avec l'argent des contribuables.

    Le principe est de s'endetter un peu plus afin de profiter de la bulle spéculative actuelle des marchés financiers. Comme la croissance boursière est supérieure au taux d'emprunt du Québec, on spécule dans l'espoir que cela rapportera davantage que l'intérêt sur la dette contractée... sauf si cette bulle spéculative éclate, comme cela est arrivée en 2007-2008 (où le fonds a perdu une bonne partie de sa valeur).

    La stabilité de la justice sociale cède dont le pas à l'incertitude de cupidité étatique, calquée sur la cupidité du capitalisme triomphant.