Quel prix pour l’équilibre?

Comme prévu, le deuxième budget du ministre des Finances, Carlos Leitão, respecte l’engagement du gouvernement Couillard d’équilibrer les comptes cette année. On peut s’en réjouir, mais à moins d’avoir trouvé une recette miraculeuse pour rendre les services essentiels, il est de plus en plus difficile de croire que la qualité n’en souffrira pas.

En atteignant le déficit zéro en 2015-2016, le gouvernement Couillard respecte l’échéance fixée avant lui par le gouvernement Marois. Il aura donc fallu sept ans pour revenir à l’équilibre budgétaire duquel on s’était éloigné au moment de la Grande Récession.

Depuis 2009, la dette brute du Québec est passée de 163 à 206 milliards malgré les 6 milliards versés au Fonds des générations. C’est une augmentation de 26 % causée en partie par l’accumulation des déficits annuels, mais surtout par les 28 milliards d’emprunts supplémentaires contractés pour investir dans les infrastructures.

Voilà d’ailleurs une des raisons les plus importantes d’éliminer les déficits en période de croissance d’un cycle économique : le Québec, qui consacre chaque année 10,5 milliards aux seuls intérêts sur sa dette, doit équilibrer ses dépenses et ses revenus courants s’il veut continuer d’emprunter pour investir au même rythme dans ses infrastructures.

Cela dit, est-il humainement possible de comprimer les dépenses en deçà de la croissance des « coûts de système » des organisations sans nuire gravement à la qualité des services ? En santé, le même gouvernement Couillard a eu besoin d’une augmentation de 4,2 % cette année et promet pourtant de ramener ce taux à 1,4 % l’an prochain. Affolant !

En éducation, il entend se contenter de 0,2 % comparativement à 1,6 % cette année et à plus de 3 % les années précédentes. Stupéfiant ! Qui croira cela possible sans une détérioration des services aux élèves en difficulté ? Et comment croire que les commissions scolaires ne se tourneront pas une fois de plus vers la taxation locale pour trouver les fonds nécessaires à l’entretien des écoles tant négligé depuis si longtemps ? N’aurait-il pas été plus sage de réduire la contribution au Fonds des générations en échange du déficit zéro pour cette année ?

Ce deuxième budget Leitão s’éloigne de la tradition qui veut que les ministres des Finances du Québec aiment bien créer chaque année des dizaines de nouvelles mesures à cinq cents, et c’est tant mieux. Rigueur oblige, une poignée seulement de ces mesures ont été annoncées, dont la plupart ne prendront effet que plus tard. Ainsi en est-il de la taxe santé, dont l’abolition n’est prévue que progressivement à partir de 2017.

Pour 2015-2016, les mesures ne totalisent que 121 millions sur des dépenses de presque 100 milliards$ ! Ce qui amène l’opposition à affirmer que ce budget ne fera rien pour stimuler l’économie.

Pour le gouvernement Couillard, il s’agit, en effet, d’un parti pris de neutralité auquel on ne nous avait pas habitués au Québec. Cette orientation adoptée par l’équipe économique libérale s’apparente davantage à celle du gouvernement conservateur au pouvoir à Ottawa qu’à celle du Parti libéral du Québec que nous avons connu par le passé.

Les milieux d’affaires applaudissent. Les syndicats et les groupes sociaux condamnent. La réalité ne tardera pas à nous dire si l’économie du Québec et la qualité des services offerts à la population s’en porteront mieux.

17 commentaires
  • Sylvain Rivest - Inscrit 27 mars 2015 06 h 22

    rien ne se crée, rien ne se perd...

    Il n'y a pas de déficit zéro! Car ce déficits créé par ceux comme Couillard, Desmarais, snc Lavalin, Bombardier..., qui mettent leur argent dans des paradis fiscaux, a été tout simplement distribué aux gens honnêtes.

    Avec la droite crasse et malhonnête nous, le peuple, payons pour que les riches puissent s'enrichir d'avantage. Finalement, la commission Charbonneau nous a rien appris et au final on aura engraisser des juges et des avocats. En plus, d'avoir redonner accès au pouvoir à des gens malhonnêtes.

  • Gaston Bourdages - Inscrit 27 mars 2015 06 h 52

    Aucune compétence je n'ai pour émettre...

    ...un commentaire sur la partie «chiffres, incidences, conséquences...» et ce qui en découle.
    Une question à deux volets, ceux-ci empruntés à monsieur Alexandre Cloutier. S'agit-il d'un budget planifié, organisé, dirigé, contrôlé par des gens incarnant: «Justice sociale et justice fiscale» ? Quatre «gros» mots que ceux-ci dans un univers néolibéral?
    Au fond des fonds... qui en tirera avantages?
    Je n'ose parler de désavantages...faute d'incompétences.
    Gaston Bourdages,
    Auteur.

  • Normand Carrier - Inscrit 27 mars 2015 07 h 05

    Vers une Harperisation des services ...

    Qui aurait dit que le modèle de Couillard serait l'inéfable Stephen Harper et son modèle économique de couper dans tout ce qui bouge .... Le drame se trouve dans le type de coupures pour nous dont celles en santé et en éducation qui auront un impact majeur sur la qualité de vie des citoyens ..... La santé et l'éducation sont au coeur des préoccupations quotidiennes des citoyens et touchent tout le monde sans exceptions ....

  • Clermont Domingue - Abonné 27 mars 2015 07 h 07

    Dette et intérèts

    *le Québec,qui consacre chaque années 10,5 milliards aux seules intérêts sur sa dette, doit équilibrer ses dépenses et ses revenus courants s'il veut continuer d'emprunter pour investir au même rythme dans ses infrastructure*
    Se peut-il que les intérêts payés sur ces emprunts aillent aux institutions finacières?
    Se pourrait-il que les institutions financières soient sous l'autorité du gouvernement et qu'elles soient tenues de verser une ristourne à l'Etat comme le fait Hydro Québec?
    En créant cette nouvelle réalité, les intérêts payés pour les infrastructures reviendraient en partie au peuple au lieu d'aller uniquement aux plus riches.Ne pourrait-on pas ainsi maintenir nos programmes?
    Nous sommes à l'ère du numérique. Nos machines sont plus productives.Nos esprits doivent être moins conventionnels...

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 mars 2015 09 h 40

      La plupart de ces intérêts vont au prêteurs, qui sont souvent dees fonds de retraite, ou même des investisseurs individuels (vous avez entendu parler des obligations d'éparge du Québec? Eh bien, c'est une manière pour le gouvernement d'emprunter de l'argent).

      Et d'ailleurs, même les banques paient des intérêts sur les dépôts...

    • Benoit Toupin - Abonné 27 mars 2015 14 h 01

      La très grande majorité de la dette est domestique; donc la très grande majorité des intérêts versés le sont chez-nous. La dette résulte de 2 composantes les déficits passés et les investissements en infrastructures et autres. Et même dans les déficits passés, il y a une part d'investissements potentiellement rentables; à titre d'exemple, les services de garde, l'éducation, etc.

      Mettre trop d'importance à la dette sans regarder ce qu'elle est, peut servir une malsaine propagande pour faire accepter un ratatinement de l'État et laisser plus de place au privé. Mais le privé n'est pas gratuit, loin de là; il peut en coûter plus que les impôts et la solidaridé des programmes sociaux n'est plus là pour en assurer une certaine universalité.

      L'État doit savoir faire des investissements judicieux pour bâtir une société solide et prospère. Oui à l'équilibre budgétaire mais pas au détriment de ceux qui se lèvent chaque matin pour soutenir l'économie du Québec, pas au détriment de l'éducation de nos jeunes et surtout de ceux qui ont des besoins spéciaux, pas au détriment de la solidarité collective; celle-ci est la plus fiable assurance de notre bien-être. Individuellement nous sommes tous potentiellement vulnérables. Avoir peur d'investir, c'est prendre le risque de dépérir...

  • François Beaulé - Inscrit 27 mars 2015 07 h 39

    Avec ou sans déficit, la dette augmentera

    Puisque les dépenses en infrastructures s'ajoutent à la dette sans être comptabilisées dans les déficits annuels. Il est abusif de nommer ces dépenses «investissement en infrastructures». Quand on procède à la réfection des routes et ponts ou aux très coûteuses reconstructions de l'échangeur Turcot ou du pont Champlain, on n'augmente aucunement la croissance économique à long terme. On crée des emplois pendant la durée des travaux, pas plus. Ce sont des dépenses et non des investissements.

    La dette qui augmente à cause des «dépenses» en infrastructures génère des intérêts supplémentaires qui sont assumés par une diminution des autres dépenses si l'on veut éliminer le déficit.

    De même les «investissements» pour de nouveaux ponts et routes qui servent à l'étalement urbain ne génèrent pas forcément une augmentation de la capacité à produire de la richesse.