Sus aux quotas!

Le ministre Barrette faisait l’horrifié : jamais, au grand jamais il n’a été question que son projet de loi 20, et le règlement afférent, restreigne l’accès à l’avortement ! Mais s’il se voulait rassurant, son projet de règlement (en date de quelques jours à peine) ne l’est pas du tout. Et les caquètements du ministre ne pèsent rien face aux textes.

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, ne souffre ni les critiques ni les contradictions. Il a sa vérité, qu’elle corresponde ou pas aux écrits ; et il n’a cure de répondre à ceux qui, bien renseignés, veulent se faire expliquer précisément ses intentions. Il préfère jaser avec les médecins qu’il connaît « personnellement » et les micros des mêlées de presse.

À cette aune, nous avons donc vu du grand Gaétan Barrette à l’oeuvre mercredi, noyant l’impact possible du projet de loi 20 sur l’accès à l’avortement sous un flot de mots où le mépris pour les « lanceuses » d’alerte, dont Le Devoir (à qui le ministre n’avait pas le temps de parler) aurait eu le tort d’exposer le propos !, se mêlait à des distinguos pour noyer le poisson. Tant pis pour ceux qui se sont laissé prendre à ces filets, mais problème il y a toujours.

Le député caquiste François Paradis l’a fort bien, et simplement, exposé à l’Assemblée nationale : un médecin qui souhaite pratiquer des avortements doit « pouvoir le faire librement et sans contraintes ». Pour garantir l’accès sans se perdre dans les méandres réglementaires, on retire le quota, point.

Le ministre a répondu non, pour des motifs qui évoluaient au fil de la journée. On a eu droit aux données sur les endroits où se pratiquent présentement les avortements au Québec (comme si aujourd’hui était garant de l’avenir) ; au fait que le règlement prévoit une clause de droits acquis (dite « grand-père »), donc que les quotas ne s’appliquent qu’aux nouveaux médecins ; à la précision que le règlement épargne les cliniques de planification familiale ; à l’affirmation que le quota de 504 avortements prévu dans l’ébauche de règlement du 18 mars a déjà doublé.

Et tout ça est écrit où ? Nulle part. Pour le doublement du quota, il faut prêter foi à M. Barrette qui, nous dit-il, a décidé de modifier le chiffre après avoir jasé avec bien du monde de terrain. Ce terrain n’est toutefois pas celui des cliniques d’avortement et des médecins qui les pratiquent puisqu’ils avaient déjà interpellé le ministre sans avoir droit à une réponse.

M. Barrette ajoute que les cliniques de planning sont clairement exemptées des quotas, à l’article 2 du règlement. Et pourtant, elles n’y sont pas ! L’article parle d’activités cliniques en milieu carcéral, en centres jeunesse, en centres de réadaptation, etc., mais pas en centres de planning ou d’avortement. Ils relèveraient donc de la catégorie « autre » ? Bonjour la limpidité !

Le ministre a aussi martelé qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter : son projet de loi ne vise que les nouveaux médecins. Les pros de l’avortement seront protégés par des clauses dites « grand-père ». Et pourtant, inquiétons-nous. L’avortement n’est pas une pratique comme les autres : les médecins ne se précipitent pas pour en faire, et assurer une relève a toujours présenté un défi. Le principe même d’établir un quota est un embêtement inutile pour les jeunes médecins. Le quota est aussi un piège pour les femmes : 504 il y a 10 jours, 1008 demain, 150 ou 200 quand le ministre changera ? Les vents de droite soufflent si fort que rien n’est plus garanti.

Enfin, le ministre peut bien faire l’autruche, dénoncer « des gens qui construisent un drame qui n’existe pas », dire qu’il n’a « aucune espèce d’idée d’où ça sort », il connaissait ces inquiétudes : le mémoire du Conseil du statut de la femme sur le projet de loi 20 en fait précisément état. Assez, donc, des leçons d’interprétation : que le ministre daigne écouter.

19 commentaires
  • Sylvain Bolduc - Inscrit 26 mars 2015 04 h 09

    Lamentable

    Ce grossier personnage est en plus de bouleverser tout le système universel de la santé en un jeu de calcul où nous citoyens devenont des signes de piastres aux yeux des médecins et ce bien malgré eux. Sans parler de toute la complexité des dits calculs pour arriver aux fameux quotas à la fin de l'eannée.

    Et par-dessus tout, il rend les séances de l' Assemblée Nationale en véritable foire où nos enfants de 4 ans en garderie passent pour des génies comparativement aux interventions et commentaires envers les parlementaires d'expérience comme Mme Maltais.

    Ce ministre est indigne de son poste en gaspillant son salaire à même les fonds publics et entache le travail des vrais politiciens.

    Quand on veut parler de gaspillage, on peut dire que les salaire versés aux députés de ce gouvernement en est tout un lorsque l'on entend les stupidités libérales aux séances. ET encore bravo M. Couillard pour le fameux changement de ton à l'Assemblée Nationale que vous promettiez...

  • Gaston Bourdages - Abonné 26 mars 2015 04 h 50

    Auteur de mort...

    ...je m'abstiens de commenter sur le fond de votre article madame Boileau que je remercie pour vous tenir ainsi «debout» devant la personnalité «tracteur» de monsieur le ministre.
    Oui, sur le fond du sujet de l'avortement j'ai commenté dans l'édition d'hier cet article signé par madame Jessica Nadeau intitulé: «L'avortement dans la mire de Barrette».
    Et si monsieur Barrette empruntait, à d'autres politiciens-nes, cette méthode d'annoncer, de choquer puis, en «bon garçon» de reculer pour prouver qu'en effet...il écoûte ? Les libéraux s'appuient certainement sur «quelque chose» apparenté au pouvoir majoritaire pour agir de la sorte. Et que dire de l'opinion populaire majoritaire...en politique et ailleurs, c'est plus que commode, que confortant, que réconfortant. Gardons à l'esprit que nous sommes à une époque d'insécurité néolibérale.
    Gaston Bourdages,
    Auteur.

  • Robert Lauzon - Abonné 26 mars 2015 06 h 54

    Les PLQuistes continuent de ne pas dire la vérité

    Le dicton populaire qui dit: "menteur comme un arracheur de dents" se transforme de plus en plus, suite aux exactions du gouvernement PLQuiste, en: menteur comme un rouge docteur.

    Les docteurs Couillard et Barrette et leurs comparses semblent nous mentir et cacher leurs véritables intentions, ils ont perdu la nécessaire crédibilité pour diriger le Québec.

    Pourtant, s'il le décidait, le Québec peut et mérite beaucoup mieux!

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 mars 2015 08 h 43

    Les gens «bien renseignés»

    et qui lisent attentivement le tableau 4 du document

    http://www.msss.gouv.qc.ca/documentation/salle-de-

    verront que s'il n'y est pas question des lieux où elles sont pratiquées, les IVG sont bien nommées parmi les «activités cliniques majoritairement réalisées hors des établissements, mais pour lesquelles l’inscription de patients n’est pas possible» et non dans les « autre (à déterminer par règlement) ». Ce listing n'est donc pas du tout incompatible avec la protection des cliniques de plannig, même s'il serait en effet opportun de le spécifier, au point que le gouvernement ne manifeste aucune réticence à le réitérer. Aussi « clairement » que certains le voudraient, sans doute pas, chacun ayant ses propres visées, toute légitimes,mais à ne pas confondre.

    Ainsi, si l'hypothèse de maximum d'équivalence est passé de 504 à 1008, il est raisonnable de présumer que cela empêchera que la détermination de quotas (enjeu corporatif pour la FMOQ) ait un impact négatif sur le plein accès aux cliniques (enjeu de la santé sexuelle et reproductive). Il ne faut pas mêler les deux, comme si de cette convergeance d'intérêts allait de soi. Monsieur Paradis aurait été bien inspiré de ne pas conclure que les quotas sont responsables de tous les maux qui affligeront bien des généralistes, mais pas forcément la population dans les mêmes proportions.

    Pour le reste, c'est faire bien trop de cas des outrances du ministre que d'y réagir de façon aussi viscérale que dans cet éditorial. Les démêlés du journal avec le bureau du ministre ne sont quand même pas un enjeu de société...

    • André Nadon - Abonné 26 mars 2015 10 h 20

      Aucun des dirigeants de ces cliniques ne fut consulté. Pour être ''bien renseignés'', ils ont consulté le document que vous mentionnez, qui indique le nombre max. de 504 patients. C'est ce qui est écrit.
      S'il n'y a aucun changement pour les IVG, qu'on l'écrive et il n'y aura plus de discussion.
      Les paroles s'envolent, surtout celles des politiciens.
      Comment arrêter un '' Bulldozer'', sinon que d'y mettre tout son poids?
      L'expérience du CHUM nous indique que c'est la seule façon d'obtenir des résultats contre cet énergumène.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 mars 2015 13 h 25

      Monsieur Nadon, la Commission de la santé et des services sociaux a entendu en consultation particulière un bon nombre de mémoires présentés par des individus et des groupes depuis le 24 février dernier, dont celui de la Fédération du Québec pour le planning des naissances. C'est comme ça qu'on «consulte» les intéressés dans notre système parlementaire. Que tous ces gens se donnent la peine de s'y présenter permet de présumer qu'ils ont confiance que leurs représentations seront entendues à leur mérite, ce que les outrances du ministre ne compromet d'avance qu'aux yeux de ceux qui aiment bien brasser les braises de leurs allergies partisanes. L'exemple de l'ingérence dans le dossier du CHUM montre bien que le PM est parfaitement capable de le rappeler à l'ordre quand il agit à l'encontre de l'esprit de nos institutions.

    • André Nadon - Abonné 26 mars 2015 15 h 01

      Monsieur Maltais Desjardins, les règlements concernant les quotas furent publiés le 18 mars dernier, sans consultation avec les principaux intéressés. Accuser ceux qui osent critiquer les méthodes du ministre Barrette de '' brasser les braises de leurs allergies partisanes '' n'amène rien de positif autre qu'à vous soulager.
      Et contrairement à votre assertion, le PM n'a rappelé personne à l'ordre puisqu'il a renouvellé sa confiance à son ministre et s'est assuré que le PDG, réinstallé fasse l'éloge du ministre de la Santé.
      Le caquetage à la Barrette ne mène à rien.

    • Claude Bernard - Abonné 26 mars 2015 16 h 32

      M. Maltais Desjardins,

      Il est plutôt surprenant qu'une personne de la qualité de cette éditorialiste se soit laissée emporter par l'émotion ou la partisanerie au point de ne pas lire attentivement un document.
      Peut-être est-ce une question d'interprétation.
      Cette question de quotas est fondamentale et même si vous semblez avoir raison dans les faits, le ministre aurait avantage à clarifier son «document de travail» sans attendre.
      Quant à moi, je me réjouis de voir quelqu'un brasser la cage et PRENDRE DES DÉCISIONS.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 mars 2015 17 h 08

      Monsieur Nadon, en lisant le texte du 18 mars, je note que ce ne sont pas les règlements qui y sont présentés, mais des orientations devant servir à les écrire. De plus, le filigrane «document de travail» suggère qu'il s'agit... d'un document de travail et non de la version finale du document... préparatoire à la confection des règlements. Enfin, il a été publié durant la consultation et avant l'adoption de la loi. On est un peu loin de règlements imposés sans consultation, il me semble...

      Monsieur Bernard, ce que cette nécessaire «clarification» des intentions du ministre a de problématique, c'est l'intrication des enjeux de santé publique et des enjeux professionnels et non de simples questions de technicalités ou de gros bon sens.

      Il semble en effet que le gouvernement ait résolu cette fois-ci de prendre la question de front plutôt que d'entrer une nouvelle fois dans une danse de louvoiements et d'atermoiements qui confine à l'impuissance. En tout cas, jusqu'ici, ce gouvernement des docteurs dont on craignait tant qu'il fasse la partie belle à ses petits amis nous donnerait plutôt la preuve du contraire...

    • Patrick Boulanger - Abonné 26 mars 2015 17 h 15

      " Les démêlés du journal avec le bureau du ministre ne sont quand même pas un enjeu de société... " (M. Maltais Desjardins)

      Juste un petit mot pour vous souligner que j'ai bien aimé cette savoureuse critique de votre part, M. Maltais Desjardins.

    • Mathieu Larrivée - Abonné 26 mars 2015 23 h 16

      Messieurs, le probleme est présenté dans l'éditorial.

      Toutes ces clauses fantomes et ces conditions obscures dans lesquelles nous nous perdons tous en conjectures seront décidées par le ministre par règlement. Aucune consultation ni négociation n'est nécessaire, le ministre peut changer les règles du jeu selon son bon vouloir avec un préavis minimal.

      Qu'importe ce qui est écrit ou dit aujourd'hui, si dans 2 ans le ministre veut restreindre le droit à l'avortement, hop c'est fait. M. Barrette brasse la cage c'est vrai, mais tout ca au plus grand mépris de la démocratie.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 27 mars 2015 09 h 32

      Monsieur Larrivée, sur le site de l'Assemblée nationale, un très intéressant document

      http://www.fondationbonenfant.qc.ca/stages/essais/

      soulève entre autres sujets intéressants la question de la «législation déléguée» (du législatif vers l'exécutif) :

      « Or, de plus en plus, le gouvernement dépose des projets de loi souvent rédigés en des termes vagues et très discrétionnaires dans lesquels il se borne à spécifier des principes généreux (sic) et directeurs. »

      À défaut de décider chaque fois le fis détail de chacune des lois, le défi, pour le législatif (tous les députés de toutes les formations politiques) consiste alors à tenir l'exécutif sous surveillance afin qu'il n'exerce pas sa « discrétion » en contradiction avec ces principes, à supposer qu'ils soient suffisamment clairs pour être contraignants. Cette responsabilité est exercée au nom du peuple et conjointement avec les groupes et les individus qui viennent se faire entendre en commissions, par le biais de pétitions, d'interpellations en chambre...

      À cet égard, même si votre crainte peut se justifier dans les faits en raison des croyances idéologiques ou plus simplement du tempérament d'un ministre, il reste que le droit à l'avortement fait partie de ces principes généraux directeurs que les gouvernements pourraient difficilement contourner, ne serait-ce qu'en raison de la juste opprobre dont ils seraient l'objet de la part des partis d'opposition, de la population... ou même de la présidence de notre assemblée nationale, comme on en a eu l'exemple la semaine dernière concernant les directives envoyées au CRÉ avant même que le législatif ait adopté la loi prononçant leur dissolution.

  • Michel Lebel - Abonné 26 mars 2015 09 h 32

    Une simple question de quotas!?

    Comme si l'avortement se résumait à une question de quotas! Parlez un peu moins fort, cher docteur B., et élevez le discours! Caquetez moins!


    M.L.