La fin des duplicités?

Que des diplomaties amies « s’espionnent » n’a rien de bien surprenant, du moins pour les spécialistes du renseignement. On s’en offusque quand l’affaire devient publique. Ce que l’histoire publiée mardi par le Wall Street Journal illustre de plus exécrable, c’est plutôt l’excessive pugnacité avec laquelle le gouvernement israélien a tenté d’influencer le Congrès américain dans l’espoir qu’il bloque une entente internationale sur le nucléaire avec l’Iran.

La Maison-Blanche avait l’habitude de tenir son allié israélien au courant de l’évolution de ces négociations. Elle a mis fin à la pratique en s’apercevant que le gouvernement du premier ministre Benjamin Nétanyahou se servait des informations qu’elle lui transmettait pour s’immiscer dans la vie politique américaine, déjà fort déchirée, et tenter de saboter les cruciaux efforts du président Obama pour renouer avec Téhéran. On connaît la suite : deux semaines avant les élections générales en Israël, M. Nétanyahou est monté sur la tribune du Congrès, à l’invitation de ses frères républicains, pour ridiculiser la naïveté de Washington dans ses négociations avec l’Iran.

Il semble que sa pugnacité se retourne maintenant contre lui. On s’en réjouit. Son intervention au Congrès a jeté un froid sur le traditionnel consensus bipartisan à l’égard d’Israël. Il y a des limites à mordre la main qui te nourrit.

De ceci à cela, M. Nétanyahou a usé de la même stratégie agressive en semant la division pour se faire réélire la semaine dernière aux élections générales. Le jour même du scrutin, il lançait un cri de ralliement à son électorat en brandissant le « danger » d’une ruée « massive » sur les urnes des Arabes israéliens (qui forment 20 % de la population). Une déclaration pétrie de sentiments xénophobes. La veille, il avait exclu la création d’un État palestinien s’il était réélu, rompant avec fracas avec la « solution à deux États », théoriquement acceptée depuis 20 ans comme la voie de sortie au conflit israélo-palestinien.

S’il a bien fait des excuses et tenté une correction de tir dans la foulée du scrutin, il reste que ses reculades sont sans grande crédibilité. Car au fond, M. Nétanyahou, qui a officiellement reçu mercredi le mandat de former un gouvernement, ce que son Likoud et ses alliés d’extrême droite ne devraient avoir aucun mal à faire, a dit tout haut à des fins de survie électorale ce qu’il pensait depuis longtemps. La preuve en étant que, sur le terrain, le déni du pays palestinien est tous les jours confirmé par l’expansion implacable des colonies juives en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. La réélection de M. Nétanyahou a le mérite de chasser des duplicités, y compris celles entretenues par les États-Unis.

10 commentaires
  • Jean-Marc Tremblay - Abonné 26 mars 2015 00 h 54

    "La réélection de M. Nétanyahou a le mérite de chasser les duplicités", mais a aussi le grand malheur de repousser de 3-4 années encore tout début de dialogue constructif sur quelque solution que se soit sur le conflit israëlo-palestinien; au contraire, il le fera reculer de bien des années. Se sera encore des générations additionnelles de Palestiniens qui continueront en vivre dans des conditions d'apartheid.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 26 mars 2015 04 h 28

    … l’adversité ???

    « Il semble que sa pugnacité se retourne maintenant contre lui. On s’en réjouit. » (Guy Taillefer, Le Devoir)

    Vraiment ?

    Qu’on soit ou non en odeur-de-réjouissance d’avec la « pugnacité » de BiBi, il demeure que le Peuple d’Israël, l’ayant reconduit à la direction du pays pour un quatrième mandat d’autorité, aime ce type de personne qui, se tenant sans cesse debout, milite en faveur de sa nation !

    De telle personne, il s’en trouve très peu, même chez les tombes ! et, lorsqu’on en découvre une, tout le monde s’en réjouit, sauf …

    … l’adversité ??? - 26 mars 2015 -

  • André Lemelin - Abonné 26 mars 2015 07 h 06

    La "haine des Arabes"

    Il a affirmé pendant la campagne que la "haine des Arabes" constituait l'une des valeurs du "camp national". Cela dit tout; or, cela semble l'avoir aidé à prendre le pouvoir. Les choses sont claires, maintenant.

  • Jacques Labonté - Abonné 26 mars 2015 07 h 09

    Raciste plutôt que xénophobe

    Intéressant article. Une correction cependant, si vous me permettez. Il ne peut pas s'agir de xénophobie puisque la grande majorité des Arabes, chrétiens comme musulmans ou laïques, ne sont pas des étrangers en Israël : ils sont plutôt les autochtones, les Juifs étant des immigrants de première, deuxième ou tout au plus troisième génération.

    On devrait donc plutôt parler du racisme des paroles de Monsieur Netanyahou. Il est intéressant toutefois de constater à quel point le peuple palestinien est perçu comme intrus dans son propre territoire...

    • Sylvain Auclair - Abonné 26 mars 2015 12 h 17

      D'ailleurs, je crois que même si les Palestiniens parlent un dialecte arabe, ce ne sont pas ethniquement des Arabes, mais plutôt les descendants des Philistins et des Hébreux de l'Antiquité, convertis au christianisme puis, pour la majorité d'entre eux, à l'islam.

  • Antoine Caron - Abonné 26 mars 2015 07 h 33

    Le vote ethnique de M. Nétahyahou

    Ce qui est intéressant en Israël, c'est que de parler ouvertement de la menace du vote ethnique, et de façon très ciblée, te fait gagner tes élections...