Silence, le ministre parle

Gaétan Barrette a un fort leadership. Un leadership de type requin plutôt que dauphin, comme ont pu le constater ceux qui s’y sont frottés, tant dans son incarnation passée de président de l’Association des médecins spécialistes qu’aujourd’hui dans son rôle de ministre de la Santé et des Services sociaux.

Son mode de gestion est la mainmise plutôt que le compromis. Il ne s’en cache pas. C’est ainsi qu’il mène à un train d’enfer sa réforme du réseau de la santé sans jamais faire de concessions, sauf cette petite ouverture faite dimanche à l’émission Tout le monde en parle sur la fécondation in vitro. Ne nous y trompons pas, c’est un hochet offert à ses adversaires pour laisser croire qu’il peut être souple. Mais sur l’essentiel du projet de loi 20 sur l’accès aux services de médecine, il ne bougera pas.

Dans le cas du projet 10 sur l’organisation et la gouvernance du réseau de la santé, rarement a-t-on vu les choses aller aussi rapidement. Présenté le 25 septembre et adopté le 6 février dernier, il entrera en vigueur le 1er avril. L’appareil administratif a mis de côté toute résistance. Le réseau de 182 établissements et 18 agences n’en comptera plus que 28. C’est dire la force de ce ministre.

Dans la foulée disparaîtront aussi des organismes intermédiaires, comme l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (l’AQESSS), victime collatérale de la réforme, emportée comme le bébé jeté avec l’eau du bain. Cette organisation rendait des services aux gestionnaires d’hôpitaux, menait des recherches et des réflexions, se préoccupait de gouvernance.

L’AQESSS aurait pu poursuivre sa mission en s’adaptant aux nouvelles circonstances, mais elle avait ceci d’embêtant qu’elle intervenait publiquement dans les débats sur la santé, donnant des points de vue différents de ceux du monde médical. Gaétan Barrette, qui avec la loi 10 a remodelé le réseau de la santé de façon à tout contrôler (il nomme lui-même tous les membres des conseils d’administration), n’allait pas tolérer que survive un organisme réunissant ces cadres d’établissements. À la trappe donc, l’AQESSS. Quand le ministre parle, tous écoutent !

La disparition de l’AQESSS est déplorable, comme le serait celle de la Fédération des cégeps. Dans les réseaux de la santé et de l’éducation, de telles organisations sont des lieux de réflexion et de regroupement nécessaires à ses acteurs. Peut-être un ministre plus ouvert au dialogue voudra-t-il, à l’avenir, la faire renaître de ses cendres.

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10 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 24 mars 2015 01 h 22

    La santé est il un secteur qui peut etre bousculé

    Quel sinistre ministre a la personnalité détestable, mais le premier ministre semble le trouver adéquat, ne dit on pas que s'associer a quelqu'un c'est souvent s'associer a ses travers, dans quel état émergera ce ministere, un secteur malgré tout fragile, ne faut il pas un minimun de doigtés, les humains ne sont quand meme pas des mécaniques simples que l'on peut quantifier facilement, seul les gens simples pensent comme ça et ce n'est pas l'arrogance et l'égo de certains qui puissent y changer quelque chose

    • Diane Gélinas - Abonnée 24 mars 2015 14 h 17

      Monsieur Couillard s'est bien associé, par le passé, à Arthur Porter... et a mis ses compétences au service de l'Arabie $aoudite.

      Ça en dit long sur son jugement et son choix d'amis.

      Il se sert de Gaétan Barrette pour faire le ménage qu'il n'a pas eu le courage de faire lui-même quand il était ministre de la Santé.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 24 mars 2015 04 h 49

    … silence ?

    « Quand le ministre parle, tous écoutent ! » (Benoit Descôteaux, Le Devoir)

    En effet, il est comme « crucial », viscéral même !, d’écouter ce genre de ministre qui, tel ce Thor d’antan, parle tout autant d’avec la mine au crayon, l’enflure verbale ou qu’avec l’épée de Damoclès !

    Cependant, et compte tenu de cette écoute, que faire, ou espérer de plus, si, après les paroles dudit ministre, personne ne peut réagir ou ne veut garder …

    … silence ? - 24 mars 2015 -

  • Gilles Delisle - Abonné 24 mars 2015 07 h 59

    "Faire renaître de ses cendres"

    En effet, lorsque la bande à Couillard sera passée, le pays sera à reconstruire. Que ce soient en santé, en éducation, à l'économie, tout ce qui a été détruit par ces chevaliers de l'Apocalypse devra être reconstruit. En moins d'un an, ils ont mis ce pays à sac, nous devrons collectivement, avec l'aide d'un vrai gouvernement, rebâtir! Belle occasion pour le peuple de se retrouver et de se relever les manches! Préparons-nous parce que les jours de ce gouvernement sont déjà comptés.

  • Clermont Domingue - Abonné 24 mars 2015 08 h 40

    Imputabilité

    Dans les organisations,quand on ne veut pas porter la responsabilité des décisions, on se réunit. on discute et on forme des comités qui discutent à leur tour. On peut ainsi tourner en rond pendant des années.
    Avec monsieur Barrette, fini la parlotte, il décide, il bouscule et il fait agir. On verra ce que ça donnera et je trouve encourageant que ça bouge ..enfin...

  • Yvon Bureau - Abonné 24 mars 2015 09 h 16

    Fierté et gratitude à l'AQESSS

    Le 31 mars, avec la fin de cet organisme, sera pour le réseau de la Santé et des Services sociaux un moment de tristesse, de drapeau en berne.

    J'aimais beaucoup cet organisme; que de bien ils ont faits. Le 31 mars sera aussi une journée de gratitude pour l'AQESSS, pour mesdames Denis, Lavallée, ...