Meunier, tu dors…

En mai 2000, Gesca achetait Unimédia. Le Soleil, Le Droit et Le Quotidien rejoignaient La Presse, La Voix de l’Est, La Tribune et Le Nouvelliste dans l’empire de Power Corporation. La transaction, contestée en ce qu’elle portait la concentration de la presse à un niveau jugé alarmant, allait apporter, faisait-on valoir par ailleurs, sécurité et stabilité à ces journaux et à leurs employés.

Quinze ans plus tard, l’avenir des six quotidiens régionaux de Gesca est à ce point morose qu’elle s’en départ avec soulagement. Depuis déjà quelques années, elle ne croyait plus en leur avenir et cherchait un acheteur qui ne se présentait pas pour des raisons évidentes. La rentabilité n’y est plus, ou alors réduite à une peau de chagrin. Pendant que Gesca misait tout sur la création de La Presse+, les journaux régionaux étaient laissés pour compte. Stabilité et sécurité, disait-on ? Les avantages de l’appartenance à un grand conglomérat ne se sont pas matérialisés.

Que Gesca redonne à ses six quotidiens régionaux leur autonomie devrait être une bonne nouvelle dans la mesure où le nouveau groupe qu’ils constitueront sous la houlette de Martin Cauchon aura des projets de développement. Il faut employer le conditionnel car cette transaction se fait dans la plus grande opacité. On n’en connaît pas les modalités, sinon qu’on peut en déduire que le nouveau propriétaire n’ayant pas lui-même la capacité d’investir a obtenu des conditions particulières. N’aurait-il payé qu’un dollar symbolique qu’il faudrait savoir si ce qui attend le nouveau groupe, ce sont des compressions de dépenses, voire un démembrement pour se débarrasser de canards boiteux en lieu et place d’investissements.

Ces informations sont capitales pour les employés de Groupe Capitales Médias, qui ont le droit de savoir ce qui les attend, tout comme les lecteurs. Les entreprises de presse ont une responsabilité sociale de par leur mission d’information qui exige une transparence à laquelle Martin Cauchon se refuse sous prétexte qu’il s’agit d’une transaction privée.

L’indifférence du premier ministre Philippe Couillard et de sa ministre de la Culture et des Communications, Hélène David, est sidérante. Ils avouent n’avoir rien su de cette transaction dont ils ne veulent pas se mêler. Pour eux, pas question de s’arrêter aux enjeux qui se profilent derrière ce changement de propriété. Tous les médias traditionnels subissent les contrecoups induits par la révolution numérique. Tous doivent s’adapter dans des conditions qui sont encore plus difficiles pour la presse régionale, quotidienne comme hebdomadaire. Qu’un quotidien disparaisse dans une région, le droit du public à l’information en sera affecté irrémédiablement.

Ces questions ont-elles un quelconque écho au ministère de la Culture et des COMMUNICATIONS ? À moins que cette partie du ministère ait été abolie dans la foulée des compressions budgétaires, il y a au moins une vigie à exercer. Que diable, Madame la Ministre, réveillez-vous !

16 commentaires
  • Jean-François - Abonné 20 mars 2015 01 h 20

    Libéral

    Imaginez juste quel aurait été la réaction du Gouvernement Libéral si ces journaux étaient passés sous le joug de Québécor...

    2 poids 2 mesures j'imagine.

    Tant que cela reste dans la famille, "toute va bien"!

    Un silence qui en dit long.

  • Gaston Bourdages - Inscrit 20 mars 2015 06 h 02

    Comment. monsieur Descôteaux, se fait «traiter»...

    ...«responsabilité sociale» par les pouvoirs de l'argent? Oui, quel sort lui réserve-t-on? Hier, sur les ondes de Ciel-Fm, madame Myriam Ségal y est allée d'une opinion. Elle a d'ailleurs insisté sur de mot:opinion. Les conventions de travail des employés de ex-Unimédia sont à la porte de leur expiration. Monsieur Cauchon ne pourrait, faute de ressources financières, respecter les actuelles conditions en vigueur sans menacer, au cours des négociations, de mettre la clef dans la porte. Ce que des gens de Power Corp. ne pourrait faire parce qu'eux, le coffre-fort, ils l'ont. C'était ce que j'ai retenu de l'opinion que madame Ségal a émis.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    Auteur.

    • Claude Bernard - Abonné 20 mars 2015 10 h 06

      Le Gouvernement doit-il voler au secours des journaux qui sont en danger de fermer?
      Cette vente est-elle une manoeuvre pour fermer boutique? L'avenir le dira.
      Gesca a peut-être à coup de déficits maintenu en vie ces journaux durant quinze ans; devait-il le faire indéfiniment?
      Même le journal où vous lisez ceci a été forcé de limiter ses dépenses et prendre des mesures de rigueur et d'austérité, comme bloquer les commentaires des non abonnés.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 20 mars 2015 06 h 41

    De l'intérêt du gouvernement actuel pour les régions....

    Un gouvernement respectueux des régions accorderait ici beaucoup d'importance aux projets de développement d'un acheteur de journaux régionaux. Dans le domaine minier, les plus grosses compagnies se sont souvent débarrassées de sites miniers moins rentables ou financièrement de plus en plus coûteux en le vendant à rabais à une plus petite compagnie, souvent financée et créée par elles. Sans véritable projet de développement, la compagnie acheteuse se retrouve quelques années plus tard avec un site minier contaminé abandonné et une compagnie insolvable. À nous tous la facture, aux régions et à ceux qui les habitent les dommages ! Dans le domaine ferroviaire, les plus gros transporteurs canadiens ont souvent vendu une une voie ferrée à une plus petite compagnie dont ils continueront quand même d'utiliser les voies pour y faire circuler leurs wagons à rabais. Il y a quelques années, le trajet reliant Montréal-Lac-Mégantic et St-Jean Nouveau Brunswick appartenait au Canadien Pacifique. Parfois, ces transporteurs rachètent les trajets vendus. C'est ce qui s'est produit pour le trajet Rivière-du-Loup-Campbelton.

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 20 mars 2015 07 h 50

    S'adapter ou disparaitre

    Je suis moi meme comme un nombre (j'espere pour vous) assez important de lecteurs abonne a votre edition Internet...J cela aide votre journal, et doit permettre de rentabiliser vos operations, et surtout a ne pas disparaitre...
    Notez aussi l'effet positif environnemental quantifiable sur nos forets, qui souffriront moins de coupes a blanc...et dont tout le monde devrait se rejouir.
    En consequense si ces journeaux regionaux ne prennent pas ce virage technologique, ils vont disparaitre, comme les forgerons qui s'entetaient a fabriquer des fers a cheval alors que les gens choisissaient des automobiles ...

    • David Cormier - Inscrit 20 mars 2015 13 h 40

      Je ne suis pas certain d'être d'accord avec vos arguments. Je suis abonné à la version papier du Devoir et je n'ai pas l'intention de changer. Le prix de l'abonnement à la version papier a augmenté dernièrement et je n'ai pas rechigné. Et j'encourage le Devoir à l'augmenter encore s'ils en ont besoin, çe me fera plaisir de payer. En quoi aidez-vous plus le Devoir parce que vous êtes abonné à la version Internet?

      En ce qui concerne le caractère écologique des diverses versions des journaux, où se retrouvent les appareils électroniques que vous devrez changer tous les 3-4 ans et qui vous servent à lire les versions électroniques de journaux?

  • Marie-Claire Mailloux - Abonnée 20 mars 2015 07 h 53

    Écran de fumée sur un lit couvert de cendres

    Je ne connais rien à ces conglomérats mais j'ai l'impression d'un écran de fumée sur un lit couvert de cendres.