Échec de l’intégration

La ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, rappelait il y a quelques jours que l’un des objectifs de son ministère est « d’assurer la pérennité des fondements de la nation québécoise, de son identité distincte en Amérique du Nord et du français, langue commune ». C’était à la conclusion d‘audiences tenues en vue de l’adoption d’une nouvelle politique d’immigration.

Bravo pour la vertu. La ministre a bien compris le rôle de l’immigration. Mauvaise note toutefois pour ce qui est de l’intégration des immigrants, car il y a des signaux alarmants. La Coalition avenir Québec soulignait lundi que 42 % des immigrants reçus en 2013 ne connaissaient pas le français, comparativement à 36 % en 2011. Et que seulement 22 % d’entre eux avaient suivi des cours de français.

L’inquiétude de la CAQ n’est pas nouvelle. On a constaté à plusieurs reprises que nombre d’immigrants résistent à leur intégration à la société francophone. Il faut comprendre que la décision d’immigrer au Québec est rarement culturelle. Pour la majorité, elle est économique. Pour les autres, elle sera politique dans le cas des réfugiés ou sociale dans le cas de la réunification des familles.

Le Québec ne fait que la sélection des immigrants économiques, qui représentaient 58 % des 51 000 immigrants reçus en 2013. Ne pouvant faire de la connaissance du français un critère déterminant, il lui faut intervenir au moment de l’accueil. Les efforts des gouvernements qui se sont succédé ces vingt dernières années n’ont jamais été à la hauteur de l’importance que l’on attribue à l’immigration pour assurer la pérennité de la nation québécoise. Il y a quelques jours, Mme Weil annonçait une réduction de 3 millions de dollars du budget des services de francisation.

L’intention du gouvernement sera de rechercher à l’avenir une meilleure adéquation de la sélection des immigrants avec les besoins de main-d’oeuvre. Si cela est, il faudra accentuer les efforts faits pour leur intégration. La réponse du premier ministre Philippe Couillard à cet égard se résume, après un « ne vous inquiétez pas », à se moquer de l’idée de la CAQ de délivrer un certificat d’accompagnement transitoire de trois ans aux nouveaux immigrants, au terme duquel ils devraient réussir un test de connaissance du français et des valeurs québécoises.

Vouloir les retourner dans leur pays d’origine en cas d’échec n’est pas l’idée du siècle. Mais le concept d’un accompagnement de longue durée devrait être retenu, question de ne pas laisser les nouveaux arrivants à eux-mêmes et de se donner une obligation comme société d’accueil qu’ils réussissent leur intégration, tant culturellement qu’économiquement. Jusqu’ici, on ne peut prétendre avoir réussi ce test.

18 commentaires
  • Cyr Guillaume - Inscrit 17 mars 2015 23 h 34

    Weil devrait relire ces livres

    Mais bon il est franchement dur de prendre une dâme comme Mme Weil au sérieux, quand on sait qu'elle fut une des contestataire de la loi-101 avec Alliance Québec anciennement...les propositions de M.Legault me plus que justifié, sinon....nous allons droit dans le mur!

    • Robert Beauchamp - Abonné 18 mars 2015 14 h 04

      Condition d'entrée: engagement pour tout immigrant de s'inscrire à un cours de français intensif subventionné (de base) d'une durée de trois mois. Le réseau scolaire a une expertise en cours de francisation aux immigrants. Après quoi, les services de l'état ne lui seront offerts qu'en français d'abord (autre langue en situation d'urgence pour raisons de santé). Ces cours offrent également des techniques de recherche en emploi et renseignent sur les valeurs de la société d'acueil. Cela me paraît plus qu'essentiel, voire vital; sinon, comme vous dites, c'est le mur.
      Robert Beauchamp

  • Robert Bernier - Abonné 18 mars 2015 05 h 33

    Donner l'exemple

    Ce n'est pas aux immigrants qu'il faut s'en prendre. C'est aux divers gouvernements du Québec qui se sont succédés depuis l'ère Ryan. Ils ont accepté de correspondre avec les individus et avec les entreprises dans la langue de leur choix, qui sera de plus en plus l'anglais. Ils ont laissé la loi 101 continuer d'être tournée en dérision. Si l'on peut parfaitement vivre au Québec en anglais, ce n'est pas la faute des immigrants. C'est de notre faute, à nous qui continuons de laisser faire.

    Robert Bernier
    Mirabel

    • Pierre Bernier - Abonné 18 mars 2015 14 h 15

      L'épaisseur du réel ?

      1) La compétence « déléguée » au Québec pour la sélection des immigrants concerne moins de 50% des personnes de citoyenneté étrangère qui, annuellement, mettent pieds au Québec.

      2) En revanche, la responsabilité de l’État-nation fédéré quant à l’intégration culturelle, sociale et économique porte sur 100%... des individus venus sur le territoire.

      3) À cette fin, cet État de droit dispose de peu de moyens. Dans le cadre de l’actuelle constitution canadienne, et des conventions internationales (même si pas toujours ratifiées par l’Assemblée nationale d’ailleurs ?) son action ne peut avoir principalement que des visées incitatives.

      4) Devant prendre appui uniquement sur la capacité « attractive » de la société québécoise pour inciter aux efforts qu’exige toute intégration culturelle de telles mesures commandent des ressources importantes (information, enseignement de la langue, des codes sociaux, …) et un accompagnement à l’échelle quasi-individuelle dans la durée.

      5) L’État fédéré ne disposant pas des leviers légaux pour l’octroi de la « citoyenneté », et des privilèges qui lui sont associés (libre circulation, accès aux services publics…), ce facteur, déterminant dans les motivations de tout migrant économique en quête de meilleurs conditions de vie, n’est pas ici pleinement fonctionnel.

      6) Qui plus est, le décorum retenu par le fédéral pour la remise «officielle» de l’acte de citoyenneté (symboles, discours,…) est non incitatif à la poursuite de l’intégration dans la société qui est «distincte», quoi qu’on dise.

      Ce contexte oblige le migrant de bonne volonté à assumer la conciliation permanente de deux réalités oeuvrant dans le même espace politique et juridique.

      Vues contradictoires ou inachevées en permanence, ces marqueurs incitent naturellement à suivre la voie la plus simple quant à la langue d’usage et autres us et coutumes tolérés.

      D’autant que le « rêve américain » reste perçu à portée main ?

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 19 mars 2015 17 h 28

      @M. Bernier

      Une fausseté d'abord : "La compétence « déléguée » au Québec pour la sélection des immigrants concerne moins de 50% des personnes de citoyenneté étrangère qui, annuellement, mettent pieds au Québec".

      Annuellement, c'est plutôt près de 70% qui sont sélectionnés par le Québec, en grande majorité les immigrants économiques. Les réunifications familiales sont gérés par Ottawa, et rien ne laisse croire que les choix seraient totalement différents avec un Québec souverain.

      Ensuite, ces gens, outre le serment au drapeau, envoient leurs enfants dans les écoles du Québec, travaillent dans les entreprises québécoises, utilisent le réseau de la santé, etc. Il y a donc une multitude d'opportunités pour les accueillir et les encadrer. Si la souveraineté se fait, ce ne sera qu'après un changement d'attitude des Québécois envers les immigrants, pour que ceux-ci appuient également le projet...

  • André Jacob - Abonné 18 mars 2015 06 h 33

    L'intégration ne repose pas sur la magie de la bonne volonté seulement.

    Le gouvernement du Québec ne semble pas comprendre toutes les implications de l'intégration. Il vient de le prouver en réduisant, une fois de plus, le budget alloué à la francisation. L'intégration repose sur un ensemble de tactiques qu'une personne peut utiliser pour se tailler une place dans sa nouvelle société. Cependant, il ne faut pas perdre de vue qu'il s'agit d'un long et difficile processus par lequel l'individu développe sa capacité à participer à la vie sociale, culturelle, politique et économique. Il y a donc plusieurs dimensions à considérer et un grand nombre d'individus, sinon la plupart n'y arrive pas seul, mais avec le soutien d'institutions. L'apprentissage de la langue est fondamentale et constitue une clé de l'intégration même si ce n'est pas le seul aspect à considérer. Les solutions reposent d'abord sur une vision claire de l'ensemble des stratégies de soutien que l'État peut apporter pour faciliter l'intégration des nouveaux citoyens et des nouvelles citoyennes.
    André Jacob, chercheur associé, Centre de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté, Université du Québec à Montréal.

  • Bernard Terreault - Abonné 18 mars 2015 07 h 56

    Kathleen Weil

    Elle est reconnue depuis toujours comme leader du groupe de défense des privilèges des anglophones. La mettre au Ministère de l'Immigration c'est introduire la renarde dans le poulailler. Je suis certain qu'elle ne croit pas un mot de ce qu'elle dit dans ce reportage à propos de la défense du français. Elle envisage plutôt que dans une génération ou deux le français au Québec sera aussi folklorique que le gaélique en Irlande et en Écosse.

  • Robert Beauchamp - Abonné 18 mars 2015 08 h 10

    Le passé et le présent de Mme Weil

    Elle «professe» sa foi au Québec société distincte. et elle coupe en francisation. Ce qui ressort de façon constante est un discours en contrariété avec son passage à Alliance Québec, organisme subventionné par le fédéral pour combattre la loi 101. Voilà réellement ce qui subsiste en terme d'oriention. Le discours est mensonger.
    Je doute également de son impartialité dans les orientations concernant la priorité accordée aux locuteurs francophones de la communauté maghrébine, subissant sans doute les pressions de ses coréligionnaires de la communauté juive. Mais comme dit son patron Couillard qui contrôle maintenant le message: «ne vous inquiéétez pas»; utile de nous rappeler que de toutes façons les balayeurs devront parler anglais pour s'adresser à leur patron. Retour à la culture du porteur d'eau obissant et soumis.
    Robert Beauchamp