Scandaleuse inaction

Le conflit syrien entre dans sa cinquième année. Né au « printemps arabe » de 2011 avec les manifestations pacifiques contre la tyrannie du régime de Bachar Al-Assad, il s’est transmué en une catastrophe humaine épouvantable qui a fait jusqu’à maintenant 220 000 morts et de la moitié des 23 millions de Syriens des réfugiés dans les pays voisins ou des déplacés intérieurs. Massacrés, les espoirs démocratiques. Aux violences et à la répression du régime s’est accordée la cruauté du groupe État islamique (EI). Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, basé à Londres, près de 13 000 personnes sont mortes sous la torture dans les prisons de l’État depuis quatre ans. Leurs geôliers sont après tout des hommes d’expérience : sous l’ex-président George W. Bush, la CIA leur sous-traitait la torture de terroristes présumés.

Un nouveau rapport signé par un collectif de 21 ONG — intitulé Échec coupable en Syrie — critique sévèrement le Conseil de sécurité de l’ONU pour avoir abandonné à leur sort des millions de déplacés. Négligence humanitaire d’autant plus grave que la communauté internationale, les États-Unis en tête, déploie depuis septembre dernier de coûteux moyens militaires contre l’EI en Irak et en Syrie. Le Conseil a voté l’année dernière deux importantes résolutions autorisant les convois d’aide à entrer en Syrie sans la permission du gouvernement. L’une d’elles réaffirmait le principe du « cross-line » — l’obligation faite aux belligérants de laisser les convois franchir les lignes de front. Sur le terrain, elles sont largement restées lettre morte, déplore amèrement le rapport. D’abord parce que, faute de volonté, les responsables onusiens se sont laissé intimider par Damas. Ensuite parce que la Russie, membre du Conseil de sécurité, a fait bien peu pression sur al-Assad, un proche allié, pour faire en sorte qu’elles soient respectées.

La démission humanitaire est du même ordre pour ce qui concerne les 3,2 millions de Syriens qui se sont réfugiés au Liban, en Turquie et en Jordanie. Les conditions de vie se détériorent dans les camps, vu le sous-financement des programmes d’aide. À l’été 2014, l’ONU a lancé un appel d’urgence aux pays riches afin qu’ils accueillent 100 000 réfugiés. Le gouvernement Harper a finalement accepté, début janvier, d’en parrainer 4000, sans faire par ailleurs secret de son intention de donner priorité aux Syriens d’obédience chrétienne. De ce nombre, le gouvernement québécois, qui abrite une importante communauté syrienne, souhaite en prendre 600 sous son aile en 2015. Ce qui est l’équivalent du nombre de réfugiés syriens admis depuis le début du conflit en 2011 par les États-Unis… grands gagnants de la palme de la mesquinerie. Les bombes, oui, l’aide humanitaire, on verra.

5 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 15 mars 2015 23 h 52

    Nous ne sommes pas la conscience du monde

    Bien d'accord avec la prémisse de cet article qui dépeint une catastrophe humaine, mais quelle est la cause véritable de ce conflit ? L'Occident n'est pas responsable. Oublions nos lunettes roses puisque tous et chacun savent que dans ce conflit sans âme, les seuls responsables, sont les gens qui y vivent. Et malheureusement, une résolution à court ou moyen terme n'est pas réalisable dans le contexte géopolitique de la région. La Syrie, comme l'Irak et plusieurs autres pays du Moyen-Orient, vivent les conséquences directes de l'hégémonie colonialiste qui a sévie pendant plusieurs siècles dans cette région et qui a créé des pays imaginaires.

    Et le multiculturalisme syrien, comme celui de l'Irak, expose cette philosophie des bien-pensants comme elle devrait être ; un échec total. On ne peut pas concilier des gens avec des affinités différentes dans un même lopin de terre alors que les ressources naturelles de base font défaut ou sont en manque. Pensez à l'eau potable qui est une denrée rare dans ce coin du monde. Alors tous les groupes ethnoreligieux s'entretuent au diapason d'allah et de son prophète de malheur au lieu de converger vers une solution pacifique et durable. Et comment peut-on parler de pouvoir résoudre ce conflit alors que les voisins d'hier passent leur temps à s'entretuer ? Ces actions resteront gravées dans la mémoire des peuples et s'échelonnera sur plusieurs générations justement à cause des crimes odieux commis par tous et chacun.

  • Gaston Bourdages - Inscrit 16 mars 2015 06 h 09

    220,000 morts et/ou un odieux rendez-vous avec...

    ...la Bête dans l'Homme ou si vous préférez les noires laideurs dont ce même Homme est capable. 220,000 violences, certes explicables mais totalement injustifiables. Il n'existe pas de violence justifiable. Et s'il vous était possible, monsieur Taillefer, de créer un tableau des souffrances humaines engendrées?
    Je persiste à croire que l'Homme est aussi porteur et capable de Beautés, conscient qu'il est aussi porteur de son antonyme. 220,000 morts: une éloquente(sic) preuve. J'ai mal de la violence.
    Gaston Bourdages,
    Auteur.

  • Denise Lauzon - Inscrite 16 mars 2015 08 h 38

    L'ONU est mal outillée pour empêcher des catastrophes


    Demander aux pays riches de prendre 100 000 réfugiés syriens de la part de l'ONU ne résout pas le problème de fond. L'ONU a failli à sa tâche dans cette guerre syrienne. Dès le cléclenchement du conflit syrien, l'ONU aurait dû convoquer les pays impliqués de près ou de loin pour établir un plan de match.

    L'ONU n'a pas assez de pouvoir. Il n'est pas acceptable que cette organisation ne puisse pas intervenir de façon rapide dans des situations d'urgence. Pour être réellement fonctionnelle, l'ONU devrait, avant tout, abolir ce Conseil de sécurité qui permet à ces 5 pays nommés sur ce conseil de décider du sort de la planète.

  • Richard Labelle - Abonné 17 mars 2015 00 h 04

    Oui, nous sommes la conscience du monde.

    Et, si non, qui le sera. Nous prétendons être des pays riches, chrétiens et démocratiques. Si nous n'avons pas de conscience qui en aura. En fait, il faut désespérément faire appel à tous les humains de bonne volonté de par le monde entier.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 18 mars 2015 05 h 28

      «faire appel à tous les humains de bonne volonté de par le monde entier»

      Et vous savez ce qui arrive aux humains de bonne volonté dans ces régions-là ? Ils se font égorger... littéralement.

      Personne ne peut établir les préceptes de «pays riches, chrétiens et démocratiques» dans ces lieux qui ne sont rien de tout ça.

      Et tant qu'aux «valeurs» de ces pays riches, chrétiens et démocratiques, dans lesquels tous ne cherchent qu'à se remplir les poches au détriment des autres, ils ne volent pas vraiment beaucoup plus haut, à y regarder plus près.

      Je désespère de l'Humanité dans l'humain.

      PL