Le temps d’agir

La question de la rémunération des élus de l’Assemblée nationale revient à l’ordre du jour. Il est temps de revoir certains avantages dont les députés jouissent, comme les allocations de transition et leur contribution à leur régime de retraite. Par contre, en toute justice, il faut aussi revoir leur salaire.

L'austérité prônée par le gouvernement Couillard, si elle est bonne pour les syndiqués, devrait valoir aussi pour leurs patrons que sont les membres de l’Assemblée nationale. Dans les circonstances actuelles, on ne peut demander aux employés de revoir à la hausse leurs contributions à leur régime de retraite sans que les élus s’appliquent la même médecine. Et quand un ministre comme Yves Bolduc démissionne moins d’un an après avoir été élu avec une prime de 155 000 $ pour retourner pratiquer la médecine, ne nous étonnons pas qu’un tel privilège soit dénoncé comme abusif par ceux qui dans le domaine de la santé sont bousculés par la réforme Barrette.

Il y a des limites toutefois à se scandaliser jusqu’à faire porter aux parlementaires l’ensemble des péchés du monde et à leur trouver, comme certains le font, tous les défauts, dont celui d’être trop payés. Certes, il y a à ce sujet un débat à faire qui doit, pour qu’il soit équitable, porter sur l’ensemble de leur rémunération. Si l’allocation de transition versée au Dr Bolduc peut être jugée indécente, ce serait céder à la démagogie de vouloir corriger cette situation sans aborder les avantages liés à leur régime de retraite et leur salaire. Philippe Couillard parle de prendre cet enjeu « à bras-le-corps » en mettant de côté toute démagogie. Il faudra que dans ce débat l’opposition ne se laisse pas emporter par la tentation d’en tirer des avantages politiques à bas prix.

Pour agir, les députés ont tout ce qu’il faut. Cela se trouve dans le rapport du comité présidé par l’ex-juge de la Cour suprême Claire L’Heureux-Dubé, mandatée par le gouvernement Charest pour réévaluer l’ensemble des conditions de rémunération des députés. Son rapport avait été reçu par le gouvernement Marois, qui n’avait pas pu le mettre en oeuvre dans le contexte d’un gouvernement minoritaire.

Tous les problèmes dont on débat aujourd’hui trouvent une solution dans ce document. On y propose que la contribution des députés à leur régime de retraite soit portée de 21 % à 43 %. On recommande que les élus qui démissionnent en cours de mandat ne touchent plus d’allocation de transition, sauf si la démission a pour cause la maladie. Quant aux députés défaits ou qui ne se représentent pas, leur allocation de transition devrait être ajustée en fonction des revenus de travail ou de retraite qu’ils pourraient toucher par ailleurs, ce qui n’existe pas actuellement. Quant aux salaires, il est proposé de les porter à 136 000 $, mais de mettre fin à l’allocation de dépenses non imposable qu’ils touchent actuellement. Le salaire du premier ministre serait porté de 213 000 $ à 272 000 $.

Le premier ministre croit que ces changements peuvent se faire à coût nul, puisqu’on coupe ici et qu’on ajoute là. En réalité, il en coûterait 800 000 $ de plus au total. Certains s’indigneront que l’on augmente la rémunération globale des élus, mais le travail qu’ils font vaut beaucoup plus que cela, ne serait-ce que par les responsabilités qu’ils portent, sans parler de la charge de travail. Il n’y aurait par ailleurs pas d’injustice en regard du gel de salaires que veut imposer le gouvernement aux employés de l’État ces deux prochaines années, si par ailleurs on suivait la recommandation du comité L’Heureux-Dubé de ne mettre en vigueur ces changements qu’à la fin de la présente législature, c’est-à-dire dans trois ans. Sauf pour ce qui est des allocations de transition, ce devrait être la marche à suivre.

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