L’ami républicain

Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, affirme que sa présence aujourd’hui au Congrès américain pour prononcer un discours contre tout accord international sur le nucléaire avec l’Iran ne se veut pas « irrespectueuse » à l’égard du président démocrate, Barack Obama. Loin de moi l’intention de m’immiscer dans la vie partisane américaine, a-t-il prétendu lundi à Washington devant l’American Israel Public Affairs Committee. Permettons-nous d’en douter. Sa visite au Congrès a été organisée par le président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner, dans le dos de la Maison-Blanche. À couteaux tirés depuis longtemps avec le président Obama, M. Nétanyahou vient spécifiquement voir ses nombreux amis républicains, qui sont majoritaires au Congrès. L’intention pourrait-elle être plus claire ?

Des élections générales se dérouleront en Israël dans deux semaines, le 17 mars. La prochaine présidentielle n’aura pas lieu avant deux ans aux États-Unis, mais les machines sont déjà en marche, évidemment. De plus, M. Nétanyahou arrive comme par hasard dans la foulée de la grand-messe annuelle des militants de l’influente droite dure républicaine, célébrée ces derniers jours à Washington dans le cadre de la Conservative Political Action Conference (CPAC) — où l’on ne se gêne jamais pour démolir du démocrate et du « liberal ». Thème de l’heure : Obama est un président terriblement faible devant la menace du groupe État islamique, de la Russie, de l’Ukraine… Hillary Clinton, candidate attendue à l’investiture démocrate, en a également pris pour son rhume.

La CPAC est un passage obligé pour les candidats potentiels à l’investiture républicaine. Réputé modéré, le candidat de premier plan Jeb Bush, fils de l’un et frère de l’autre, a donc été hué par les militants qui lui reprochent en particulier de défendre une forme de légalisation du statut des millions d’immigrants illégaux qui vivent aux États-Unis. Laura Ingraham, grande gueule de la radio conservatrice, est montée sur scène pour suggérer qu’Hillary Clinton et Jeb Bush fassent campagne ensemble en 2016. « Quelle différence ça fait ? Clush, 2016 ! », a-t-elle ironisé.

On sait qu’il en faut bien peu à cette droite pour s’ameuter contre la gauche, si centriste soit-elle. On sait depuis George Bush fils qu’elle peut peser lourd dans l’exercice du pouvoir. Le Parti républicain ne cessera pas dans l’immédiat d’être tiré par sa base ultraconservatrice, malgré tous les dilemmes que cela lui pose. Si, du reste, cette droite trouve pour le moment Jeb Bush trop modéré, elle se ralliera sûrement s’il apparaît, ce qui semble plausible, comme le mieux en mesure de reprendre le pouvoir. Auquel cas on peut présumer que les relations israélo-américaines redeviendraient plus respectueuses.

6 commentaires
  • Gaston Bourdages - Inscrit 3 mars 2015 08 h 20

    Merci à vous...

    ...monsieur Taillefer. Néophyte en la matière, vous lire me nourrit. La lecture que je fais de ce que vous décrivez: «Ça» joue dur en hauts lieux et des gens se permettent toutes sortes de coups...certains bas.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    Auteur,
    http://unpublic.gastonbourdages.com

  • Colette Pagé - Inscrite 3 mars 2015 09 h 32

    Le va-t-en guerre Néthanyahou qui rêve d'en découdre avec l'Iran.

    Ne serait-il pas raisonnable que le président Obama bloque l'entrée du PM israëlien aux États-Unis en réaction à son impolitesse envers un pays ami.
    Et si, pour donner une leçon à Israël, son allié indéfectible cessait de lui fournir l'armement sophistiqué servant à commettre ses exactions en terre Palestienne et si cet allié lui imposant l'obligation de négocier cela donnerait une chance à la paix.

    Un PM va-t-en guerre qui rêve d'en découdre avec l'iran et qui souhaite faire avorter l'entente sur le nucléaire avec l'Iran en plus de se servir de sa prestation au congrès pour mousser sa candidature en Israël.

    Et si l'entente avorte et que l'Iran, à l'instar d'Israël, se dote de l'arme nucléaire comme l'ont fait le Pakistan, l'Inde et la Corée du Nord est-ce que cette acquisition ne pourrait-elle pas avoir comme conséquence de rétablir un meilleur équilibre au Moyen-Orient alors qu'aujourd'hui Israël impose sa loi tout en développant ses colonies rendant dès lors impossible toute entente avec la Palestine.

    • Sylvain Lavoie - Inscrit 3 mars 2015 11 h 06

      Nétanyahou ne rêve pas d'en découdre avec l'Iran, il veut que ce soit les É-U qui le fassent à la place d'Israël, tout simplement...

    • Hélène Paulette - Abonnée 3 mars 2015 11 h 11

      La geurre, c'est payant...

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 3 mars 2015 15 h 45

    … « Clush ! » ???

    « Sa visite au Congrès a été organisée par le président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner, dans le dos de la Maison-Blanche. » (Guy Taillefer, Le Devoir)

    Impair diplomatique interne ?

    Chose certaine, le premier ministre d’Israël n’y est pour rien dans cette heureuse affaire qui cloche et qui …

    … « Clush ! » ??? - 3 mars 2015 -

    • Pierre Brosseau - Abonné 3 mars 2015 17 h 42

      "Chose certaine, le premier ministre d’Israël n’y est pour rien dans cette heureuse affaire qui cloche et qui …"

      Que voulez-vous dire, M. Blais ? Que M. Netanyahou n'a pas désiré s'adresser au Congrès à ce moment précis des négociations sur le nucléaire iranien et de la campagne électorale en Israel ?

      Je ne comprends pas.